Combien de fois peut-on casser et reprendre tout en restant crédibles? Le mystère télévisuel…

Publié: 22 janvier 2009 dans Édito, Sous-titrage, TV
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Comme plusieurs d’entre vous le savent déjà, j’œuvre dans la sphère du sous-titrage, un domaine fas-ci-nant. Peut-être est-ce pour cette raison que plusieurs choses de l’univers télévisuel ME FONT CHIER (eh oui, je dois bien faire un peu honneur au titre de mon blog…) Ces temps-ci, je m’enrage surtout contre l’ineptie des intrigues, et je veux parler en particulier de ces séries qui durent trop longtemps. Par exemple, comment peut-on continuer sans broncher d’écrire un téléroman nommé Virginie, alors que pratiquement tous les personnages principaux ont fichu le camp? C’est pas grave, on peut remplacer LA Virginie par deux Virginie. Oh! Nous ne l’avions pas vu venir, celle-là! Nous voici bien attrapés.

Il existe une expression heureuse pour désigner ces émissions qui s’étirent un peu trop : jump the shark. Cela fait référence à la défunte série-culte Happy Days, où le bienheureux Fonz sauta un jour en ski nautique par-dessus un requin (vous pouvez d’ailleurs voir la séquence sur Youtube. À part celui qui reste pris sur la jambe de Batman dans le vieux film avec Adam West, c’est le requin le plus délirant que j’ai vu). Autrement dit, ils sont allés un peu fort et ils perdent leur crédibilité. Quant à moi, je pense que Virginie avait « sauté par-dessus le requin » avant ça, mais bon…

Le problème avec les intrigues, c’est qu’en général, si la série dure trop longtemps, il faut relancer le suspense. Alors, des histoires qui étaient résolues se retrouvent compromises à nouveau. Le parfait exemple est les relations amoureuses : dans la première saison, on se demande quand le joli garçon et la sculpturale héroïne vont enfin finir ensemble. Des fois, ça prend plus qu’une saison. Mais si, une fois qu’ils se sont tombés dans les bras, la série n’est pas achevée, vous pouvez être sûr qu’ils vont se séparer. Pas le temps d’une chicane d’un épisode; ils vont se retrouver fiancés à d’autres, peut-être même mariés. Le but, c’est de frustrer le spectateur, lui enlever ce qu’il souhaite pour qu’il continue à regarder la série. Principe assez enfantin que vous aurez sûrement tous déjà remarqué.

C’est ce qui se passe lors de la saison 6 d’une de mes émissions préférées, les Gilmore Girls. Je vous arrête tout de suite : c’est une excellente émission, truffée de références encore plus obscures que Family Guy, bien que présentées d’une autre manière. Ce n’est pas parce que les personnages principaux sont deux filles bien roulées que ce n’est pas intelligent. Bon. Je ne suis pas gênée de dire que j’écoute ça, compris? Donc, à la fin de la saison 4, Lorelai commence enfin à fréquenter Luke, l’espèce d’ours bourru à la casquette de baseball qui est propriétaire du snack-bar (d’ailleurs, je m’ennuie des ours bourrus toujours habillés pareil, la barbe pas faite, qui ne sourient pas. J’en ai marre des super héros et des crises existentielles.) Au cours de la saison 6, leurs fiançailles sont rompues car Luke découvre l’existence de sa fille, qu’il ignorait jusque là – coup de théâtre typiquement américain. Justement, cette saison coïncide avec le départ d’Amy Sherman-Paladino, la créatrice et scénariste principale de la série. J’ai donc élaboré la théorie suivante : ma chère Amy souhaitait que la saison 6 se dénoue heureusement par le mariage de Luke et Lorelai, mais les producteurs voulaient que la série se poursuive car elle avait du succès. C’est ainsi que Lorelai renoue avec le père de sa fille dans une relation houleuse fort peu crédible. Heureusement, la qualité de l’émission n’a pas vraiment diminué avec le départ d’Amy, mais le tout m’a quand même déçue. Que voulez-vous : j’aime bien me créer des gens à admirer en leur conjecturant des principes.

Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin : les séries qui s’allongent sont de plus en plus nulles car les producteurs veulent faire de l’argent. Il n’y a rien de bien nouveau là-dedans. Mais nous, pourquoi nous satisfaisons-nous de ces sous-récits, pourquoi restons-nous fidèles à des produits de qualité inférieure? Serait-ce cette fameuse paresse intellectuelle dont la télé nous accablerait? Serait-ce par attachement à ces personnages fictifs auxquels on est appelés fort peu subtilement à s’identifier? Avec l’arrivée du support DVD et l’accès illimités aux vidéos (de manière légale ou non) par l’Internet, notre relation avec la petite boîte carrée (de plus en plus plate, de nos jours – n’y voyez pas un jeu de mots de mauvais goût) qui trône dans nos salons a bien évolué. Maintenant, toute la dimension de suspense, d’attente, de coups de théâtre est éliminée. On peut regarder les saisons en rafale. Quelque chose nous intrigue? Vite, ayons-en le cœur net. Ainsi, les saisons ont peu à peu pris valeur d’épisodes dans l’échelle du temps télévisuel; ce sont elles qui se succèdent d’une semaine à l’autre. Les finales se montrent de plus en plus osées, surprenantes; ce qu’on appelle des cliffhangers, qui nous laissent pantelants. C’est le seul moyen qu’ils ont de nous titiller (ou presque!)

Il est clair qu’avec les changements frénétiques que connaissent les médias, notre conception de la télévision n’a pas fini de changer…

 

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commentaires
  1. Doctorak, go! dit :

    Le moment où Virginie a sauté le requin ça doit être quand Bernard est réapparu des années après que son avion se soit écrasé dans la jungle. Mais J’ai jamais suivi la série, il y a sûrement eu des twists d’intrigues plus ridicules que ça.

  2. Aimée V. dit :

    Pourtant, t’as l’air au courant… 😉 Moi, je l’ai écouté les premières années, j’étais au secondaire. Ensuite, j’ai développé un esprit critique! :p

  3. loonustoonus dit :

    Tu sais, je suis en train de lire le quatrième livre de Twilight, et dans ton troisième paragraphe, tu as tout résumé la série : Le premier, ils commencent à sortir ensemble. Le deuxième ils se séparent. Le troisième, ils se fiancent. Le quatrième, ils se marient. lol Évidemment, il se passe plus que ça dans les livres, mais les grosses lignes sont là ;o)

  4. Maman dit :

    En étirant la sauce, on se tire dans le pied. Si « Les rois maudits » avaient été étirés au-delà des livres et qu’on avait sauté des requins ici et là, on ne s’en souviendrait pas comme un chef-d’oeuvre; et qui dira que Virginie est un chef-d’oeuvre?

    Je l’avoue, étant d’un âge avancé, j’ai regardé Dallas plusieurs saisons. Mais quand ils sont revenus avec « l’année de rêve » de Bobby, parce que Patrick Duffy, mort dans la série, a voulu revenir un an plus tard, transformant pour l’occasion toute la saison précédente en mauvais rêve pour expliquer son retour, j’ai débarqué. Mais plusieurs sont restés! Pas fort…

  5. Aimée V. dit :

    Mon Dieu! Tu m’as dit tous les punchs! Je m’en doutais pas! 😉

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