Le grand départ: bon débarras?

Publié: 29 décembre 2008 dans Cinéma
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Je suis allée voir le film de Claude Meunier (son premier en tant que réalisateur), et j’ai dit à ma mère que j’avais été un peu déçue : je ne l’avais pas trouvé si drôle que ça. Elle m’a répondu : « Ce n’est pas censé être drôle, ça se veut touchant ». Oups.

Évidemment, quand on me dit Claude Meunier, je pense Ding et Dong, je pense La petite vie, surtout avec une distribution qui comprend entre autres Marc Messier, Guylaine Tremblay et Diane Lavallée, membres de la défunte famille Paré. En fait, c’est qu’il ne s’agit pas d’une comédie-comédie. Il s’agit d’une comédie dramatique, qui est un genre tout à fait légitime et qui fonctionne souvent très bien. Or ici, le problème, c’est le dosage entre ces deux facettes.

Le film débute par une parodie de cours universitaire télévisé. Un homme bien en chair, à l’accent français, qui s’exprime dans une langue châtiée avec termes sociologiques à l’appui, nous explique la crise actuelle qui touche la cellule familiale traditionnelle, crise causée par ce fléau que sont les hommes mûrs qui  s’éprennent de jeunes femmes indépendantes. Déjà, tant dans le ton que dans la forme, on reconnaît le style Meunier, intelligent avec une pointe d’absurdité. On se sent chez soi. On est prêts à rire.

Puis, on fait connaissance avec Jean-Paul, l’homme mûr en question, de sa maîtresse et de sa femme. Ces trois personnages, s’ils ne réinventent pas le triangle amoureux, ont néanmoins le mérite d’être crédibles, animés d’émotions nuancées. Jean-Paul n’est pas victime de son destin, comme dans une tragédie, ni d’un concours de circonstances. Il fait ses propres choix, et en souffre. Sa maîtresse, Nathalie, n’est pas une jeune greluche perfide qui détruit des familles à qui mieux mieux; elle est sincère dans son affection. Quant à Céline, la femme trompée, interprétée par l’excellente Guylaine Tremblay, elle est excessive dans son chagrin – mais qui ne le serait pas? -, se lançant dans la rénovation. Mais elle demeure digne, pas du tout l’archétype de la femme vieille, qui n’est plus attirante, qui domine et contrôle son mari. Jean-Paul n’a aucune raison de quitter Céline. C’est juste qu’il ne l’aime plus.

Jusqu’ici, tout va bien. Or, les trois protagonistes principaux sont entourés d’une galerie de personnages secondaires caricaturaux, qui appartiennent clairement à l’univers Meunier, mais qui ont une personnalité un peu excessive pour le récit classique où ils sont cantonnés. Il y a d’abord le fils dans la vingtaine, fétichiste du pied, prénommé Guylain (déjà, le nom est too much. Comment un père qui crie « Guylain! » peut-il avoir une quelconque crédibilité?). Ensuite, la fille adolescente dépressive et suicidaire, manipulatrice comme pas deux, qui s’habille en noir. Il y a aussi le couple de voisins et collègues, incarnés par Rémy Girard et Diane Lavallée, qui ne se couchent jamais passé dix heures et qui jouent religieusement au Scrabble deux fois par semaine. Comme d’habitude, Diane Lavallée nous montre l’étendue de son talent pour jouer les niaises en pleine dépression nerveuse. Elle est très drôle! En fait, tous les comédiens sont excellents. Alors, qu’est-ce qui cloche?

Le problème, c’est que dans une comédie, on n’éprouve pas d’empathie pour le personnage. Pensez Mr. Bean. Pensez Simpsons. Plus ça va mal, plus c’est drôle. Dans les cartoons, le petit bonhomme tombe dans un trou d’égout, ressort couvert de bandelettes avec une béquille. C’est drôle. Donc dans un film où le traitement de la majorité des personnages est absurde, où l’action est commentée par un professeur d’université joufflu, on s’attache peu au héros, on ne compatit pas avec lui. En fait, on aimerait que ça aille encore plus mal pour rire plus. C’est raté.

Le grand départ n’est pas un mauvais film en soi. On peut passer un bon moment, les dialogues sont souvent surprenants. Vous ne rirez peut-être pas à vous en taper sur les cuisses, mais vous vous divertirez sûrement. C’est l’ensemble qui reste bancal. En tablant trop sur ses forces, Meunier a noyé l’impact émotif qu’il voulait donner à son œuvre. Mettre de la musique exaspérante d’onctuosité n’a jamais rendu aucune scène plus efficace. Peut-être a-t-il oublié que la comédie reste parfois un des moyens les plus efficaces de faire réfléchir…

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commentaires
  1. melodienelson dit :

    Hahaha, j’irai pas le voir, je vais super rarement au cinoche, mais je suis trop contente de t’avoir lu, je rigole toute seule en criant « Guylain! Guylain! ».

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