Civil

Publié: 22 décembre 2011 dans La littérature: un métier, Lecture
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Il n’est pas dans mes habitudes d’écrire à propos des livres sur lesquels j’ai travaillé. Il me semble que ça m’enlève de la crédibilité. En tout cas, en 2011, les livres que j’ai corrigés/révisés/montés kickaient des culs, comme on dit, et ce n’est pas grâce à moi! 🙂 Mais, si j’ai choisi de vous parler de l’un d’entre eux en particulier pour couronner cette année d’inactivé sur mon blogue, c’est qu’il a complètement passé sous le radar. Mon coup de coeur: Civil de Daniel Foucard.

Civil est un roman qui est paru en France il y a quelques années chez Léo Scheer, que le Quartanier réédite en poche au Québec dans sa collection OVNI. Le mot « réédition » n’est jamais très vendeur, on cherche plutôt de la nouveauté à tout prix, mais, si vous connaissez le moindrement le travail du Quartanier, vous savez que, si ce titre a été retenu, c’est qu’il en vaut la peine. Quand on m’a dit: « C’est un roman qui raconte les cinq premiers jours d’aspirants policiers à l’école de police », c’est sûr je n’étais pas emballée de fait. Ça annonce drames, enquêtes, corruption, vieux flic désabusé, jeune flic plein de fougue. Comme je me fourrais le doigt dans l’oeil. Comme je serais passée à côté de quelque chose!

En fait, le roman ne « raconte » pas ces cinq jours. Il ne raconte rien. Il consiste en fait en la transcription des exposés magistraux du formateur, Josh Modena, et de ses interactions avec les étudiants. Entièrement composé d’interventions, Civil n’a toutefois rien à voir avec le théâtre ou les romans épistolaires. Si le récit dresse le portrait de personnages distincts, ceux-ci demeurent étrangement désincarnés, comme si leur vocation les avait déjà rendus uniformes. Êtres de voix plutôt qu’êtres d’action; grands parleurs, petits faiseurs.

Grâce à son écriture précise et à son doigté diabolique, Foucard produit une satire pince-sans-rire, qui ne s’abîme pas dans l’autoréflexivité dans laquelle la plupart se complaisent. Nul besoin de verser dans l’absurde non plus pour mettre en lumière les travers d’une institution qui ne semble pas se remettre en question très souvent. D’une simplicité désarmante, ce roman ne fait qu’aligner les répliques sans en souligner les incohérences, laissant au lecteur le soin (et le plaisir infini) de les découvrir. Ça se lit tout seul, et pour ma part je me suis bidonnée tout du long. Simplicité, intelligence, efficacité, humour; tant de choses qui paraissent cruellement manquer aux forces de l’ordre.

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commentaires
  1. Magali dit :

    Salut Aimée,

    Je suis contente de voir que tu as recommencé à nourrir ton blog! Je ne t’ai jamais laissé de commentaires, mais j’aime beaucoup te lire.

    J’aurais une question pour toi : Quelle formation as-tu suivie pour travailler dans l’édition comme correctrice, réviseure, etc.?

    Merci pour ta réponse et bonne année 2012!

    Mag

  2. Aimée V. dit :

    Salut Magali,

    Merci pour ton commentaire! Ça me fait plaisir. J’ai décidé de recommencer à écrire ici lentement, mais sûrement, et d’y aller seulement quand j’en avais envie.
    Pour répondre à ta question, j’ai fait ma formation en études littéraires (création littéraire). Je pense que c’est nécessaire si on veut travailler dans le milieu de l’édition. Cependant, on peut aussi corriger pour des clients corporatifs ou du milieu des arts; dans ce cas, une formation en communications ou en rédaction est aussi bonne. Mais je ne saurais trop recommander de faire un certificat en français écrit (UQAM), en grammaire ou autre formation linguistique, car « ne pas faire de fautes » n’est pas suffisant. Il faut bien comprendre les notions et j’ai pédalé pas mal pour rattraper certains cours que je n’avais pas suivis. Enfin, c’est sûr qu’on en apprend tous les jours au travail, et je sais que je suis beaucoup plus compétente qu’il y a un an!
    Les employeurs regardent aussi l’expérience, alors si tu as l’occasion de te faire la main (revues étudiantes, projets, etc.), c’est toujours un plus dans un CV.
    J’espère que je réponds à ta question. Merci de me lire et n’hésite pas à écrire quand tu le veux!
    aimée

  3. Magali dit :

    Merci, Aimée, ton commentaire répond aux questions que je me posais!

    Je commencerai, la semaine prochaine, un bac en littérature à l’Université de Montréal et, si c’est possible, j’essaierai, au cours des prochaines sessions, de suivre quelques cours faisant partie de la mineure en linguistique qui se donne à l’université pour éventuellement décrocher un diplôme dans ce domaine aussi. Un jour, je ferai peut-être moi aussi partie du beau monde de l’édition!

    J’ai une autre petite question pour toi. Ne te sens pas obligée d’y répondre si tu juges qu’elle est trop indiscrète (pour une fois que j’ai l’occasion de parler à quelqu’un qui travaille dans le domaine que je convoite, j’en profite!). Alors, voilà : Peut-on bien vivre avec le salaire d’un réviseur à la pige (qui travaille, bien sûr, pour une maison d’édition littéraire)? Est-on voué à des conditions de vie précaires? Faut-il occuper deux emplois en même temps pour joindre les deux bouts?

    Merci pour ta patience!

    Mag

  4. Aimée V. dit :

    Chère Magali,
    Oui, c’est possible de vivre de révision. C’est ce que je fais. Au début, j’occupais un autre emploi et j’ai commencé à faire de petits contrats pour une maison d’édition. Puis, avec l’expérience, j’ai pu en décrocher d’autres et finir par ne faire que ça. En fait, maintenant, je dois pratiquement en refuser. J’ai un client principal, deux clients réguliers, et un autre bon client qui ne publie pas beaucoup et qui donc me fournit moins de travail. Quand tu as de l’expérience et que tu es efficace, les clients reviennent.
    Par contre, c’est sûr que le salaire n’est pas énorme. Si je travaillais pour des clients corporatifs je pourrais facilement gagner le double de ce que je fais maintenant. C’est un choix.
    Aussi, il peut arriver qu’une maison t’embauche comme salarié, mais en général il s’agit de travail à la pige, alors c’est à toi de voir si ça t’intéresse (pas de sécurité d’emploi, pas de vacances ou de congés payés, comptabilité à gérer, aucun impôt retenu à la source [à payer à la fin de l’année], cotisation double à la Régie des rentes [tu paies la cotisation qui aurait été assurée par l’employeur], gestion des taxes, etc.). Moi j’adore, j’aime avoir des horaires irréguliers (travail parfois le soir ou la fin de semaine, parfois congé n’importe quand) et j’aime gérer mes choses. Mais certains n’aiment pas. Ou n’aiment pas travailler à la maison.
    Bref, il est vraiment tôt pour que tu décides, de toute façon, alors tu verras bien ce qui se passe au cours de ton bac!

    À bientôt,
    aimée

  5. Magali dit :

    Aimée,

    Il est très généreux à toi de répondre de manière aussi détaillée à mes questions (sans même me connaître)! Les informations que tu me donnes me sont très utiles.

    Merci encore,

    Mag

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