Nous sommes les saigneurs et arracheurs de dents de demain. Nos relations Web apparaîtront âpres et rugueuses. Certaines se costumeront en lycra, princesses d’un antan permanent press où chaque objet était relié à la terre par un fil. On/off pré-wifi universel, penses-tu que les gens étaient plus heureux à l’époque analogique? Bien sûr c’était l’amour libre, la famille nucléaire, l’émancipation de la femme, ça valait bien de respirer du gaz carbonique en mangeant du congelé dans une assiette en styrofoam.

Que mes voisins puissent voir entre mes jambes par la craque du store je m’en fous. Ce serait n’importe qui qu’ils regarderaient pareil. On croit que la beauté mène le monde, mais en fait c’est la curiosité. Comme si on pouvait aboutir ailleurs et rester au sec sous la pluie. Si on pouvait voir entre les jambes de tout le monde, nous vivrions contents comme des chiens alanguis à l’ombre des stations de métro désaffectées. On pourrait faire le tour de la planète à pied et survoler les océans en avion gratuitement. Les chaussettes seraient enfin abolies et l’asphalte serait doux et moelleux. Les femmes porteraient des thobes et danseraient le khaliji en cercle. Leurs mains raconteraient des histoires de sexe caché et de guerres incompréhensibles, leurs bijoux leur serviraient d’écuelle. Leurs cheveux seraient le plus beau des miroirs. 

Tiens ta langue si tu veux être accepté. Ici on n’aime pas les pipelettes, les femmelettes, les tapettes. On aime juste ceux qu’on connaît, et encore, faut qu’ils laissent leur linge sale à la maison. Le moins on en sait le mieux on se porte, mais ne vous avisez surtout pas de nous faire des cachotteries. Faudrait pas nous prendre pour des caves avec des poignées dans le dos.

Gibier de

Publié: 2 janvier 2017 dans Création, Poésie

C’était bien ta silhouette sur la potence, tu croyais pouvoir y échapper mais ton tunnel, tu l’as creusé en vain. Tes vêtements t’avaient dénoncé, on leur a ôté les mots de la bouche, en tirant un fil à la fois. Motus et ourlet décousu, la corde tressée t’enserre la gorge, pour ton ultime caresse tu n’arrives même pas à fermer les yeux.

Les rives du canal ne séparent personne mais nous unissent en nous donnant quelque part où nous refléter. Et puis les ponts, parce qu’il faut bien faire quelques coutures, quelques points de rapprochement; malgré l’apport en ciel on ne peut toujours pas voler, à peine marcher lorsque la glace est prise, louer un kayak et naviguer.

Glissade, jeté, temps levé, pointe les pieds, étire les genoux, grandit. Rien qui dépasse, rien qui déroge. Dans ces contes, les cygnes sont amoureux, la princesse marche sur le bout des pieds, les bonbons ont une souveraine. On sait qu’on ne volera jamais, mais l’important c’est surtout de ne pas s’écraser.

Le son des griffes sur le parquet, puisque les talons hauts je ne les mets jamais, la fourrure bon marché non brossée, bonne à jeter de la poudre aux yeux des dames argentées à l’hermine reniée. Bouvier numéro cinq, espèce consanguine, tares congénitales en prime. Jamais de ma vie je n’aurai été autant regardée. Noir blanc feu, son arthrite l’a déjà empaillé. À partir de là, on peut bien finir en étole.

Je voudrais la force surhumaine, jamais peur de rien, des recoins sombres où les mains se font araignées, plus collantes que la neige qui fond à moitié sans cesser de briller, d’éblouir. Je façonne le bonhomme je lui donne des formes inoffensives, rondes comme un ballon qu’on reçoit à deux mains. C’est froid, c’est blanc, on y laisse des traces qui s’évanouiront dans la boue. Flatte le mercure pour que ça lève.

