Ender’s Game

Publié: 7 avril 2012 dans Lecture, Littérature jeunesse
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Toujours dans mes questionnements sur la littérature jeunesse…

J’ai adoré le roman Ender’s Game. Moi, j’aime ça l’espace, les vaisseaux spatiaux. J’aime les romans qui ont une psychologie assez fine. J’aime le concept selon lequel on entraîne des enfants dès leur tendre enfance à devenir des commandants militaires à l’aide de jeux. J’ai cependant été un peu déconcertée par la fin, lorsque les personnages deviennent des espèces de prophètes et que tout verse dans une spiritualité très étrange qui tranche un peu avec le ton du reste du livre. Enfin bref. Si je n’avais pas lu qu’il s’agissait de littérature jeunesse, je ne l’aurais jamais deviné, et c’est très bien comme ça.

Chaque chapitre est introduit par un court dialogue entre des personnages secondaires qu’on ne connaît même pas, qui observent et commentent l’intrigue. En plus, les répliques ne sont même pas identifiées par des incises. On ne sait pas qui parle. Pas de « dit X » ou de « rétorqua Y ». Imaginez. Comment peut-on demander aux jeunes de comprendre ça? En plus, il n’y a même pas de mise en contexte. On ne sait pas pourquoi Ender se fait traiter de « bugger », ou de « Third ». On comprend entre les lignes qu’il est le troisième-né et que cette position est dévaluée, et on comprend aussi plus tard que les buggers sont des envahisseurs extraterrestres qui ressemblent à des insectes. On n’a pas droit à « Ender est un enfant de six ans, avec des taches de rousseur, à peu près haut de même », ou à « Valentine, c’est sa soeur. Elle est blonde et aime le rose. » Non. Il faut déduire et interpréter.

Ender’s Game n’est pas qu’un classique de la littérature pour les jeunes; c’est un classique de la science-fiction. Des adultes le lisent. C’est un roman assez intéressant et complexe pour rallier des lecteurs expérientés. Et, pourtant, il a été écrit pour des enfants, des ados. Alors pourquoi s’entête-t-on à nous demander de simplifier, clarifier, préciser pour nos jeunes à nous, ici au Québec? On n’essaie pas de leur fourguer des romans expérimentaux déconstruits sans intrigue ni personnages. Non. On aimerait juste couper les descriptions plates, mettre un peu de vie, avoir des dialogues naturels. Pourquoi s’étonner que la lecture semble peu attrayante quand on nivelle par le bas? Comment exiger des jeunes qu’ils comprennent et interprètent des textes si on les habitue à tout avoir tout cuit dans le bec? Évidemment, je n’écris pas un livre jeunesses en espérant m’attirer un public adulte (l’intrigue ne s’y prête pas du tout), mais j’aimerais l’écrire comme si j’écrivais pour des adultes (surtout si on s’adresse en principe à des ados de quatorze ans). Je pense que c’est seulement comme ça que le livre pourra éventuellement bien vieillir.

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commentaires
  1. Coffee dit :

    Je suis d’accord, c’est excellent.
    Par contre, je ne crois pas que ce soit de la littérature jeunesse. Enfin, pas initialement, c’est juste un choix d’éditeur français. Le roman a même reçu le Prix Hugo en 1986.

  2. Aimée V. dit :

    Moi j’ai une édition américaine, et il a gagné plein de prix pour la littérature jeunesse. Ça a vraiment été écrit pour un public adolescent.

  3. Coffee dit :

    C’est étonnant, ça. Ça voudrait dire ques les ados américains ont un meilleur niveau de lecture ?
    Je l’ai lu adulte et j’ai adoré. C’est clairement un roman de grande qualité.

  4. Aimée V. dit :

    Ça veut peut-être simplement dire qu’il y a des éditeurs américains moins frileux, plus audacieux. Mais il n’y a pas de doute, c’est vraiment un bon roman! 🙂

  5. Alice dit :

    De A à Z, merci pour ce billet, je me sens moins seule. 🙂
    Ayant une expérience en librairie et en tant qu’ancienne libraire jeunesse: ce sont (souvent) les prescripteurs (les parents, les profs) qui veulent des phrases simples, des narrations linéaires, des sujets pas trop choquants, pas de livres tristes, pas de sujets qui froissent, etc… Et les éditeurs suivent la ligne. Très triste. À chaque fois qu’il est question de littérature jeunesse, il y a toujours quelqu’un pour la faire rentrer dans un cadre…
    Lorsque je dis que je veux mettre sur pied un maison qui ferait des albums, des romans, des tout-cartons complètements fous, « différents », éclatants, innovants au point de vue graphique ou tout simplement exigeants (bien construits, avec une exigence littéraire, beaux) (comme ceux de Thierry Magnier, les éditions Magnani, Naïve, Memo, et pleins d’autres), on me dit oui mais ce sont les adultes, les parents qui achètent et ça ils n’achèteront pas…. Donc il faut publier des livres en pensant aux parents et pas aux enfants?!!
    L’édition, quelle soit pour adulte ou pour enfants, ça devrait être sans cesse une volonté d’exigence, une volonté d’innover et faire de la place aux voix littéraires et graphiques

  6. Aimée V. dit :

    Merci Alice pour ce commentaire! Je ne saurais dire mieux! Je suis d’ailleurs au beau milieu d’un processus de ramener mon manuscrit jeunesse vers un public plus jeune (préado plutôt qu’ado). Je dois donc faire sauter plein de passages et ôter des mots « licencieux » (hum-hum). Ce n’est pas facile; je crois que, pour le prochain, je vais viser d’emblée un public plus vieux, ne serait-ce que pour avoir le plaisir d’être libre. Mais je trouve ça dommage, car on a de nombreuses preuves, peut-être plus dans le milieu anglo-saxon toutefois, que la littérature jeunesse faite avec rigueur et un souci littéraire plus qu’un souci de « bienséance » plaît autant aux adultes qu’aux jeunes… et vend bien plus! 😉

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