Tarantino dépasse l’esthétique de Godard (selon lui)

Publié: 14 avril 2009 dans Édito
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En fin de semaine pascale, je me suis fait plaisir, je me suis tapé Reservoir Dogs et Pulp Fiction, qui dormaient dans ma vidéothèque et que je n’avais pas vus depuis longtemps. On a écumé les special features de Reservoir Dogs, et on a entendu Quentin nous parler de ses influences et des gens à qui il a dédié son film à l’époque (il y a une liste d’une dizaine de personnes en première page du script). Il faut entendre ce qu’il dit de Jean-Luc Godard:

« He was so influential to me at the beginning […] His complete lack of film style […] He told me the fun to break the rules. But I have grown out of him. »

Ce ne sont pas tant les paroles que le ton outrecuidant, presque condescendant, sur lequel il les prononce! Il aurait peut-être pu dire: « En fin de compte, ce qui m’intéresse, c’est vraiment de faire de purs récits », ou encore « À quoi bon faire du Godard encore, copier Godard est inutile et stérile ». Non. Il a « atteint sa propre maturité ».

Ce qu’il faut reconnaître à Tarantino, c’est son immense culture. Ce gars a de toute évidence un cerveau et une très bonne mémoire. Son domaine est bien entendu la culture populaire, l’Amérique du bas-fond, le snack-bar du coin, la musique country, funk, la culture noire, les films de genre, de série B et de Blaxploitation, et aussi tout l’univers des arts martiaux, du cinéma de Hong Kong. Il est en quelque sorte un grand assembleur, et son oeuvre au complet ressemble à un immense patchwork de références culturelles, tout comme ses récits sont eux-mêmes construits sous forme de casse-tête génériques, narratifs et temporels.

L’esthétique de Tarantino constitue la quintessence du post-modernisme, et en ce sens, bien sûr, elle est postérieure à la Nouvelle Vague et aux classiques de Godard (rappelons que le cinéaste franco-suisse est toujours vivant et qu’il continue de réaliser des films). Puiser dans le tissu culturel existant n’enlève pas à Tarantino le statut de créateur; la qualité de la majorité de ses scénarios et son sens du dialogue demeurent ses caractéristiques les plus probantes. Mais bon, il a juste la tête un peu enflée… et cokée, selon une remarque très pénétrante de mon chum. C’est vrai que c’est presque fatigant de le voir parler.

Voici finalement comment il décrit son esthétique, en citant une critique qui analyse le fim Bande à part de Godard (en hommage duquel il a nommé sa compagnie de production Band apart): « It’s like a couple of crazy young French men took a banal american crime novel and made a movie not from the novel itself, but from the poetry they read between the lines. I said: that’s my esthetic. »

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