Le mythe du correcteur

Publié: 4 janvier 2011 dans Édito, La littérature: un métier

Mon petit pètage de coche périodique.

Quand j’étais au Salon du livre à tenir le stade du Quartanier, j’ai rencontré un homme qui avait la jasette facile. En discutant, je lui ai dit que j’étais correctrice d’épreuves. Le monsieur ne se pouvait plus de rencontrer une « vraie » correctrice et m’a illico demandé de lui expliquer la règle de la virgule. Euh?…

Mais bon, ce monsieur était bien sympathique, et ce n’est pas lui qui m’énerve. Ce qui m’énerve, c’est de lire ou d’entendre des trucs du genre: « Je maîtrise bien le français, je pourrais devenir correcteur. » Non, mais. C’est comme si je disais: « Je fais bien la cuisine. Je pourrais m’ouvrir un restaurant. » Être correcteur/trice, c’est plus que corriger des fautes. D’ailleurs, même si je m’efforce de ne pas faire trop d’erreurs en écrivant ici, c’est sûr que je ne prends pas le temps de tout corriger à 100%. La ponctuation n’est pas parfaite, etc. Mais, pour corriger, il faut non seulement connaître l’orthographe d’usage et les règles de grammaire sur le bout des doigts, il faut connaître la typo, il faut faire de la recherche, il faut avoir de la mémoire, etc. Il faut avoir une formation. Et il ne faut pas ponctuer au rythme!!! Même chose pour la traduction. C’est pas assez d’être bilingue. Je ne pourrais vous dire avec combien de traducteurs « déficients » j’ai travaillé. Certains ne comprenaient même pas le sens des expressions idiomatiques anglaises. La plupart traduisaient au mot pour mot sans adapter dans un contexte francophone. La plupart ignoraient même des règles fondamentales du français et avaient une syntaxe à coucher dehors. Il fallait tout réécrire, parfois même repartir du texte anglais original. Déplorable.

Autre chose qui me tue: les auteurs qui croient que l’éditeur et le correcteur sont contre eux, qu’ils veulent « contrevenir » à leur élan artistique. J’ai lu récemment sur un blog d’une jeune femme qui va bientôt publier son premier roman (ce qui est super pour elle, je lui souhaite bien du succès) qu’elle avait reçu les épreuves du livre avec les corrections et qu’elle était soulagée de voir qu’on n’avait pas « tenté de dénaturer son oeuvre » (je cite de mémoire, à peu près). À sa décharge, je pense qu’elle disait ça un peu à la blague, mais n’empêche que plusieurs personnes ont cette opinion. Parfois (même souvent), il arrive qu’un auteur utilise le mauvais mot pour exprimer son idée; c’est une impropriété lexicale et ça peut créer de la confusion. On corrige pas pour le fun! Aussi, il y a parfois des incohérences ou des invraisemblances dans les récits (ex. que j’ai lu: un personnage meurt à Québec, puis meurt une autre fois en France deux pages plus loin. Le manuscrit avait été lu par deux autres personnes avant de se rendre entre mes mains). Mon rôle n’est pas de les modifier, mais de les signaler, et c’est à l’auteur et à l’éditeur d’y remédier. Tout ce qu’on veut, c’est faire le meilleur livre possible, et ce n’est pas en laissant son ego tout diriger qu’un auteur pourra y arriver.

Heureusement, souvent, ça va bien. J’ai reçu dernièrement un courriel d’un auteur dont j’ai corrigé le roman de science-fiction. J’avais laissé beaucoup de notes et de questions, car dans ce type d’intrigue, il faut s’assurer que tous les développements se tiennent. Il m’a remerciée et il m’a même dit qu’une de mes suggestions lui avait donné une idée pour le prochain tome de sa série.

Je sais pas, peut-être que je suis juste une enfant gâtée qui pense que personne n’est à la hauteur. Mais c’est aussi qu’après deux ans, je continue à avoir le syndrome de l’imposteur et à me poser des questions sur mon travail, à me demander si je suis bonne, etc. Au moins, cette attitude me pousse à vouloir m’améliorer le plus possible. Il me reste du chemin à faire, mais, somme toute, j’aime bien mon travail. 🙂

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commentaires
  1. Mine de rien, j’ai appris plein de choses dans ce billet.

    Et je me fais un plaisir de le faire suivre à l’Amoureux-futur-traducteur-compétent 🙂

  2. F.M dit :

    Bonjour, votre article a retenu mon attention, je le signale sur mon Blog.

    Cordialement

    F.M

    http://lire56.over-blog.com/article-premier-roman-edition-projet-64130730.html

  3. Ha! Je ne suis même pas encore traducteur et j’ai déjà des gens qui me disent « Ah oui, tu vas être bilingue? » ou « Ah, t’es bilingue? ».

    Non et non. J’ai même pas envie d’être bilingue. J’ai envie de me fendre en deux pour trouver les bons mots en français. Nuance, j’imagine.

    J’aurai mon premier contact officiel avec les expressions idiomatiques anglaises bientôt 😉

  4. Aimée V. dit :

    @ F.M. Merci beaucoup de la visite et du lien! J’ai bien hâte d’aller vous lire à mon tour.
    @ Noisette et le Détracteur: Je pense que, dans notre société qui dévalorise l’éducation, les gens choisissent des métiers pour lesquelles ils ont des aptitudes, oui, mais pas la préparation nécessaire. D’ailleurs, c’est presque impossible d’être bilingue, et il est très rare qu’un traducteur puisse aller dans les deux sens; en général, on maîtrise bien les deux langues, mais on connaît les subtilités de l’une d’elles seulement. En tout cas, j’espère collaborer avec des gens qui se dévouent à la langue française autant que toi! Tu me feras signe… 🙂 Même si, pour un traducteur, la traduction littéraire, ça rapporte pas grand-chose…

  5. J’irai peut-être davantage dans la traduction plus générale, et sans doute me spécialiser dans la branche science et techno / médical. Mais bon, les grandes ambitions…! Je vais commencer par faire le premier certificat.

  6. Aimée V. dit :

    Oh non, c’est des super bonnes branches. Mon père fait un peu de ça et il commence à avoir beaucoup de clients (mon père est traducteur et il a étudié en microbiologie dans une autre vie).

  7. Salm dit :

    heu !!!!!!!!!!!! d’abord, bonjour ….. je dis ça, car d’après ce que j’ai lu, peu de personnes l’écrivent ….lol ……. oups !! je vais avoir des retours ………..et puis, juste un mot pour dire ce qui m’a intrigué dans l’écriture, c’est l’absence de la moitié de la négation  » ne ….. pas » il y a beaucoup de pas et peu de « ne » …… enfin !! cela vient peut être de moi ………..mais bon !! dans un pétage périodique, cela est peut être normal …..oups!!! je taquine …. amicalement C

  8. Aimée V. dit :

    Ne vous inquiétez pas, je connais bien mes règles de négation, les «ne» explétif et l’emploi positif de certains auxiliaires de négation. 😉

    Cela dit, merci pour les taquineries, c’est ce qui fait que les blogs ont un peu de saveur parfois!

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