Moi, j’ai toujours été jalouse de Vickie. Je le lui ai dit, une fois. C’était avant qu’elle tombe malade; ou, du moins, avant qu’on le sache. Je m’étais inscrite au concours de poésie de Radio-Canada, et on faisait des paris sur Facebook sur qui battrait qui. Et Vickie a dit qu’elle ne pensait plus participer finalement. Elle avait eu des refus, des rejets, récemment. Elle n’avait pas été admise dans un programme d’écriture qu’elle convoitait. Elle était déprimée, n’avait plus confiance en elle, doutait de son écriture. Et moi, je lui ai dit que j’étais jalouse d’elle, même si elle ne le savait pas.

Je n’écrirai jamais comme Vickie. Et ce n’est pas une question d’avoir eu le cancer, d’expériences qui changent notre perception des choses ou de bullshit de même. Ceux qui prétendent que Le Quartanier a publié Testament par opportunisme sont au mieux des ignorants, au pire des envieux doublés de langues de vipère. On la connaissait depuis longtemps, Vickie, on la lisait, l’écoutait aussi. On savait qu’un jour, elle aurait un livre et que ce serait un coup de poing. Sauf qu’on s’attendait pas à le recevoir si vite. METTONS qu’on se serait bien passés des circonstances et qu’on aurait attendu ce fameux manuscrit, tout aussi cinglant, encore quelques mois ou quelques années. C’était pas ce livre-là qu’elle était censée écrire. C’est sûrement pas celui-là qu’elle s’attendait à écrire. Mais l’écriture, c’est toute sa vie. Qu’on vienne encore me parler d’opportunisme.

Hier, on a eu droit à une lecture publique, par trois comédiennes, de son prochain roman, Drama Queens. Vickie, elle parle difficilement. Elle se déplace en fauteuil roulant. Son corps la lâche, mais elle, elle lâche pas. Hier on a braillé, mais on a tellement ri. Dans les plus belles choses que j’ai expérimentées de ma vie, l’ovation qu’on lui a réservée à la fin. Dans les plus belles choses que j’ai vues de ma vie, l’amour que Vickie et sa mère se portent. L’amour que ses amis lui portent. Et c’est pourquoi, malgré les larmes, je suis sortie de ce spectacle, car c’en était un vrai, grandie, mue par une expérience et surtout par un texte comme on n’en voit que peu. Je ne compte pas ma chance de pouvoir lire un autre livre de Vickie Gendreau.

Moi, en tout cas, je l’aime, Vickie. Et je n’écrirai jamais comme elle. C’est pas un but; on peut pas tous écrire pareil. Elle, elle dit elle-même qu’elle n’a pas de filtre; moi, je suis terrée derrière des dizines de barricades. On se complèterait bien. Si seulement je pouvais lui donner un petit bout de mon cerveau.

MAJ: Vickie nous a quittés le samedi 11 mai au matin.

Girls S02

Publié: 17 avril 2013 dans TV
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J’ai adoré la première saison de Girls.

Pour la deuxième, ça s’est un peu gâté. Au premier épisode, on constate que les personnages principaux se sont éloignés: Marnie et Hannah sont en «chicane», Jessa, mariée, a disparu dans la brume, Shoshanna est en couple. Les intrigues sont donc fragmentées, dispersées, parfois délaissées pendant un ou deux épisodes pendant qu’on se penche sur autre chose. Le manque d’unité de cette saison est selon moi le plus gros défaut de cette dernière, et les scènes qui ressortent du lot n’arrivent pas à racheter ce fait. Ça s’est bien un peu resserré dans la deuxième moitié, mais il m’aurait fallu trois ou quatre épisodes de plus pour ne pas rester sur ma faim.

Je suis toujours d’avis que les dialogues sont très forts par contre, même quand les personnages disent les pires inepties; ils conservent ce côté hyper brut, où tout sort pêle-mêle, qui a fait leur charme dès le départ, et c’est pourquoi je me refuse à véritablement parler d’authenticité au sujet des répliques, parce que, dans la «vraie» vie, on ne parle pas comme ça. On ne dit pas TOUT. On a un filtre. Mais c’est jouissif de voir des personnages rejeter ce maudit filtre.