Je ne suis pas autodidacte. J’ai besoin d’un ou d’une professeur-e pour faire mes premiers pas dans une discipline. Par exemple, je pratique la danse orientale depuis plus de sept ans, et je suis maintenant à l’aise d’improviser, de me faire des programmes d’exercice, de me former avec des DVD. Je sais quoi prendre et quoi laisser. Je sais ce qui me convient.
On n’est pas tous des Henry Miller, qui conspuait ouvertement le système scolaire, à faire preuve de génie par nous-mêmes. On entend souvent, à propos des études littéraires et de celles des arts en général, que la créativité ne s’apprend pas dans une salle de classe. C’est probablement vrai. Mais la créativité, une bonne histoire, c’est loin de faire de nous des écrivains accomplis. Moi je pense qu’il faut lire, lire, lire, et décortiquer des textes pour comprendre pourquoi ils sont bons – ou pas. On peut détester un texte et lui reconnaître ses qualités. Et les cours de littérature, ça existe aussi pour te donner une culture et te montrer que ce que tu pensais inventer, ça a probablement été déjà fait, et sûrement mieux…
Si tu es capable d’écrire un livre génial, de le publier à compte d’auteur, d’en vendre des milliers et de connaître la gloire, je te salue bien bas. Mais tu es une exception. La vérité, c’est que c’est souvent plus exigeant d’être autodidacte. Ça demande une discipline et une rigueur incomparables.
Et donc je vous dis: c’est correct de ne pas être autodidacte. D’avoir besoin des autres. Et pas juste pour qu’ils corrigent nos fautes. Le regard d’un lecteur, éditeur, réviseur, même d’un ami tant que c’est quelqu’un de rigoureusement honnête et qui sait de quoi il parle, est inestimable. Côtoyer les auteurs qui nous entourent et nous ont précédés aussi. Nous avons la chance de les avoir à portée, plus accessibles qu’ils ne l’ont jamais été. Profitons-en.

La tradition (après combien d’années ça devient une tradition?) veut qu’on achète (au moins) un livre québécois le 12 août. Voici donc quelques suggestions de mon cru. La plupart des auteurs sont mes ami-es, oui, c’est vrai. Mais que voulez-vous: mes ami-es, c’est les meilleur-es.

Certains de ces livres ne sont plus nécessairement en librairie, commandez-les sur les libraires.ca
9782924519165

La chambre Neptune

Pour toi si tu crois qu’ici bas tout est lié, que tu t’intéresses aux mystères de l’univers et que tu penses que d’accompagner un enfant en fin de vie est en quelque sorte la plus belle chose du monde.

Pas pour toi si tu cherches une narration linéaire et traditionnelle.
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9782890318489
Pour toi s’il y a des choses que tu as toujours voulu dire à ton père, mais que tu n’en as jamais eu le courage.
Pas pour toi si tu penses que la poésie doit obligatoirement être en vers, et surtout si tu penses qu’elle doit rimer.
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9782923530406
Pour toi si tu voudrais essayer la poésie mais que tu as peur de ne pas comprendre; Geneviève Gravel-Renaud parle à tout le monde.
Pas pour toi si tu n’es pas capable de t’arrêter et t’intéresser aux petites choses de la vie.
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9782896626014
Pour toi si tu t’intéresses à la littérature jeunesse et aux relations amoureuses, en particulier aux attentes que l’on se fait à notre égard et à celui des autres.
Pas pour toi si tu penses qu’une relation sexuelle réussie se clôt obligatoirement par un orgasme.
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9782896981564
Pour toi si la lutte, le clinquant, l’usé et les magouilles te fascinent autant qu’un roman dont l’intrigue nous happe.
Pas pour toi si tu trouves que les films des frères Coen sont plates et que tu cherches «plus d’action».
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9782764431139
Pour toi si tu es fasciné-e par le ballet, le deuil et la solitude, et si tu aimes entendre la musique au creux d’un texte.
Pas pour toi si tu n’aimes pas les récits intérieurs qui se développent lentement.