Lire sur la bole, c’est mauvais pour la santé

Publié: 28 décembre 2009 dans Édito, Lecture
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Je vous avais promis de vous parler de salle de bain… 😉

Je faisais récemment des recherches sur Internet à propos de malaises gastriques et intestinaux (pour une amie… évidemment), et j’ai fait cette découverte importante: lire sur le siège de toilette est fortement déconseillé, parce que ça peut provoquer des hémorroïdes. Oui, oui! Bon, ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est en cause, mais bien celui de rester assis sur la toilette trop longtemps, ce qui crée une pression autour de la zone anale. Enfin.

Cela m’a rappelé le petit texte d’Henry Miller, « Lire aux cabinets », chef-d’oeuvre de l’ironie s’il est en un. Depuis quelque temps, on peut se le procurer en petite plaquette chez Folio, je crois, il est toujours près de la caisse chez Renaud-Bray (un peu comme le principe du coffee table book about coffee tables de Kramer dans Seinfeld, on peut présumer que les dirigeants de la supermégagrosse librairie pensent que ça peut être amusant de l’acheter et de le laisser traîner dans le porte-revues à côté de la bole avec les Reader’s Digest des 10 dernières années. Passons). Moi, j’ai lu ce texte intégré à un essai intitulé Les livres de ma vie. « Lire aux cabinets » était un des chapitres de cet ouvrage où Miller nous expose quels livres et auteurs l’ont marqué, tout en professant un tas d’opinions sur tous les sujets, en particulier sur le système scolaire américain de son temps, qu’il considère comme une perte de temps absolue. Malheureusement, Henry, c’est pas tout le monde qui a la patience, la rigueur et la curiosité intellectuelle pour devenir un écrivain de génie autodidacte qui lit la Divine Comédie entre 2 tramways.

Donc, notre cher Henry, toujours aussi mesuré, ne cache pas son mépris pour ceux qui mettent sur un pied d’égalité la lecture et la défécation. Il commence par fustiger ceux qui prétendent ne pas avoir d’autres moments pour lire, nous montrant encore sa supériorité naturelle, lui qui lisait les livres « les plus difficiles » dans le métro à une époque où il avait un emploi à temps plein et où il ne dormait que 4 ou 5 heures par nuit. Il n’épargne pas du même coup les mères de famille, qui devraient avoir du temps libre maintenant, avec toutes ces machines qu’on a inventées pour précisément leur faciliter la tâche. Henry propose même quelques titres de livres d’histoire et de philosophie profondément assommants aux maris pour « guérir » leurs femmes de l’habitude de lire aux cabinets.

Aussi, Henry nous somme d’arrêter d’essayer de rentabiliser chaque instant de notre vie et de faire face à nous-mêmes. En effet, si on n’est pas capable de se retrouver sur le trône, quand le pourra-t-on? Il faut garder « les esprits et les intestins bien ouverts » et être présents à ce que nous faisons. « Si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un médecin herboriste chinois! »

Enfin, bien en phase avec son époque, il y va même d’une petite lecture psychanalytique: « Quand vous allez voir votre psychiatre, est-ce qu’il vous demande ce que vous lisez pendant que vous êtes sur le siège? Il devrait, vous savez. […] Le fait même que vous lisiez ou que vous ne lisiez pas aux cabinets devrait être lourd de sens pour lui. On ne parle malheureusement pas assez de tels problèmes. On estime que ce que chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n’en est rien. Cela concerne l’univers tout entier. »

Est-ce qu’Henry avait des hémorroïdes? A-t-il découvert que son public cible ne se masturbait plus à la lecture de ses écrits et le diluait, à la manière d’un feuilleton, d’un passage sur la bole à l’autre? Ou n’était-il qu’un vieux chialeux? N’empêche que moi, il me fait toujours bien rire, ce sacré Henry, et pour ça de même que pour bien d’autres choses, je lui lève mon chandail (je pense que c’est ce qu’il préférerait).

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commentaires
  1. Ledz dit :

    Trop drôle, la chute de ton texte !

  2. Aimée V. dit :

    Merci, merci… Drôle de sujet aussi, fallait trouver la manière de l’aborder sans que ça ait l’air trop… Trop, finalement.

  3. Maman dit :

    En forme, la petite!

  4. Max dit :

    J’adore !!!

  5. Aimée V. dit :

    Merci, merci, très gentil… J’étais tannée de parler de choses intelligentes! Ha! Ha! 😉

  6. Excellent!

    Et du coup, ça me donne vraiment le goût de le lire… ailleurs que sur le trône 😉

  7. La Shirley dit :

    Ceci dit, j’ai jamais compris comment on pouvait rester concentrée à lire quand on est dans un endroit restraint qui embaume la schnoutte… Mon père partait en expédition tout les matins comme ça, journal, café, pipe et cendrier …on le perdait pour une grosse heure !

  8. Aimée V. dit :

    Wooo avec la pipe en plus? Tout un trip! J’imagine que pour certains, c’est le seul endroit où se retrouver seul et se faire « plaisir » (attention, ne pas lire de double sens que j’aurais pas mis!!)

  9. Maman dit :

    C’est parfois, pour un parent, le seul endroit où on peut être seul.

    Eille, en passant, la blogueuse paresse un peu ces temps-ci… trouvez pas?

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