Le montage: la clé de Memento et d’Inception

Publié: 5 août 2010 dans Cinéma
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Je suis allée voir Inception, ça m’a donné le goût de vous parler de Memento! Eh oui, je suis agace de même.

Une chose qui m’énerve prodigieusement à propos de Memento, c’est que tout le monde prétend toujours que l’histoire est racontée à l’envers. Euh, excusez!! En effet, on commence par la scène finale, mais il y a une partie qui est racontée à l’envers, et l’autre à l’endroit. Et ça converge au punch final, qui est chronologiquement parlant le milieu de l’histoire. Ça en prend, de l’aplomb scénaristique pour créer un climax au milieu d’un film!

Ce qui est très fort avec Memento, c’est que Christopher Nolan, notre réalisateur chéri, réussit à placer son spectateur dans la même position que le personnage principal du film, un amnésique. Comme le spectateur ne sait rien du drame vécu par Leonard (Guy Pearce), il se voit forcé de reconstituer le fil de l’histoire au moyen des différentes scènes, tandis que Leonard se débrouille avec des tatouages et des Polaroids. À son instar, le public n’a plus de repères temporels et ignore tout des autres personnages (sont-ils bons ou méchants?). Il s’aperçoit peu à peu qu’ils profitent tous plus ou moins du handicap de notre héros pour profiter de lui et servir leurs propres intérêts. Finalement, le spectateur découvre que Leonard abuse de lui-même, en se laissant de faux indices et en modifiant ses souvenirs en se conditionnant. Le conditionnement occupe une place centrale dans le film, et Leonard lui-même ne désigne jamais son état que sous le nom de condition (en anglais). C’est ainsi, en trafiquant la réalité, que (spoiler!) Leonard survit à la culpabilité d’avoir tué sa femme par accident et la venge cycliquement, en désignant chaque fois un nouveau « coupable ».

Le spectateur est donc lui aussi manipulé par le renversement des codes propres au thriller et par l’illusion qu’en ayant vu la scène « finale » en premier, il connaît l’issue du film et croit que Leonard a réussi à punir le vrai coupable. Un bel exemple qui prouve que ce qui est « chronologiquement plus récent », plus actuel, n’est pas nécessairement plus vrai.

Ce qui m’a intéressée, dans Inception, c’est la manière dont Nolan tente de parachever cet effet et d’impliquer une nouvelle fois le spectateur dans le film. Cependant, on a affaire ici à un thriller plus « classique » en termes de structure narrative: début-milieu-fin, motivation claire du personnage principal, exposition de la technique d’immersion et de contrôle des rêves, etc. Encore une fois, la clé de cet effet est le montage. Au cinéma, surtout à Hollywood, on privilégie souvent un montage dit « transparent », qui donne l’illusion de la continuité narrative, comme si ce qu’on observait se déroulait naturellement devant nos yeux. Memento empruntait évidemment un autre type de montage, où la facticité de la narration nous sautait aux yeux. Au contraire, Inception revient aux méthodes éprouvées du cinéma classique, et son montage ne sert qu’à nous faire croire à la réalité de ce qu’on voit. Car le montage, c’est la clé du rêve, et le rêve, c’est une projection de réalité. Le rêve, c’est du cinéma.

C’est un échange entre les personnages d’Ellen Page et de Leo Di Caprio qui m’a mis la puce à l’oreille. Sans artifices formels, avec un scénario étoffé mais assez linéaire, Nolan a réussi le pari de manipuler encore les spectateurs et de les placer dans la même position que ces personnages: assis pendant quelques heures, à vivre une aventure où le temps se dilate.

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