Barney

Publié: 28 mars 2012 dans TV
Tags:, ,

Ou: quand on tue un personnage plein de potentiel à coups de principes judéo-chrétiens, ça me fait chier.

Barney Stinson. Séducteur, menteur, sans scrupules, sans remords, sans morale. En théorie, ça pourrait le rendre antipathique. En pratique, il est devenu non seulement le personnage clé de la série How I Met Your Mother, mais aussi une icône qui a fourni de nouvelles connotations aux mots awesome et legendary tout en redonnant leurs lettres de noblesse au complet trois pièces et au Laser Quest. De l’avis de plusieurs, Barney est la seule raison pour laquelle HIMYM est toujours en ondes et toujours écoutée.

On aime ça, les bad boys (cue Hank de Californication). Leur absence de scrupules et de morale leur permet justement de faire tout ce dont nous, pauvres spectateurs, nous privons quotidiennement. Ils vivent nos pulsions, réalisent nos désirs secrets; bref, leur existence est une véritable catharsis. Dans le cas de Barney c’est encore plus vrai: il incarne le rêve américain. Il a tout: une grosse job mystérieuse pour une banque (on ignore ce qu’il fait en réalité), un gros salaire, un appartement idéal à New York, une télé qui occupe un pan de mur, et en plus il est beau bonhomme. Bref, rien ne peut l’arrêter. Son argent et son apparence lui confèrent un pouvoir que rien ne peut contrecarrer. Ou presque.

Car Barney a besoin d’une rédemption. Un personnage comme lui ne peut exister dans une fiction américaine mainstream qu’à deux conditions. 1- Il doit y avoir un facteur qui motive son caractère « amoral »; dans le cas de Barney, il s’agit du fait de ne pas avoir connu son père. 2- Il doit se repentir et changer de vie. Cela passe ici par la plus grande faiblesse du personnage: sa sexualité. En effet, Barney est dans une quête perpétuelle de baises, ou devrais-je dire de nouvelles baises. Il insiste à plusieurs reprises sur l’inutilité, voire la déchéance que représente le fait de coucher plus d’une fois avec la même personne: « There’s only two reasons to date a girl you’ve already dated: breast implants ». Car, dans la série, le fait de vouloir revoir une personne ne peut signifier qu’une seule chose: des sentiments, ce qui entraîne inévitablement une relation.

Au fil des saisons, Barney s’est laissé allé à ces sentiments à plusieurs reprises: avec Robin, avec Norah, et plus récemment avec Karma. On sait, grâce aux sauts chronologiques que permet le récit de Ted, le narrateur, que Barney va éventuellement se marier et donc s’engager à vivre dans la monogamie. Le mariage et la monogamie sont un passage obligé qui marque le passage à l’âge adulte. Jusqu’à maintenant, Barney était en fait présenté comme un enfant: il joue au Laser Tag, il possède un Storm Trooper grandeur nature dans son salon, il est habitué à avoir tout ce qu’il veut quand il le veut. Mais le temps est venu pour lui de vieillir et de se conformer au modèle que son ami Ted désire déjà de tout son être.

En fait, ce n’est même plus une histoire de sexe; séduire une femme une fois, c’est une histoire de chasse, une partie à gagner. Barney est, tout autant que les caricatures de femmes qu’il rencontre, dépouillé de sa sexualité, qui est clivée entre l’aventure passagère et vide, dépourvue d’intérêt avant même d’avoir eu lieu, et le sexe sentimental, trop plein et devenant par essence le seul possible. Pris entre ces deux extrêmes, Barney est forcé de trancher: un devient donc « bien », tandis que l’autre est « mal ». Au cours des premières saisons, le sexe sentimental est « mal » et l’aventure passagère, la seule option désirable. L’extrême force de l’opposition entre les deux pôles fait que les principaux attraits de l’aventure sont son instantanéité et son absence de conséquences. L’accent est autant mis sur les manières de séduire les femmes que sur les manières de se débarrasser d’elles. L’absence de sincérité de Barney est motivée par le fait qu’il présume que chaque fille qu’il rencontre recherche du sexe sentimental, romantique, monogame. C’est à cette seule condition qu’il peut remplir son rôle de bad boy; il doit occuper une position marginale. Cette position le pousse à l’artifice et à la dissimulation, l’empêchant de jouir d’une sexualité qui serait véritablement épanouie. À sa manière, Barney est pris dans un carcan qui n’est pas si différent de celui des couples mariés, qu’il veut éviter.

Sous prétexte de le faire évoluer, on conduit le personnage à l’autre extrême, à la conformité, niant et déconstruisant du même coup ce qui aurait pu faire sa force et sa richesse. Barney a des fondements judéo-chrétiens indéniables, auxquels il ne peut échapper.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s