Et ce sont les gars qui le font avec le plus de brio. Les personnages masculins sont les plus forts de la série, n’en déplaise au titre. Ils sont vulnérables, ils sont parfois cons, mais ils se tiennent debout et ils n’ont pas la langue dans leur poche. À ce titre, j’adore Adam (même si je suis pas sûre que je voudrais fréquenter ni même connaître un gars de même. Brrr! Il me donnerait la chair de poule je pense). Les gars sont en quelque sorte la voix de la raison, celle qu’on croit imprononçable, qu’on voudrait taire ou qui au contraire paraît si évidente qu’on ne la voit même plus. De leur côté, les filles mentent à qui mieux mieux, à elle-même en premier lieu (évidemment), et semblent jouer à qui sera la plus antipathique.

Dans l’ensemble, on poursuit le travail sur le malaise amorcé durant la première saison, surtout en mettant en scène les corps dans des fonctions complètement dés-érotisantes, voire dégoûtantes (je pense à la scène du Q-Tip dans l’oreille, entre autres). Sauf que, quand on travaille le malaise, on doit tout de suite accepter de se mettre à dos une bonne partie du public. Si on réussit, toutefois, celle qui reste va fort probablement crier au génie, et c’est un peu ce qui s’est passé avec Girls à ses débuts. Mais le risque de se retrouver à côté de la plaque est toujours très grand. Durant cette deuxième saison, on se retrouve de temps à autre, comme spectateur, avec l’impression qu’il aurait pu se passer quelque chose, que l’intention des créateurs est louable, mais n’atteint pas un résultat probant.

Mais bon, je préfère tout de même une saison imparfaite de Girls qui essaie d’atteindre quelque chose qu’une copie conforme des autres saisons/sitcoms américaines. Au moins il y a une certaine substance.

Animaux

Publié: 15 avril 2013 dans Création

Souvent je me demande si
la vie
pourrait être plus simple.
La réponse est,
sans hésitation,
non,
tant que nous refuserons d’être
des animaux.

Vous le savez déjà, je m’intéresse à la littérature jeunesse. Ce n’est donc pas un hasard si je me suis penchée sur L’emprise, un livre de la collection TABOU chez de Mortagne, qui traite de violence psychologique, ici dans les relations amoureuses.

Quand j’allais vers la fin de mon adolescence, une de mes très grandes amies a fréquenté un gars violent. Il a d’abord été possessif; il l’a convaincue de ne pas retourner à l’école, de ne pas travailler. Il l’a poussée à délaisser ses proches. Puis, il a été violent physiquement. Une fois, on tournait un film pour l’école et nous avons dû maquiller un oeil au beurre noir. Je voulais dire à mon amie de le quitter. Je ne l’ai pas fait; comme Laurence et Joanie, les copines de Mathilde dans le roman, j’avais peur qu’elle me tourne le dos et qu’elle s’isole définitivement. Elle s’était coupée de sa famille, d’autres amis qui avaient émis leur opinion. Je ne sais pas si j’ai bien fait à l’époque; aujourd’hui, tout ça est derrière nous et je suis bien heureuse d’avoir été présente le plus possible. Elle me téléphonait; elle voulait s’enfuir, puisqu’elle en était venue à habiter avec lui. Parfois, elle restait une heure ou deux, puis partait le retrouver. Parfois elle n’arrivait pas du tout.

Une autre de mes amies a été aux prises avec un chum manipulateur et possessif. Son attitude était moins extrême et donc on pourrait la croire moins grave; ce n’est toutefois pas le cas. Il a miné la confiance de mon amie, l’a aussi éloignée de ses amis. Elle s’en est sortie, elle aussi, par chance. Mais les séquelles demeurent.

Souvent, je reproche aux livres jeunesse de traiter de sujets «chauds» vraiment didactiquement; on sent un peu trop la volonté d’éduquer les jeunes lecteurs. Il n’y a pas de mal à ça, mais ça vient un peu lourd des fois, et mon amour premier est la littérature, le plaisir de la lecture. Ici, j’ai été emportée par le texte. Je ne sais pas si c’est parce que le sujet m’interpellait véritablement… J’y ai reconnu tous les comportements qui font en sorte que les choses dégénèrent imperceptiblement et qu’on se retrouve là sans même s’en rendre compte.

