Il y a longtemps que je repousse mes deux derniers billets Zip, ces textes où je vous suggère quelques coups de coeur cinéma triés sur le volet selon des catégories arbitraires. Il me reste cinéma québécois et canadien, et les classiques, que je gardais pour la fin. Le moment est venu de vous parler de nos films d’ici, et le hasard veut que ce soit au retour de la fin de semaine où un de nos grands, le cinéaste Gilles Carle, a rendu l’âme. C’était quelqu’un pour qui j’avais énormément d’affection et son départ me chagrine, quoique je me dise qu’après tout ce qu’il a souffert, c’est pour le mieux. Nul opportunisme ici, si je commence avec un de ses films, car il était sur ma liste depuis belle lurette et constitue, selon moi, un plaisir de film québécois à ne pas bouder.

– La vraie nature de Bernadette

Plus qu’une fable sur le retour à la terre, c’est à une fable sur la quête d’idéal que nous convie Gilles Carle. L’idéal d’une femme qui quitte la ville pour la nature (Micheline Lanctôt alias Bernadette), l’idéal d’un agriculteur (Donald Pilon) et l’idéal d’une foule en mal de sacré et de symboles, qui croit avoir trouvé en Bernadette une faiseuse de miracles, une rédemptrice qui aura la clé à tous leurs problèmes. Naïve, délurée, Bernadette finit une carabine entre les mains, à défendre son territoire qu’elle avait pourtant ouvert aux opprimés, aux vieux, aux boiteux, aux malades. Plusieurs retiennent du cinéma de Carle sa fervente libération sexuelle, les scènes de nudité qui sont pourtant absentes de La vraie nature… Mais je me demande parfois si ce n’est pas un moyen de se fermer les yeux sur un récit intelligent, empreint de symbolisme (quelqu’un a fait une thèse sur la représentation des fruits dans ce film…) et, il faut le dire, souvent très drôle. Parce qu’on peut trouver certains personnages de La vraie nature… un peu épais, n’empêche que Carle n’a fait que tendre un miroir à la société de son époque. J’ai eu beaucoup de plaisir à regarder ce film, à retrouver une Micheline Lanctôt jeune et fraîche, avec sa voix inimitable, et à perfectionner mon imitation de Donald Pilon.

Pour toi, Gilles, et pour la libération des porcs-épics. xx

– 32 short films about Glenn Gould

Je connais peu la musique, et avant d’entrer à l’université, je ne connaissais pas Gould. René Lapierre, que l’approche de Gould envers la voix humaine a fasciné, m’a fait découvrir ce film et le musicien dont il s’inspire en projetant de courts extraits en classe. J’ignore si le film a été distribué sur DVD… Réalisé par François Girard, Monsieur Violon rouge, ce film nous fait grâce du schéma biographique conventionnel (il était pauvre mais talentueux, il connaît la gloire, sombre dans l’abîme de la drogue/alcool/jeu, mais il finit par s’en sortir et sa famille lui pardonne…) et opte pour une construction fragmentaire, annoncée par le titre, qui évoque au passage l’enfance du prodige mais surtout ses multiples contradictions, ses multiples intérêts, sans oublier ses désintérêts (son mépris pour le protocole du concert classique et pour les divagations académiques des connaisseurs universitaires). Gould écoutait les voix des camionneurs, et du Petula Clark. Il aimait le Grand Nord. Il aimait parler au téléphone. Girard orchestre son film comme une partition, et il en résulte une oeuvre touchante et évocatrice, qui questionne le processus créateur et surtout, l’industrie du spectacle.

