La manie du détail « qui fait vrai »

Publié: 22 mars 2010 dans Édito, Création, La littérature: un métier
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Ça fait déjà un moment que je suis dans le milieu de l’édition, et j’ai lu presque toute ma vie. À force de corriger, lire, relire, corriger, réviser, lire, il y a des choses qui finissent par nous lasser. Aujourd’hui, je voudrais me vider le cœur sur un travers qui semble parfaitement banal mais qui est très répandu : le maudit p’tit détail « qui fait donc vrai ».
Exemple. Vous écrivez un livre. Vous habitez, disons, sur la rue Saint-Denis. Alors votre personnage habite sur la rue Saint-Denis. Jusqu’à maintenant, tout baigne. Mais ne vous sentez pas obligé d’écrire : « Chaque soir, je passais devant le resto chez Ti-Jean, que tous reconnaissent facilement à son inimitable comptoir vert et jaune » (exemple fictif, bien entendu. Quoique si vous connaissez un tel endroit, faites-moi signe), si après vous ne reparlez plus jamais de Ti-Jean, que votre narrateur n’y fous jamais les pieds et que le comptoir n’est plus mentionné.
Il y a bien deux ou trois personnes qui vont se dire: « Ah oui! Chez Ti-Jean! Je vais là, moi aussi! » parce qu’ils habitent dans le même coin. Et tous les autres, ils vont juste s’en foutre.
Que l’on fasse ça une fois, et que tout le monde s’en foute, c’est pas bien grave. Le problème, c’est quand le texte devient une enfilade de références qui ne sont appréciées que par l’auteur. À ce moment-là le texte est plaaaaaaaate. Inintéressant. Il nous emmerde.
On n’est pas obligés de truffer nos histoires de descriptions. Chaque description devrait être nécessaire au texte, à l’intrigue, etc. Si c’est pas nécessaire, hop! À la poubelle. Je dis pas d’enlever tous les détails. Ça peut faire le charme d’une histoire bien racontée. Si ce sont des détails pertinents, voilà tout.
C’est pas parce que quelque chose existe pour vrai que c’est intéressant. C’est parce que quelque chose est arrivé pour vrai que c’est crédible, et encore une fois intéressant.
Et moi, je suis très difficile. 😉

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commentaires
  1. Maman dit :

    Prenons ton exemple. C’est peut-être un gars de Québec, wannabee Montréalais, qui est passé une fois sur St-Denis, est allé faire pipi chez Ti-Jean et veut maintenant, grâce à cette naïve stratégie, faire croire à tout le monde qu’il vit sur le Plateau… 😀

  2. Aimée V. dit :

    Peu importe la justification dans sa tête, le résultat est le même: Booooriiiiiing.
    Et j’ai bien précisé que c’était non pertinent si le gars n’en reparle plus par la suite. Si ça a une fonction dans l’histoire, eh bien tant mieux. Je suis jamais contre une bonne histoire.
    Et qui a dit que chez Ti-Jean, c’était sur le Plateau? Dans ma tête, je l’imaginais au fin fond d’Ahunstic… 😉

  3. Sylvie Tremblay dit :

    Allo,
    Étant une boulimique de lecture, je comprends parfaitement ce que tu veux dire. J’ai lu tous les tomes des  »Chevaliers d’Émeraude » de Anne Robillard. Le descriptif EST sa façon d’écrire!!! Étant donné que j’avais reçu les 7 premiers tomes en cadeau, je me suis tapée les 5 autres pour me donner bonne conscience. On ne laisse pas tomber un auteur comme ça!!
    Quand sa série A.N.G.E. est sortie, je me suis précipiter sur le tome 1. Quelques semaines après, le tome 2 est sorti. On en est présentement au tome 6 et ce n’est pas fini! J’ai décidé de ne plus les lire tant qu’elle n’aurait pas fini de tous les sortir. Ils sont bien placés dans ma bibliothèque mais je ne les lit pas! Dernièrement, la suite des  »Chevaliers » est sortie. Je m’étais jurée de ne pas recommencer une série de 14 tomes. Mais, bon, je l’ai reçu en cadeau et je l’ai dévoré en 2 heures! De la descriptions tu dis………..
    Tous les personnages des 12 précédents tomes y sont passés… Du moment que ça ne se poursuive pas dans les livres suivants…

    J’adore Anne, je l’ai rencontrée à quelques reprises et elle est d’une gentillesse!!

    Et, que veux-tu, encorager les auteurs québécois, c’est important pour moi. Peut-être qu’en lisant ce blogue, ils comprendront que les descriptions…faut en prendre et en laisser hein?
    Ça fait du bien d’en parler!!!

    Sylvie

  4. Aimée V. dit :

    @ Sylvie: Ha! Ha! Je te comprends aussi. Mon souvenir le plus vivace d’une telle série est quand j’étais petite. Je lisais « Le club des baby-sitters. » Chaque livre était narré par un personnage différent du club, et dans chaque livre, on décrivait tous les personnages, dont la narratrice. Ce qui donnait des phrases du genre: « Je suis de taille moyenne, brune aux yeux bruns et j’adore les chats. » Iiiiissshh.
    Je n’ai pas lu les séries d’Anne Robillard, mais j’ai déjà corrigé une 4e de couverture d’un des livres de A.N.G.E.S. 😉

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