Tiens ta langue si tu veux être accepté. Ici on n’aime pas les pipelettes, les femmelettes, les tapettes. On aime juste ceux qu’on connaît, et encore, faut qu’ils laissent leur linge sale à la maison. Le moins on en sait le mieux on se porte, mais ne vous avisez surtout pas de nous faire des cachotteries. Faudrait pas nous prendre pour des caves avec des poignées dans le dos.

Gibier de

Publié: 2 janvier 2017 dans Création, Poésie

C’était bien ta silhouette sur la potence, tu croyais pouvoir y échapper mais ton tunnel, tu l’as creusé en vain. Tes vêtements t’avaient dénoncé, on leur a ôté les mots de la bouche, en tirant un fil à la fois. Motus et ourlet décousu, la corde tressée t’enserre la gorge, pour ton ultime caresse tu n’arrives même pas à fermer les yeux.

Les rives du canal ne séparent personne mais nous unissent en nous donnant quelque part où nous refléter. Et puis les ponts, parce qu’il faut bien faire quelques coutures, quelques points de rapprochement; malgré l’apport en ciel on ne peut toujours pas voler, à peine marcher lorsque la glace est prise, louer un kayak et naviguer.

Glissade, jeté, temps levé, pointe les pieds, étire les genoux, grandit. Rien qui dépasse, rien qui déroge. Dans ces contes, les cygnes sont amoureux, la princesse marche sur le bout des pieds, les bonbons ont une souveraine. On sait qu’on ne volera jamais, mais l’important c’est surtout de ne pas s’écraser.

Le son des griffes sur le parquet, puisque les talons hauts je ne les mets jamais, la fourrure bon marché non brossée, bonne à jeter de la poudre aux yeux des dames argentées à l’hermine reniée. Bouvier numéro cinq, espèce consanguine, tares congénitales en prime. Jamais de ma vie je n’aurai été autant regardée. Noir blanc feu, son arthrite l’a déjà empaillé. À partir de là, on peut bien finir en étole.

Je voudrais la force surhumaine, jamais peur de rien, des recoins sombres où les mains se font araignées, plus collantes que la neige qui fond à moitié sans cesser de briller, d’éblouir. Je façonne le bonhomme je lui donne des formes inoffensives, rondes comme un ballon qu’on reçoit à deux mains. C’est froid, c’est blanc, on y laisse des traces qui s’évanouiront dans la boue. Flatte le mercure pour que ça lève.

Je ne suis pas autodidacte. J’ai besoin d’un ou d’une professeur-e pour faire mes premiers pas dans une discipline. Par exemple, je pratique la danse orientale depuis plus de sept ans, et je suis maintenant à l’aise d’improviser, de me faire des programmes d’exercice, de me former avec des DVD. Je sais quoi prendre et quoi laisser. Je sais ce qui me convient.
On n’est pas tous des Henry Miller, qui conspuait ouvertement le système scolaire, à faire preuve de génie par nous-mêmes. On entend souvent, à propos des études littéraires et de celles des arts en général, que la créativité ne s’apprend pas dans une salle de classe. C’est probablement vrai. Mais la créativité, une bonne histoire, c’est loin de faire de nous des écrivains accomplis. Moi je pense qu’il faut lire, lire, lire, et décortiquer des textes pour comprendre pourquoi ils sont bons – ou pas. On peut détester un texte et lui reconnaître ses qualités. Et les cours de littérature, ça existe aussi pour te donner une culture et te montrer que ce que tu pensais inventer, ça a probablement été déjà fait, et sûrement mieux…
Si tu es capable d’écrire un livre génial, de le publier à compte d’auteur, d’en vendre des milliers et de connaître la gloire, je te salue bien bas. Mais tu es une exception. La vérité, c’est que c’est souvent plus exigeant d’être autodidacte. Ça demande une discipline et une rigueur incomparables.
Et donc je vous dis: c’est correct de ne pas être autodidacte. D’avoir besoin des autres. Et pas juste pour qu’ils corrigent nos fautes. Le regard d’un lecteur, éditeur, réviseur, même d’un ami tant que c’est quelqu’un de rigoureusement honnête et qui sait de quoi il parle, est inestimable. Côtoyer les auteurs qui nous entourent et nous ont précédés aussi. Nous avons la chance de les avoir à portée, plus accessibles qu’ils ne l’ont jamais été. Profitons-en.