Petite incursion en maison d’édition

Publié: 24 mars 2010 dans La littérature: un métier, Poésie
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Depuis quelque temps, c’est vrai, je vous écris moins, et ça fait encore plus longtemps que j’ai pas partagé de p’tit poème avec vous. C’est qu’entre toutes les corrections et les manuscrits à lire, les lectures pour le plaisir et l’écriture ont pris un peu de recul. En plus, j’écris de moins en moins de poésie ces temps-ci (je compte bien m’y remettre). Comme mon recueil est programmé pour la fin de l’année, j’ai décidé de me consacrer à un autre type de projet dont je préfère ne pas parler pour le moment… C’est peut-être de la superstition ou une crainte mal fondée, mais tant que c’est pas fini, pour moi, c’est motus et bouche cousue!

Ce que je trouve drôle, c’est que lorsque j’étais aux études, tout le monde me demandait ce que j’allais faire avec mes diplômes en littérature. La réponse safe était : « Bien, si tu fais une maîtrise, tu peux être prof de cégep. » Ça rassure le monde. Mais maintenant, quand les gens me demandent ce que je fais comme travail, je réponds : « Je travaille dans une maison d’édition. Je corrige des livres. » Aussitôt, ça impose une sorte de respect. On dirait que la littérature, quand elle prend une dimension concrète, c’est comme quelque chose de sacré aux yeux des gens.

Et bien sûr, le fait que je travaille dans le merveilleux monde de l’édition donne souvent lieu à de nombreuses questions, car vraiment beaucoup de gens s’intéressent à l’écriture. Voici donc rapidement comment ça se passe lorsque vous envoyez un manuscrit chez un éditeur. Habituellement, vous recevrez un avis de réception. Il m’est déjà arrivé d’envoyer un manuscrit quelque part et de ne rien recevoir : ni avis de réception ni lettre de refus. Un doute plane toujours alors dans notre esprit à savoir s’ils ont vraiment reçu le tout. Évidemment, je pense qu’ils l’ont bien eu et qu’ils ne l’ont pas aimé, mais bon, je peux toujours espérer que ce n’était pas le cas!

Une fois le manuscrit à bon port, il y a donc deux façons de procéder. Il y a des maisons d’édition qui font appel à des lecteurs externes, soit des gens qui vont lire les manuscrits et produire des rapports de lecture où ils résument grossièrement le propos du livre et se penchent plutôt sur ses points forts, ses faiblesses, pour ensuite donner leur opinion. Si la conclusion est plutôt négative, l’éditeur ou son adjoint va feuilleter rapidement le manuscrit au retour pour se faire sa propre idée et confirmer le tout. Si l’avis est assez mitigé, il se peut qu’on fasse appel à un deuxième lecteur. Si l’avis est plutôt favorable, l’éditeur adjoint se chargera de lire le manuscrit à son tour pour le recommander (ou non) à l’éditeur. La deuxième façon de faire est d’assigner à une personne en particulier au sein de la maison (habituellement un éditeur adjoint) la tâche de lire les manuscrits. Il ou elle rédigera aussi des rapports, et l’éditeur se fera un devoir de se pencher lui-même sur chaque rapport et chaque manuscrit, plus ou moins longuement selon l’intérêt qu’il soulève. Dans les deux cas, c’est l’éditeur qui a le dernier mot quant à la décision de publier ou non le texte.

Il arrive que l’éditeur trouve le livre bien ficelé, bien écrit, mais qu’il décide quand même de ne pas le publier. Pourquoi? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Soit le livre ne cadre pas du tout avec la ligne éditoriale de la maison (exemple facile : envoyer un thriller dans une maison qui se spécialise en poésie). Il se peut aussi que le calendrier de production soit déjà bouclé, ou alors qu’il y ait déjà trois thrillers au programme et que l’éditeur décide de se concentrer sur d’autres types de livres pour le reste de l’année (auquel cas il se peut qu’il vous dise qu’il est intéressé, mais que ça sera juste l’année d’après). Peut-être que votre livre est bien écrit mais qu’il ne recèle aucun potentiel commercial, ou alors que d’autres auteurs vous ont coiffé au poteau et ont sorti des livres traitant du même sujet, saturant du même coup le marché. Enfin, il est possible que votre manuscrit demande un retravail assez considérable et que l’investissement exigé soit trop important pour que l’éditeur décide de prendre un risque.

En d’autres cas, il est fort probable que l’éditeur va vous demander de retravailler votre texte avant de le publier. La publication peut même être conditionnelle à ce retravail… ce qui veut dire que vous pourriez bûcher sur votre livre et ne même pas le voir publié au bout du compte, ce qui peut être assez frustrant. Mais d’après moi, c’est assez rare que ça en arrive là. Au pire, on va vous demander de retourner à votre ordinateur une seconde fois.

Évidemment, votre éditeur va vous donner des pistes et des suggestions pour améliorer le tout. Mais certains y voient une tentative de dénaturer leur œuvre. Exemple totalement fictif, toute ressemblance avec des circonstances réelles est purement fortuite :

Éditeur : Comme ton livre est un thriller, c’est un peu malaisé de toujours formuler des phrases avec des verbes à l’infinitif. Il faudrait que ce soit rédigé au présent pour qu’on sente plus un sentiment d’urgence.

Auteur : Mais là, c’est mon style!

Premièrement, votre éditeur est votre ami, et probablement le lecteur le plus expérimenté que vous pourriez avoir. Deuxièmement, il ne veut que la même chose que vous : publier le meilleur livre possible. Si l’auteur tient absolument à ses verbes à l’infinitif, il a intérêt à trouver une autre solution pour pallier le manque de rythme que l’éditeur lui a souligné.

C’est drôle de se raccrocher à des caractéristiques qu’on juge originales pour décrire un « style », alors qu’en fait, le style est un ensemble de facteurs et de détails souvent indiscernables pour l’auteur lui-même. À l’université, j’ai suivi un cours de stylistique qui se penchait sur les cas d’Amélie Nothomb et de Gabrielle Roy, deux auteures à l’écriture très limpide. C’était vraiment intéressant de découvrir en fait ce qui composait leur style propre.

Alors voilà en gros ce que j’ai à dire sur le parcours d’un manuscrit. Si jamais vous avez envie de discuter plus avant des problématiques de l’édition, ne vous gênez pas! J

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commentaires
  1. Vraiment intéressant ton texte! Ça satisfait une partie de ma curiosité.

    Pour le reste, faudra s’organiser de quoi pour vrai. 🙂

  2. Aimée V. dit :

    Je sais!!!!! On n’arrête pas de le dire!!!! 🙂
    Tu finis ta session bientôt?

  3. Maman dit :

    Très éclairant, merci.

  4. Ça se termine à la mi-avril, je crois… J’ai des semaines de fou sinon ces temps-ci. Faudrait voir après ce qui suit le congé de Pâques. 🙂

  5. Estoro dit :

    GAG.
    Mais si, mais si, il y a encore des maisons d’édition qui retournent à leurs frais les manuscrits non sollicités et refusés. Même à destination de l’étranger ! Et en tarif rapide, comme j’ai pu le constater sur l’enveloppe …
    Suivre ce lien :

  6. Aimée V. dit :

    @ Estoro: Hi hi hi!

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