L’isolement est la pire des erreurs. Si vous ou un(e) de vos proches vous trouvez dans une telle situation, n’hésitez pas.

Dans La Voix Pop, journal de mon quartier, on m’interroge sur pourquoi j’ai écrit un roman jeunesse, sur mes influences et sur mes projets. Il y a même une photo pour tous ceux qui se demandent de quoi j’ai l’air quand je suis en train de parler. (Et notez que ce n’est pas moi qui ai ordonné au journaliste de répéter le titre aussi souvent, pour vous mettre en transe et vous inciter à courir à la librairie, là.)

Pour lire, c’est ici: Un premier roman jeunesse pour Aimée Verret

«[U]ne écriture du happement et de l’esquive, [...] qui cherche à contenir en appelant, là où éclore, c’est tout à la fois mourir, avorter, disparaître», dit la très belle quatrième de couverture de Rosebud d’Annie Lafleur, publié au Quartanier.

Insaisissable; voilà comment ce livre m’est apparu. Insaisissable comme une poignée de sable qu’on tient dans la main, qui nous réchauffe et qu’on laisse couler entre les doigts avec un certain délice. Sur la page, une, deux, trois lignes, parfois quelques-unes de plus. Leur lecture m’a procuré un grand plaisir, sensoriel plutôt que rationnel, car j’ai aussitôt abandonné l’idée d’y rechercher un quelconque ordre architectonique. Par là, je ne veux pas dire qu’il n’en existe pas un, mais plutôt que dans ma lecture je ne l’ai pas rencontré, et que sa présence ne m’a donc pas paru essentielle. Peut-être qu’un autre lecteur le décèlera et qu’il lui parlera, à lui.

S’il avait pu me rester quelque doute sur la forme du très court, de l’esquisse (c’est qu’on est tellement habitué à la surcharge, la peur d’être laissé sur notre faim n’est jamais bien loin), la deuxième partie, surtout en son début, est venue le balayer, grâce à des textes très forts où le «je» devenait plus perceptible, comme une empreinte disons, ce qui a achevé de m’accrocher.

Je refuse de dire qu’on laisse ici au lecteur le soin de «remplir le blanc béant de la page», cliché s’il en est un. Le sens est dans ces quelques mots, pas ailleurs, et ils devraient suffire, si on accepte bien sûr que le sens soit élusif et souvent recelé par un son, par la beauté des termes, de leur rapprochement. Un recueil au sens fort; un bouquet de petits bourgeons, roses en boutons, rassemblés plutôt qu’assemblés.

Je les ai pensées en fonction de mon travail en solo pour une compétition de danse orientale, mais ça s’applique à l’écriture, aux études… à pas mal d’affaires, finalement.

1. La phase où, avant d’avoir commencé, tu te dis que tu vas faire ça les doigts dans le nez, tout rafler, et impressionner tout le monde, surtout celui ou celle qui t’a opposé un refus ou critiqué.

2. La phase où tu te rends compte que c’est pas si évident que ça.

3. La phase de désespoir où tu te dis que c’était vraiment con de te surestimer, que tu ne seras jamais à la hauteur, et que t’étais pas fait pour danser/écrire/etc.

4. La phase où une étincelle, un breakthrough te fait débloquer. Tu te sens encore ébranlé, mais tu te dis que, si ça continue comme ça, tu vas finir par t’en sortir. Motivé, tu mets les bouchées doubles pour une certaine période.

5. La phase où des contraintes d’horaire/de santé ou autres t’empêchent de travailler pendant un temps, et où tu repousses le moment de t’y remettre parce que tu sais que le moment de grâce est fini et que tu as peur qu’il ne revienne jamais.

[Les phases 2 à 5 peuvent se répéter indéfiniment]

6. La phase où tu te sens un peu plus en confiance et où tu sais que le plus gros du travail qu’il reste, c’est de te détendre et de gagner en assurance. La phase où tu réussis très bien ce que tu dois faire seul chez toi mais où tu vacilles dès que tu dois montrer quoi que ce soit à quiconque.

7. La phase où le délai est expiré, où tu dois passer à l’action et où, excédé, tu te dis: «Advienne que pourra, calvasse!»

8. La phase où, peu importe les résultats (disons), tu es vraiment fier de t’être rendu au bout.

9. La phase où t’as pas appris et où tu veux tout recommencer.