It Chooses You

Publié: 6 janvier 2012 dans Lecture
Tags:, ,

Je suis reconnaissante d’avoir lu le dernier livre de Miranda July. Reconnaissante d’avoir ressenti quelque chose, qu’on m’ait rappelé que la vie est partout, partout différente, partout sans valeur, du moins sans valeur opposable ni comparable. Reconnaissante qu’on m’ait rappelé qu’il faut chercher, d’abord, et qu’on peut ne rien trouver, aussi.

Quand Miranda July se trouve bloquée dans l’écriture du scénario de ce qui deviendra son deuxième long métrage, The Future (que je n’ai pas vu encore; le livre dévoile les grandes lignes de l’intrigue. Ça ne m’a pas dérangée, mais soyez avisés), elle se met à rencontrer et à interviewer des gens qu’elle contacte par les petites annonces, des gens qui cherchent à vendre un blouson en cuir, un vieux séchoir à cheveux, des cartes de Noël. Je trouve formidable qu’enfin un artiste, un écrivain, décrive un parcours tortueux, des hésitations, des détours, des mauvais choix. On perd tous notre temps, c’est inévitable, parfois essentiel, jamais honteux ou anormal.

Je ne sais pas si July a fait un tri, si elle n’a gardé que les histoires qu’elle estimait intéressantes, parce que tous les gens qu’elle rencontre sont foncièrement uniques. Ils ont tous une histoire intrigante, ou une habitude inusitée (par exemple faire des collages de photos de jolies filles et de bébés sur son mur), et la majorité, lorsqu’on leur demande quelle a été la période de leur vie où ils ont été le plus heureux, répondent qu’ils sont presque toujours heureux. C’est formidable. Ce sont des gens pour la plupart pauvres, généralement peu éduqués, qui vivent dans des petits appartements, qui n’ont pas des corps parfaits, et ils sont heureux. Ils sont vieux et amoureux, ils sont sur le point de changer de sexe, ils sont tatoués et percés. Ils ont tous quelque chose à dire. July dit qu’elle cherche à savoir ce qui meuble la vie de ces gens, ce qui les porte de seconde en seconde. Et, au fond, ce n’est vraiment rien. Que le fait de ne pas chercher, sans cesse; choisir et se laisser choisir. Je voudrais dire « par ce qu’il y a de plus simple », mais j’ai l’impression que ce serait grossier et totalement à côté de la plaque, comme une sorte d’idéal pseudo-new age. Choisir et se laisser choisir par ce qui est , tout simplement.

***

Miranda July est venue en novembre à Montréal, et elle a lu des extraits de son livre. J’ai fait ma groupie (chose qui arrive rarement) et je suis allée faire signer mon livre. Comme la pire groupie du monde (une chance que ça arrive rarement), j’ai retranscrit notre conversation dans mon carnet après. Elle était assez insignifiante, vu que nous n’avons eu que quelques secondes. Mais elle a paru touchée quand je lui ai dit que j’admirais son talent avec les mots, parce que je pense qu’on lui parle plus souvent de ses films que de ses livres, et moi j’étais contente de pouvoir toucher quelqu’un qui me touche.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s