I confess ou l’éthique hitchcockienne mise en images

Publié: 19 janvier 2009 dans Cinéma, Sous-titrage
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Ceux qui ont vu Le confessionnal de Robert Lepage et les grands fans de Hitchcock le savent : le maître du suspense a tourné un film en entier dans la ville de Québec. Pour cette histoire de meurtre impliquant le clergé catholique, il n’aurait pu rêver de plus beau décor. D’ailleurs, il met l’architecture à profit en se servant des différents monuments de la ville (églises, le château Frontenac, le Parlement, les fortifications) pour écraser ses personnages dans différents plans, en utilisant un angle oblique très prononcé. Les images sont sombres et les principaux protagonistes sont suivis par des ombres tout droit sorties de l’expressionnisme allemand. Le réalisateur anglais a très bien saisi la dynamique étouffante de la religion catholique, l’omniprésence de Dieu, la culpabilité perpétuelle qui accable les fidèles. L’abbé Logan est déchiré entre sa foi, qui l’oblige à respecter le secret de la confession, et le désir de prouver son innocence, car il est accusé d’un meurtre alors que le véritable assassin s’était confessé à lui juste après avoir commis le crime. L’homme d’église marche devant un chemin de croix. Lui-même porte sa propre croix.

Cela dit, Hitchcock n’avait pas le choix de forcer un peu sur le symbolisme (qu’il maîtrise toujours; « forcer » réfère ici à la quantité de symboles), comme cette bicyclette de l’abbé Benoit, qui tombe sans arrêt comme pour illustrer le fragile équilibre à maintenir entre le bien et le mal. En dehors de ça, l’abbé Benoit n’a aucune importance dans le récit. Si le film est peut-être un peu mal aimé, moins connu que plusieurs autres, c’est sûrement parce qu’il n’y a pratiquement aucune action, exceptée la poursuite finale à l’intérieur du château Frontenac. Que des dialogues (l’intrigue est d’ailleurs inspirée d’une pièce de théâtre). Mais la parole est l’enjeu du film. Parler ou ne pas parler? Ce problème déborde largement la seule question de la confession. Qu’est-il permis de dire qui compromette toutefois la réputation d’autrui? Et une fois dites, les paroles nous échappent et sont manipulées par les avocats, les policiers, qui cherchent un coupable à tout prix. Ils cherchent la contradiction, la faille à exploiter.

Il y a bien entendu aussi le mensonge, celui du meurtrier qui témoigne sans vergogne, sous serment, contre l’abbé Logan. Mentir serait-il encore plus répréhensible que tuer, selon le point de vue religieux qui préconise le repentir? La problématique du repentir hante toute l’œuvre d’Hitchcock, où les hommes de loi sont souvent impuissants (voir par exemple Vertigo, ou encore Blackmail­). Si on démasque les vrais coupables, c’est parfois à cause d’une intuition en apparence puérile (Rear window), ou alors ceux-ci se rendent d’eux-mêmes, rongés par le remords. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans I confess comme dans Suspicion, le happy end a été imposé par les producteurs du film. Dans le premier, on devait innocenter l’abbé Logan après qu’il eut été pendu; dans le second, les soupçons de Joan Fontaine envers son mari devaient s’avérer fondés et non relever d’une suite de coïncidences qui faisaient de lui, somme toute, un personnage assez décevant!

Ici, le repentir se manifeste avec tout son halo sacré. Le son des cloches qui rythme les journées rappelle le Jugement. On parle somme toute très peu de Dieu. La foi catholique elle-même n’est jamais remise en question, car il ne s’agit pas ici d’une croyance, mais bien d’une morale universelle où Dieu est un accessoire, le symbole d’une instance qui voit tout, qui sait tout. Un peu comme un réalisateur de cinéma.

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commentaires
  1. Maman dit :

    Tu poses la question: Mentir serait-il encore plus répréhensible que tuer?

    Plus répréhensible, peut-être pas, mais sûrement équivalent dans certains cas. D’ailleurs dans le cas d’un faux témoignage, mentir peut mener à une condamnation à mort.

  2. Maman dit :

    Cela dit, j’avoue n’avoir pas vu le film…

  3. Aimée V. dit :

    Ah! Ah! Tu confesses! Je peux te le prêter si tu veux, j’ai une bonne vingtaine de films d’Hitchcock à la maison! 😉 Mais celui-là, je l’ai sous-titré, donc j’ai eu beaucoup de temps pour y réfléchir!

  4. Maman dit :

    Je veux bien!

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