Femmes de tête (fuck le rêve)

Publié: 24 juin 2010 dans Édito, Danse
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Aujourd’hui, c’est la Saint-Jean, la fête nationale du Québec. Yahou! Mais ce billet n’a strictement rien à voir avec ça.

Cette semaine, j’ai regardé The African Queen de John Huston, qui met en vedette Humphrey Bogart et Katharine Hepburn. Je l’avais déjà vu quand j’étais au cégep et j’avais vraiment trippé. Enfin, il est disponible sur DVD. Il s’agit vraiment du film qui raconte le rapprochement improbable de deux personnalités opposées, soit le capitaine de navire alcoolique et malotru et la missionnaire britannique prude, sur fond de guerre contre les Allemands. Et ça m’a rappelé à quel point Katharine Hepburn était une fabuleuse actrice. Et ça m’a donné le goût de vous faire un top 5, presque juste d’actrices, mais disons de femmes de tête qui m’inspirent.

1- Katharine Hepburn: les pommettes et le front tout le tour de la tête

En plus d’être une grande actrice, Mme Hepburn n’était pas femme à rester assise les bras croisés dans son coin et n’avait pas la langue dans sa poche. C’est bien d’ailleurs la raison pour laquelle elle a figuré sur la liste noire du McCarthysme à la fin des années 1940. En incarnant une patriote britannique dans The African Queen, elle essayait en quelque sorte de faire tourner le vent. Hepburn détient le record du plus grand nombre d’Oscars remportés par une actrice, soit quatre, (mais je pense que Meryl Streep est pas loin derrière! Ou Streep a eu plus de nominations) et il semble qu’elle n’ait jamais été en réclamer un seul. Grande et anguleuse, elle avait vraiment un visage magnifique, mais elle pouvait aussi avoir l’air d’un garçon manqué maigrichon s’il le fallait. Pour son anticonformisme, j’aimerais avoir la grande gueule et les pommettes de Katharine Hepburn.


2- Louise Brooks: la libertine

Si Garbo et Chaplin sont des acteurs de film muet dont on se souvient, c’est en grande partie parce qu’ils ont fait la transition au cinéma parlant avec succès. La star qui a véritablement marqué les esprits et qui incarne cette époque dans l’imaginaire collectif est sans contredit Louise Brooks, ne serait-ce qu’en vertu de sa coupe de cheveux de femme fatale maintes fois reprise. C’était elle, la précurseure. Brooks, c’était la sensualité mêlée à l’innocence. Elle n’avait pas peur de montrer son corps ou de jouer sur les tabous sexuels; dans Loulou, elle danse avec une femme en tailleur lors de son propre mariage, scène qui a fait scandale. D’ailleurs, dans ce film, elle finit assassinée par Jack l’Éventreur. Modèle même de la séductrice candide, elle abandonne cependant le cinéma dans la trentaine, peut-être afin de pouvoir récupérer sa propre image. On dit qu’elle était aussi libre à la ville qu’à l’écran. De Louise Brooks, j’aimerais avoir les yeux noirs innocents et la capacité de ne pas regarder en arrière.

3- Cyd Charisse: la ballerine jazzée

Dans une scène magnifique de Singin’ in the rain, Cyd Charisse fait une apparition hommage à Louise Brooks, où elle endosse le rôle muet d’une croqueuse de diamants à la petite coupe carrée. Charisse a dansé auprès de Gene Kelly à plusieurs reprises et également avec Fred Astaire. Contrairement à de nombreuses actrices qui ont tenu la vedette de comédies musicales, elle n’était pas qu’un joli minois ou une voix (ses scènes de chant étaient doublées); elle savait danser et avait d’interminables jambes qu’elle aurait même fait assurer. Il y avait bien Leslie Caron, qui était aussi une ballerine, mais Charisse représente selon moi une sensualité plus palpable, plus incarnée, alors que Caron avait plutôt l’air d’une petite fille. Malheureusement, le déclin du genre représenta aussi la fin de sa carrière. Pourtant, peu de femmes m’auront autant fait rêver à l’écran. J’aurais voulu danser sur les jambes de Cyd Charisse.

4- Romy Schneider: à fleur de peau

Schneider a peut-être regretté d’avoir tourné la trilogie Sissi, qui a bien failli l’emmurer dans les comédies rose bonbon, mais je suis contente qu’elle l’ait fait, car depuis mes rêves de princesse de petit fille, je l’ai suivie chez Claude Sautet, Otto Preminger, Visconti, jusque chez le grand Welles pour le Procès de Kafka. Romy Schneider était une actrice particulière, avec un superbe accent allemand lorsqu’elle parlait en français et à la fragilité si grande qu’on se demandait parfois si elle n’allait pas s’évaporer comme ça, tout d’un coup. Plus resplendissante au naturel dans la trentaine que lors de son adolescence, Schneider s’est vraiment épanouie en France où on lui a offert des rôles à la mesure de son talent. Elle a vécu une existence parsemée d’épreuves qui ont eu raison d’elle au début de la quarantaine. De Romy, je garde la volonté de me dépasser et de ne pas être enfermée dans un carcan de jolie fille. Et le sourire resplendissant.

5- Isadora Duncan: pieds nus jusqu’au soleil couchant

Isadora Duncan n’était pas une actrice de cinéma, mais une artiste de la scène, une danseuse et chorégraphe du début du siècle, la première à avoir refusé les chaussons de pointe du ballet classique et à avoir créé un nouveau langage corporel pour revenir au mouvement naturel du corps. Car il faut dire que le ballet classique cherche vraiment, dans une perspective pratiquement chrétienne, à outrepasser les limites physiques humaines pour aller dans la verticalité (les pointes) et l’en-dehors de la hanche (les pieds pointés vers l’extérieur pour chercher l’amplitude du mouvement). Duncan voulait redonner au corps ses lettres de noblesse. Elle dansait pieds nus, en tuniques vaporeuses à la grecque. Évidemment, cela ne s’est pas fait sans heurts, puisqu’elle était presque nue sur scène. On dit également qu’elle était bisexuelle. Duncan a connu une fin tragique, étouffée par sa propre écharpe alors qu’elle roulait en voiture, plusieurs années après que ses enfants ont péri dans un accident de la route, noyés dans la Seine. Isadora m’inspire la spontanéité et la volonté d’écouter mon propre corps.

Stay tuned pour mon appréciation de Mon nom est personne de David Leblanc, publié au Quartanier, d’ici quelques jours!

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commentaires
  1. Maman dit :

    Elles représententent toutes une part de rêve malgré leur tête forte…

  2. Aimée V. dit :

    Ouais, l’histoire du rêve, c’est surtout que j’avais la maudite chanson de Claude Dubois dans la tête quand j’écrivais le titre et pour moi, c’était surtout pour m’éloigner des stéréotypes de la « femme de rêve » belle et tranquille, pas un mot plus haut que l’autre, qui « brime » la liberté des hommes et je ne sais quoi… Bref, à bas Claude Dubois!

  3. Miss V dit :

    Merci Aimée pour ce superbe top 5!

  4. Miss V dit :

    Merci Aimée pour ce fabuleux top 5!

  5. Aimée V. dit :

    @ Miss V: Ça fait longtemps qu’on s’est pas donné de nouvelles! xx

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