Je vous dis tout le temps que je suis une lectrice de poésie, mais je ne vous en parle jamais. J’ai donc recensé mes meilleurs recueils de la dernière année (à peu près), pour ne pas que vous me preniez pour une menteuse et une fausse intellectuelle (mais qui se vanterait de lire de la poésie pour péter de la broue? Je vous le demande). Je voulais faire un top 5, mais en fin de compte, ça a donné un top 6! Et comme je ne suis pas super pro hiérarchie, je ne mets pas des chiffres, juste des tirets devant.

– Steve McQueen (mon amoureux), de Renée Gagnon (Le Quartanier)

Pour une cinéphile comme moi, un tel titre ne pouvait que me donner l’eau à la bouche! À travers les rôles de Steve McQueen, c’est tous les stéréotypes des rôles féminins qui sont égrainés. Pas nécessairement dans un discours ouvertement contestataire; je dirais plutôt un discours « constateur ». En passant par les différents stades de la relation amoureuse, le corps est exposé. Vraiment, je m’incline devant une telle écriture.

Je suis allée voir la lecture publique que Renée Gagnon en a donné, devant un montage d’extraits de films de Steve McQueen et c’était tout simplement magique… Je ne suis pas une grande amatrice de lectures en général, je tombe souvent dans la lune, je préfère lire qu’écouter. Mais là, j’étais captivée et le choix des extraits était si judicieux, le montage des images et du texte tellement juste, et la voix de Renée Gagnon, qu’elle a très belle, qui suivait le tout, ralentissait et accélérait au même rythme que les images sans même avoir à les regarder… Une représentation d’une grande maîtrise et d’une grande portée. J’ai même versé quelques larmes, c’est pas peu dire.

– Homa Sweet Home, de Patrick Lafontaine (Le Noroît)

J’imagine que je n’ai pas besoin de vous expliquer le jeu de mots du titre. Avec ce recueil, Patrick Lafontaine a frappé fort. Plusieurs personnes me l’ont recommandé, et je dois avouer que sinon, je ne l’aurais pas lu. Je vous l’ai dit que j’étais pleine de préjugés; je m’attendais donc à un livre légèrement empreint de misérabilisme, avec le monde d’Hochelaga-Maisonneuve qui fait donc pitié. Quelle erreur! Ce sont des textes pleins d’une subjectivité discrète, qui se laissent découvrir au fur et à mesure. Oui, il y a les ruelles, les putes, la pauvreté… mais pas pour elles-mêmes. Elles font partie d’un tout si habilement tissé qu’à la fin, j’en étais toute retournée, émue. J’avais l’impression d’avoir connu quelqu’un.

– Traité de physique, de René Lapierre (Les Herbes Rouges)

Bon, vous allez dire que j’ai un parti pris, puisque c’est mon directeur de maîtrise. Mais je n’avais pas lu la poésie de René jusqu’à ce que j’ai remis mon mémoire, par pudeur j’imagine, par peur d’être influencée, par peur – ô diable! – de pas aimer ça en fin de compte.

Je me trompais sur toute la ligne, car non seulement j’ai aimé ça, mais en plus, René et moi nous influencions sans même que je m’en doute. Les similitudes entre nos démarches et nos écritures sont frappantes; heureusement, elles font aussi ressortir les différences!

Dans Traité de physique, on alterne entre poèmes en vers et poèmes en prose. Les vers font état d’une sorte de désespérance exaltée, constat du monde déshumanisé dans lequel on vit, appel à l’aide vers l’autre qui témoigne d’un espoir latent, d’un besoin d’union. Les textes en prose tissent un récit fragmenté, celui d’un physicien russe qui recherche dans la science et l’immuabilité des lois quelque chose de vivant, de concret et qui, finalement, n’est rien de moins qu’un créateur.

– La vie liquide, de Véronique Cyr (Poètes de brousse)

Ça m’a pris du temps avant d’embarquer, comme on dit, dans ce recueil. Je pense que c’est un livre qui se laisse apprivoiser, tout doucement. Mais peu à peu, on pénètre dans un univers plein de douleur, de violence même, une violence tapie derrière les mots. On s’y laisse chavirer. Une lecture qui m’a troublée.

– Téléthons de la grande surface. Inventaire catégorique, de Marc-Antoine K. Phaneuf (Le Quartanier)

Avec Marc-Antoine, c’est dans une autre sphère qu’on entre, littéralement. C’est le plaisir de la lecture, le ludisme, l’humour, le fun de trouver les références qui truffent littéralement chaque ligne du livre. C’est un recueil de listes : les plus belles femmes, les mers et rivières, le catalogue IKEA, les artefacts redneck… Juste des listes. Même Henry Miller pourrait pas me contredire quand j’affirme que c’est un livre de poésie qu’on peut lire sur la « bolle » (et Dieu sait qu’Henry était contre la lecture au cabinet.)

Pour un débat en teneur poétique, je vous réinvite à lire ma pénétrante analyse dans Spirale. (!)

– Le Windex de Narcisse, de Marie-Ève Comtois (Michel Brûlé)

J’ai connu le travail de Marie-Ève au OFF-FIL l’an dernier. Dans sa lecture, ce qui m’avait frappée et plu, c’était son humour pince-sans-rire, son ironie. Ces caractéristiques sont peut-être moins flagrante dans son premier recueil, mais elles sont néanmoins présentes. Il s’agit d’une poésie du quotidien, pas dans le sens intimiste « Me, myself and I » qu’on accole habituellement à ce terme; quotidien, dans le sens de la Molson Ex et de la taie d’oreiller imprimée dans le visage, et de la question « Qu’est-cé que je fais icitte, moi? » que pour ma part, je me pose encore chaque jour.

Alors voilà, c’était mes suggestions poésie! Les commentaires que je fais sur chaque livre sont nés de ma lecture personnelle de chacun des titres, et témoignent peut-être plus de moi-même que des livres, mais j’espère que ça vous intriguera quand même.

Maintenant, question de faire une sorte de top 10, je vous laisse sur les Meilleurs recueils que j’ai pas lus encore!

–         Dixhuitjuilletdeuxmillequatre, de Roger Des Roches

–         Qui s’installe? de Hector Ruiz

–         Le manège a lieu, de Geneviève Blais

–         L’incident se répète, de Geneviève Blais (eh oui, la même!)

Tourlou!

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commentaires
  1. Maman dit :

    Excellent sujet, même si mon ignorance de la poésie m’empêche d’en dire plus. C’est mort ici Aimée, tu devrais faire un petit coup de publicité!

  2. Elise dit :

    Bonjour Aimée,

    Ton blogue est vraiment chouette (je l’ai découvert il y a quelques semaines et, depuis, j’y viens régulièrement)! Merci, notamment, pour les suggestions de lecture.

    Elise

  3. Aimée V. dit :

    Salut Élise, bienvenue à bord! Ça me fait plaisir de lire ce commentaire, des fois j’ai l’impression qu’il y a seulement mes amis qui me lisent 😉
    J’espère que ça continuera à te plaire!

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