Ne fermez pas les yeux

Publié: 10 décembre 2008 dans Cinéma
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Propulsé au rang de cinéaste-culte grâce au film Happiness, Todd Solondz avait enfoncé le clou encore un peu plus loin avec le suivant, Storytelling, alors que l’humour noir cédait peu à peu le terrain à une vision encore plus implacable et sans merci de la vie banlieusarde américaine. Son dernier long métrage, Palindromes, a cependant paru sans faire trop de vagues et pour cause : le scénariste et réalisateur signe ici son film le plus dérangeant, tant du point de vue du propos que de celui de la forme.

Bien qu’il demeure fidèle aux thèmes solondziens (vacuité des valeurs américaines, hypocrisie bourgeoise et déviances sexuelles en grande partie concentrées autour de la pédophilie), le cinéaste fait montre d’une plus grande sobriété. Solondz se concentre cette fois à décrire un personnage plutôt que les valeurs de la société américaine. On accompagne la petite Aviva Victor, qui, à treize ans, est déterminée à tomber enceinte. Ses parents ne l’entendent toutefois pas ainsi. Elle s’enfuit alors de chez elle et ainsi commence son périple alors qu’elle rencontre, entre autres, un camionneur bourru et une famille d’accueil chrétienne haute en couleurs. Comme toujours chez Solondz, le vernis brillant cache sa dose de perversions et de mensonges, et c’est donc après avoir expérimenté le chant choral, la sodomie et le meurtre qu’Aviva rentrera chez elle.

Outre son propos cru et incisif, c’est plutôt par sa mise en scène que le film déroute le plus. Chaque tableau du film est présenté par une page de livre de bébé, ainsi le récit présente huit Aviva différentes. En effet, le personnage d’Aviva est interprété par des actrices de physionomie diverses. La plus connue d’entre elles est sans doute Jennifer Jason Leigh, dont l’aura de fragilité est remarquable. Bien que la distribution artistique soit variée, le scénario est toutefois assez serré pour que l’on suive parfaitement l’intrigue. Et si certaines des plus jeunes actrices accusent un certain manque d’expérience, l’ensemble du jeu des acteurs constitue une interprétation juste et parfois même troublante.

Palindromes ne doit pas son titre qu’au prénom de la jeune héroïne. La structure du film est conçue de cette manière. Après sa fugue, Aviva retourne chez elle, au point de départ. Le film se conclue en présentant toutes les actrices l’une après l’autre jusqu’à la première. « People always end up the way started up. No one ever changes », dit l’un des personnages secondaires. Que la jeune fille soit noire, blanche, obèse ou maigre, le drame d’Aviva demeure le même. Son désir d’être mère ne la quitte pas. Point de vue pessimiste sur l’existence? Peut-être. Mais le retour au début symbolise aussi un nouveau commencement.

Sapant le modèle traditionnel de la famille, s’interrogeant sur le lien entre maternité et sexualité ainsi que sur l’avortement, Palindromes est un film qui laisse perplexe. Quelques jours de recul sont nécessaires pour déterminer l’appréciation du film. Sujet à controverse, le film en rebutera certainement plus d’un, mais, il faut le voir pour être à même de juger.

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commentaires
  1. Comtesse de Lautréamont dit :

    Superbe critique, chère amie!

  2. Aimée V. dit :

    Ah, merci! Attention, je vais m’enfler la tête… 😉

  3. […] Du même réalisateur que Palindromes. […]

  4. […] son personnage principal par 8 actrices d’origine, de taille et d’âge différents dans Palindromes. C’est donc conquise d’avance que j’irai m’installer dans une salle […]

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