Sweeney Todd le mal-aimé?

Publié: 9 janvier 2010 dans Cinéma
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Ces derniers temps, alors que je suis complètement surexcitée par la sortie imminente d’Alice de Tim Burton, je me suis remise à penser à Sweeney Todd, film mal-aimé s’il en est un. Lors de sa sortie, nous étions tout un groupe survolté de fans finis de Burton qui sommes allés le voir au cinéma, et tout le monde avait bien aimé. Sans plus. Par acquit de conscience, nous avons pas mal tous acheté une copie du DVD (en prévisionné pour moi!). Je ne l’avais jamais regardé depuis. Une de mes amies a récemment fait le ménage dans son impressionnante collection de films et a décidé de s’en départir, parce qu’elle ne pensait pas le regarder à nouveau. Une autre de mes amies, qui n’était pas avec nous en salle, s’est procuré le film avant de le voir et m’a confié par la suite que si elle l’avait vu avant, elle ne l’aurait sûrement pas acheté. Hum, hum…

Est-ce que notre amour pour Tim Burton nous a aveuglés et nous a incités à initialement prétendre que nous avions apprécié l’oeuvre alors qu’elle nous avait mis mal à l’aise? Ou est-ce au contraire nos espoirs et notre appréciation de l’oeuvre précédente qui nous ont empêchés de voir le film à sa juste valeur? Était-ce la finale éminemment tragique qui nous avait désespérés?

Hier, v’là-tu pas que j’ouvre le dernier numéro de Spirale qui contient un dossier sur les fictions du tueur en série (bien oui, je sais, ça fait au moins deux mois qu’il est paru, mais quand je l’ai reçu, j’avais même pas déballé l’autre d’avant, fait que imaginez…), et tenez-vous bien! Un article sur Sweeney Todd! Je me suis dit: c’est un signe. Je vais regarder le film à nouveau. Avec des yeux neufs. La consigne: faire comme si c’était pas un film de Burton. Lecture de l’article ensuite. Et c’est aussi ce moment-là que j’ai choisi pour défaire mon sapin en même temps. Bien oui, je suis weird de même les vendredis soirs.

Observations à chaud:

1) Une boîte de sapin, ça ressemble crissement à un cercueil.

2) J’adore Sacha Baron Cohen dans ce film. Son humour à lui, je suis pas capable, il me hérisse, mais force est d’admettre que c’est tout un acteur, et il démontre dans Sweeney Todd toute sa présence empreinte d’arrogance, de démesure, mais néanmoins de maîtrise. Il crève l’écran.

3) Dès que le générique a commencé, je me suis rappelée que lorsque j’ai vu le film la première fois, j’avais trouvé l’animation du début un peu pauvre, on est loin de Pixar ou des trucs en 3D qui ont l’air vrais. Sauf que… il y a quelque chose de très « Svankmajerien » dans ce générique, avec le sang qui progresse comme un personnage et le dégoût lié à la nourriture faite de chair…

4) Les chansons sont peut-être une des raisons qui nous empêchent d’adhérer au film. Contrairement à la plupart des comédies musicales, où le lyrisme nous fait ressentir la grandeur des sentiments des personnages (amour, désespoir, joie, etc.), les chansons semblent ici opérer une sorte de distanciation, amplifiée par les tons monochromes de l’image, peut-être justement à cause du renversement des codes narratifs (une comédie musicale sur un tueur en série… et pas sur le mode « parodie » auquel on aurait pu s’attendre). Et je dois dire que bien que j’aie vu le film il y a déjà 2 ans, les airs de certaines chansons me sont revenus et j’aurais pu les fredonner en le revoyant. C’est quand même fort.

5) J’ai maintenant beaucoup plus de place dans mon salon pour jouer à la Wii.

Je crois que Sweeney Todd peut difficilement être considéré comme un produit de divertissement, comme ont pu l’être les autres films de Burton, même s’ils étaient pour la plupart marqués par une fascination pour le morbide (je pense par exemple à Sleepy Hollow, qui aurait pu être très sombre, mais qui demeure étonnamment léger et amusant). C’est un film lourd, étouffant, presque cynique dans son manque d’empathie. À aucun moment n’a-t-on pitié des victimes, sauf peut-être la vieille mendiante… Dans son article pour Spirale, Virginie Bouilhac lie Sweeney à Edward Scissorhands, par l’adéquation rasoir/ciseaux, et la phrase prononcée par le barbier lorsqu’il récupère ses lames: « At last, my arm is complete again. » Edward lui-même est une réactualisation du mythe de Frankenstein, et toute l’esthétique de Sweeney Todd rend hommage au cinéma muet, en particulier aux classiques de l’horreur. Burton, dans son domaine, est un aussi grand recycleur que Tarantino et on pourrait passer des heures à faire le décompte des références, à commencer par la chevelure de Sweeney qui rappelle celle de la fiancée de Frankenstein.

Finalement, je crois que j’ai plus apprécié le film lors de cette deuxième écoute que pendant la première, peut-être parce que je n’avais plus « d’illusions » sur le propos du film, que je savais que c’était noir et que je ne devais pas m’attendre à un happy end. Il n’a peut-être pas le génie ou l’originalité d’un Edward ou d’un Beetlejuice, mais ça reste une oeuvre à part, très léchée sur le plan visuel et complètement atypique dans sa forme et dans son propos. Si vous supportez les chansons, cela dit. Mais vous me connaissez, moi, j’aime ça, les comédies musicales.

MAJ: Oh merde, je viens à peine de déballer le Spirale sur les tueurs en série, et j’ai reçu le suivant! Quand pourrai-je enfin être à jour??? 😉

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commentaires
  1. LeDZ dit :

    Ce film, il est génial, point.

  2. Aimée V. dit :

    Yé! Des opinions! En tout cas, moi, je la garde, ma copie DVD! 🙂

  3. Maman dit :

    Moi je ne l’ai pas vu, j’ai trop peur.

  4. Aimée V. dit :

    Tu as peur de Johnny Depp qui chante? lol

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