L’école, c’est fini

Publié: 19 mai 2010 dans Édito

Plusieurs personnes se sont montrées surprises lorsqu’en finissant ma maîtrise, j’ai signifié mon intention de ne pas entreprendre un doctorat. « Mais voyons, tu devrais faire un doctorat, tu en as les capacités. » Eh bien, j’aurais pu être médecin, j’en avais les capacités.

Au secondaire, vite, vite, il faut faire les maths 436, les sciences, parce que tous les métiers le demandent maintenant, sinon c’est le DEP pour devenir boucher ou soudeur. On nous fait miroiter plein de débouchés sur le « marché du travail » (et pourtant, mon père n’a jamais eu autant de difficulté à trouver et à garder un emploi que quand il était soudeur). Drop-out du cours de chimie, je m’inscris en maths 514 pour pouvoir suivre les cours d’art dramatique et d’histoire, en plus de ma première option, danse. Je suis quand même le programme de 536 par moi-même avec le livre, à raison de deux périodes de moins par cycle de neuf jours. Je tiens le rôle du capitaine dans le Titanic de Jean-Pierre Ronfard.

Au cégep, je trouve qu’il y a beaucoup de Blancs et de Québécois, et aussi que j’ai l’air d’une salope à côté des granos hippies, habillée comme on s’habillait au secondaire. C’est alors que je comprends que le monde pauvre, l’apparence, c’est tout ce qu’ils ont. Mais j’ai pas envie de devenir grano, alors je m’achète graduellement des vêtements noirs et des bracelets de cuir. Je découvre la poésie entre autres dans les cours de Claudine Bertrand et Baudelaire grâce à Marie-Andrée Brault. Mes textes sont poches, poches, poches.

Entrée à l’université, je rencontre plein de gens qui me confient: « Mes parents sont désespérés que j’étudie en littérature », moi les miens ont longtemps cru que j’irais en danse, ils étaient plutôt soulagés que j’opte pour les lettres. Rencontre de Geneviève Gravel-Renaud et Mélodie Nelson en deuxième session, plus besoin de manger seule le midi. Je suis un cours avec René Lapierre, en troisième session, et apprends à apprivoiser la résistance. Je rêve qu’il devienne mon directeur de maîtrise, mais je ne sais pas pourquoi, ça me semble être impossible, irréalisable, alors qu’il était si près. Mes textes sont un peu moins mauvais, je reçois des encouragements de Denise Brassard mais je n’échappe pas à la critique de Paul Bélanger, même s’il a ajouté à la hâte sur ma copie qu’à la relecture, cela lui semblait plus intéressant et cohérent.

Arrive à la maîtrise sans aucune idée de ce que je vais faire. René qui me pousse à aller voir ailleurs pour mieux lui revenir. Il rit de moi quand je fais semblant de ne pas savoir ce que je veux. Il est peut-être le premier à reconnaître ma forte tête, et aussi à me faire céder. C’est pourquoi je lui dis merci, René, d’avoir su dire non.

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commentaires
  1. Elise dit :

    Je m’engage moi aussi dans une maîtrise en création littéraire à l’automne! (J’ai très hâte!)

    Je n’ai jamais eu de cours avec René Lapierre, mais j’aimerais le connaître avant de faire le choix définitif d’un directeur. Peux-tu m’en dire plus sur sa façon de travailler? Comment, par exemple, t’a-t-il aidée à surmonter tes difficultés (quand tu dis qu’il t’a demandé d’aller voir ailleurs pour mieux lui revenir, que veux-tu dire au juste?)?

    Merci de répondre à mes mille questions!

    Elise

  2. Aimée V. dit :

    Salut Élise,

    ce que j’ai surtout voulu dire par là, c’est qu’il m’a encouragée à rencontrer d’autres directeurs potentiels avant de fixer mon choix. C’est vraiment difficile de résumer le travail de René; il est très à l’écoute. Il n’est pas directif, mais il va te le dire si tu n’es pas sur la bonne voie et il va toujours être très franc. Pour ma part, je pense que c’est le lecteur le plus assidu que j’ai vu (mes pages étaient littéralement noircies de commentaires) et il ne te fait jamais attendre. Mais au-delà de cette disponibilité, la chose qui reste la plus difficile à définir pour moi c’est le mélange de distance (ce n’est pas le genre de professeur ou de directeur avec qui tu vas aller prendre une bière après le cours) et d’intimité « subtile » (du genre tu vas te retrouver assise là à lui raconter ta vie, ce sera plus fort que toi, mais il ne répondra pas vraiment et sourira).
    Cependant je pense que la meilleure façon d’en avoir une bonne idée est si tu peux prendre un séminaire avec lui. Alors tu vas vraiment voir si tu te sens à l’aise avec lui. Car c’est vraiment ça qui est important.
    Sinon, la maîtrise est une expérience extraordinaire, même si c’est parfois difficile. Bonne chance!

  3. Elise dit :

    Merci, Aimée!

    D’après ce que tu dis, René semble être un prof très engagé auprès de ses étudiants, très généreux. Tout ça est intéressant…

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