Virus, zombies et extraterrestres: imaginaires de l’infection et de l’épidémie

Publié: 16 novembre 2009 dans Cinéma, Zombies / Vampires
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Je suis depuis quelques années fascinée par le retour en force du film d’épidémie, qu’on parle ici d’un point de vue strictement médical ou dans un registre plus fantaisistes, avec la horde de films de zombies comme 28 days later, Dawn of the dead et son petit frère Shaun, ou encore le remake intergalactique très peu intéressant de The Invasion mettant en vedette une Nicole Kidman blafarde. Ce genre comporte un côté tout à fait séduisant pour un scénariste autant que pour un spectateur: les personnes infectées deviennent des bêtes sanguinaires, et donc des méchants à part entière. Il n’y a aucune ambiguïté et dès lors, pas de conflit moral qui se présente lors de leur extermination systématique. On se bat contre quelque chose et on sait qu’on a raison de le faire: c’est la loi de la jungle, tuer ou être tué.

Le symbole de l’épidémie prend aussi toute sa force dans notre situation écologique précaire. Pour la première fois, peut-être, l’humanité prend conscience de sa finalité en tant qu’espèce et de la grande part de responsabilité qui lui revient. Par exemple, le virus qui court dans l’excellent film espagnol Rec. (et vraiment, l’un des films qui m’ont le plus effrayée de ma VIE) a été modifié en laboratoire par un scientifique cherchant une cure, qui le rend par mégarde d’une contagion foudroyante. Loin de moi l’idée de vous entraîner sur les pentes de la paranoïa ambiante sur la grippe A H1N1 (paranoïa qui se répand davantage que le vrai virus), mais bon, vous voyez que c’est dans le ton. L’épidémie, ou mieux, la pandémie, offre parfois une seconde chance à l’humanité, en faisant un nettoyage méthodique de l’espèce et permettant de repartir à zéro.  Parfois, elle ne laisse aucune chance de survie, comme dans Rec. ou l’épilogue du nouveau Dawn of the Dead, et confirme donc le statut de race damnée des humains.

Cependant, l’aspect qui me fascine le plus dans cette mythologie, j’y pensais ce matin en déjeunant (bien oui, je suis bizarre de même), m’est apparu lorsque j’ai visionné la comédie Zombieland au cinéma le week-end dernier: la mise en scène des contacts humains, représentés comme un danger. Le personnage principal de Zombieland affirme au début du film qu’il pense avoir survécu jusqu’ici à l’infection à cause de son absence de liens affectifs. Habitant loin de chez ses parents, le petit geek attachant n’a en effet ni amis ni blonde et son isolement lui accorde donc la chance d’éviter de se faire mordre. Dans tous les films mettant en scène des épidémies, des infections, vous verrez se produire le moment crucial où l’un des personnages doit tuer un de ses proches infectés pour éviter d’être atteint à son tour. De telles scènes insistent sur l’absence d’humanité de la personne malade, arguant qu’elle « n’est plus la même. » Qui plus est, la transmission des virus se fait par le contact physique (morsure, baiser, échange de fluides, etc.) Difficile de ne pas y lire le symptôme de notre déshumanisation progressive, des relations perçues comme des entraves à la liberté individuelle, et surtout au succès personnel.

Pour ma part, je pense que nous n’avons pas fini d’explorer les méandres de ce « genre » qui donne à la fois des films terrifiants, mais parfois aussi des esquisses psychologiques très intéressantes et très justes.

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commentaires
  1. Maman dit :

    Moi j’ai trop peur pour même en parler…

  2. Valérie dit :

    Avec les 2000 trucs à faire à tous les jours, des fois on oublie de visiter nos blogs préférés.

    Tes analyses de films, et cette façon que tu as de les intégrer à de vastes questions sociales, me fascinent toujours autant.

  3. Maman dit :

    Mais c’est un peu trop tranquille ici depuis quelques jours…

  4. Aimée V. dit :

    @ Valérie: Merci pour ce commentaire très flatteur. Des fois j’ai des trucs dans la tête, et on dirait qu’il faut que ça sorte pour que je puisse bien comprendre et passer à autre chose!

  5. […] un précédent billet, je vous ai parlé de virus, de zombies et d’infection; grosso modo, les oeuvres qui leur […]

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