De l’influence des soap operas sur l’écriture: le reaction shot

Publié: 22 septembre 2009 dans Édito, La littérature: un métier, Lecture, TV
Tags:, ,

C’est le premier principe que l’on m’a appris au cégep dans mon cours de cinéma: quand tu fais un film, tu ne filmes pas juste la personne qui parle dans un dialogue ou l’action qui se déroule. Il est important de montrer la personne qui écoute ou qui est témoin de la scène. Ça s’appelle un reaction shot. Les téléromans américains, communément appelés soap operas, ont fait des reaction shots leur marque de commerce: on voit tous très bien la scène dramatique qui se termine en crescendo d’émotion sur le visage d’un (ou mieux, plusieurs un après l’autre) acteur les yeux dans le beurre, les sourcils froncés, faisant la moue. Le reaction shot est depuis devenu la clef-de-voûte de plusieurs parodies, notamment Le coeur a ses raisons de ce cher Marc Labrèche.

Je corrige ces temps un roman, dont je vous tairai le nom par respect des convenances (eh oui, je suis plate de même), roman qui table davantage sur l’intrigue et les personnages que sur une recherche de l’écriture. Il emploie donc un style transparent et beaucoup de dialogues, un peu comme un téléroman. *Attention, je ne porte pas de jugement de valeur ici; il y a de très bons et mauvais livres de ce type comme il y en a dans ceux qui fouillent davantage le style et la déconstruction narrative.

Donc, au fur et à mesure que je lisais, je constatais que dès qu’un des personnages ouvrait la bouche, ou qu’il se passait quelque chose, il y avait toujours quelqu’un qui restait pris de cours. Tout le champ lexical de la surprise y passe: « surpris », « ahuri », « stupéfait », « abasourdi », « étonné », « saisi », « dérouté », « ébahi », « décontenancé », « sidéré », ces termes se succèdent à une vitesse effarante. À un moment donné, j’ai lu une de ces phrases et j’ai tout à coup visionné le personnage réagissant de la sorte. J’ai vu un reaction shot dans ma tête. Les personnages évoluent au 18e siècle comme dans Les Feux de l’amour (et que dire du fait qu’ils ne sont pas très futés puisque tout les prend par surprise).

Publicités
commentaires
  1. François dit :

    C’est la maladie soeur de celle qui touche les sitcom. Dans ces derniers, on cherche à faire rire à chaque réplique. C’est un buffet de rigolades. Ton roman, c’est son penchant soap. Chaque réplique choque (dans la tête de l’écrivain).

  2. Doctorak dit :

    L’autre fois avec des amis on se disait que les romans adaptés au cinéma étaient inévitablement meilleurs que les adaptations romanesques de films (c’est pas un genre trop répandu, mais j’ai quand même lu Les aventurier de l’arche perdu en Bibliothèque verte avant de voir le film). On se disait après que ce serait trop hot de faire des petits paragraphes d’adaptations narratives cliché d’émissions de télé. Qui voudrait embarquer dans le projet?

  3. Aimée V. dit :

    @ François: oui, tu as raison pour les sitcoms, c’est le principe que Family Guy a poussé à outrance, au point même de reléguer la narration au second plan.

    @ Doctorak: moi, je suis toujours prête pour les projets clichés!

  4. antiprolox dit :

    aujourd’hui on voit plein de sitcoms vendus comme des produits culturels. Mad Men n’en est que l’exemple flagrant et aussi un reaction shot à lui tout seul !!

  5. Aimée V. dit :

    Je n’ai pas regardé Mad Men encore (je sais, shame on me), mais je compte m’y mettre tout bientôt… Je verrais bien si ça appuie mes thèses! 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s