– Le déclin de l’empire américain

Eh oui, c’est un cliché, mais n’en déplaise aux récentes oeuvres de M. Arcand (même les Invasions barbares, c’était surévalué), les dialogues et la moustache d’Yves Jacques sont inoubliables. J’ai eu un coup de foudre cinéma au cégep pour le Déclin, à peu près à la même époque où j’ai découvert Happiness, et encore aujourd’hui, si je tombe dessus à la télévision, je ne peux m’empêcher de le regarder et à chaque fois, le plaisir est le même. Un peu moins trash qu’Happiness, tout de même, le Déclin explore un thème assez commun, style American Beauty: la décadence de la classe bourgeoise, ces gens bien pensants, bien mis et bien propres qui, finalement, mentent comme ils respirent et baisent tout ce qui bouge. Toutefois, ici, les comportements des personnages sont relativisés par eux-mêmes: professeurs d’histoire, ils replacent leurs agissements dans le contexte sociohistorique de la société occidentale. C’est peut-être l’originalité de ce film: montrer qu’il n’y a pas que les riches, les « parvenus », les capitalistes qui ont des travers. Les intellectuels, les gens cultivés, amoureux de l’art et du savoir, ne sont au-dessus de quiconque. Ni au dessous, finalement. Car les personnages du Déclin sont pour la plupart heureux et vivent très bien avec leurs contradictions. Pas de culpabilité dévorante ici. Simplement une nature hédoniste, un peu à la Bernadette mais sans la finale. Peut-être est-ce ce qui fait que ce film date un peu (ça et l’horrible mode des années 80).

– Gaz Bar Blues

Ce film est un de mes favoris de tous les temps, québécois ou non. Louis Bélanger a réussi à faire ici une oeuvre toute en finesse et en demi-tons, en tendresse mais sans être mièvre, personnelle mais universelle, avec des échos aux grands changements historiques (chute du mur de Berlin, ascension des multinationales, etc.). Quant à Serge Thériault, il a prouvé qu’il était définitivement plus qu’un acteur comique, qu’il pouvait être à fleur de peau sans surjouer. Le film raconte l’histoire d’une famille élevée par un père vieillissant, atteint d’une phase première de Parkinson, qui possède une station-service, un gaz bar. Les deux fils aînés veulent bien entendu échapper à cet environnement où ils doivent travailler et où chaque jour ressemble au précédent, alors que le plus jeune ne souhaite qu’être promu adulte et s’occuper de la caisse. Je pense que quiconque a vécu au Québec à la jonction des années 1980 et 1990 ne peut rester insensible devant ce film. Chaque objet, la veste de laine de Serge Thériault, le cendrier, me rappelait mon grand-père, mon enfance. Il y a aussi des scènes d’une irrésistible drôlerie, comme quand Serge Thériault revient de son centre de réhabilitation avec un cendrier qu’il a fait lui-même, où quand les habitués du gaz bar punissent celui qui volait dans la caisse… À voir et revoir.

– IXE-13

IXE-13, c’est le film québécois dont vous avez toujours rêvé! Celui que vous avez toujours cru qu’il n’existait pas! Le film déjanté des années 1970, avec les Cyniques, Louise Forestier et Carole Laure, des décors en carton technicolor et un scénario écrit sur une drogue quelconque! IXE-13, c’est l’as des espions canadiens, le Canadien-français le plus connu au monde. Aux prises avec des Chinois, un lutteur marseillais, une danseuse orientale, il se débrouille pour faire régner la justice et conquérir le coeur de ses dames. L’histoire, complètement absurde, va dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. Ah oui, j’ai oublié de mentionner que c’était une comédie musicale. Iiiiixe-13… Ma scène préférée, c’est celle de la chanson dans la salle d’entraînement des lutteurs, où ils énumèrent toute une collection de sacres. Hostie!

Ah oui! J’ai regardé De père en flic hier soir… Iiiish.


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commentaires
  1. Maman dit :

    J’ai même réussi à ne pas aimer De père en flic dans l’avion, faut le faire! Je suis d’accord avec tes choix sauf pour IXE-13, je n’ai jamais pu me rendre au bout. Il y manquait peut-être Donald Pilon…

  2. al dit :

    tout me fait chier en particulier les films version originale sur Arte !!
    ah, il me reste 4 chaines et les plus nulles !!

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