Redéfinir la notion de gagnant

Publié: 10 décembre 2008 dans Cinéma
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Critique du film Little miss Sunshine

Publié dans Main Blanche, automne 2007

Aussi candide que la bouille de son héroïne, le film Little Miss Sunshine est un rayon de soleil garanti dans votre existence… et ce, sans la moindre rectitude politique.

La famille dysfonctionnelle occupe une place de choix dans l’univers narratif contemporain. Au cinéma, la référence demeure The Royal Tenenbaums de Wes Anderson, où la dérision cédait souvent le pas à une douce amertume. Dans Little Miss Sunshine, les protagonistes rejettent l’attitude désabusée des cyniques et intègrent l’absurde à leur existence au point d’être heureux. Il est dès lors impossible de les trouver bizarres; on ne peut que les aimer. Entre un père gourou qui a mis au point un programme de neuf étapes pour « devenir un gagnant », une mère vivant en totale dénégation, un frère qui a fait vœu de silence, un oncle suicidaire ainsi qu’un grand-père pervers et héroïnomane, la petite Olive rêve de participer au concours « Little Miss Sunshine ». Lorsqu’on apprend qu’elle a passé les demi-finales, c’est un road trip dans un minibus déglingué qui s’amorce et chacun des personnages sera confronté à son propre échec avant d’arriver au terme du périple. Ils réaliseront par la suite que c’est selon l’effort, et non les résultats, qu’on peut ou non couronner un gagnant.

Voilà précisément ce dont il s’agit : de la pression de la réussite qui étouffe bien plus qu’elle ne fouette nos voisins américains. Il faut être beau, il faut être hétéro, il faut arriver le premier, coûte que coûte. Le scénario table sur le point de vue de l’enfant, qui cherche des modèles pour se définir et qui est déjà confrontée à des idéaux de blondeur, de doré, de clinquant. Quel soutien peuvent lui apporter des parents préoccupés par la dissimulation de leur propre faillite à remplir les rôles qu’ils s’imposent mutuellement? Le minibus, dont la couleur jaune représente peut-être cet idéal ensoleillé, symbolise l’évolution psychologique des personnages, mais est surtout vecteur de rassemblement, alors que soumis à un huis-clos, ceux-ci n’auront de choix que d’arrêter de courir et de se parler, parfois pour la première fois.

Ce qui est admirable dans ce premier long métrage de Jonathan Dayton et Valerie Faris, autrement versés dans la réalisation de vidéoclips, c’est qu’ils parviennent à faire passer des émotions et des valeurs liées à l’amour familial sans qu’on ait l’impression d’en avoir soupé avec cette thématique. Si le regard caustique qu’ils portent sur leur sujet n’est pas totalement neuf, il n’en demeure pas moins empreint d’une grande acuité et d’un humour jouissif, oscillant entre l’absurde et le burlesque. La saveur des dialogues est rendue par le jeu tout à fait sérieux, et de ce fait encore plus désopilant, des comédiens. Notons la présence de la toujours excellente Toni Collette, d’un Alan Arkin qui s’amuse à être le plus grossier et le plus attachant possible[1], et surtout de la jeune Abigail Breslin, qui tire son épingle du jeu sans être affligée par les tics des enfants-acteurs qui cherchent à être trop mignons. En fait, la qualité du film repose entièrement sur la complexité des personnages et le brio avec lequel ceux-ci sont interprétés. C’est un cinéma humain, où les émotions sont mises à l’avant-plan. La facture visuelle est donc d’une relative sobriété, et ce n’est pas dans le montage ou dans le traitement des images que Little Miss Sunshine innove. L’ensemble reste somme toute assez classique, avec un rythme de plus en plus enlevant qui sied bien au genre comique. Tout repose sur le ton. C’est un pari délicat, car quand tout ne tient qu’à un fil, le moindre faux pas est fatal.

Heureusement, l’irrévérence est au rendez-vous et votre plaisir enflera jusqu’à éclater dans un rire franc. Alors que vous serez déjà convaincu d’adorer ce film, la performance de la petite Olive sur la scène de la compétition viendra vous tordre sur votre fauteuil, et vous n’aurez qu’à abdiquer. Litlle Miss Sunshine vous tiendra sous son charme.


 


[1] Lauréat de l’Academy Award pour le meilleur acteur dans un rôle de soutien.

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commentaires
  1. […] vous ai déjà parlé de ce film, à mes débuts sur WordPress. Vous pouvez relire mon compte-rendu ici. J’ajouterai seulement trois choses: un, je ne pense pas que ce films ait été la fièvre […]

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