Moonrise Kingdom

Publié: 13 septembre 2012 dans Cinéma
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Ô joie, je suis allée voir le nouveau Wes Anderson au cinéma (j’étais déjà surprise qu’il soit encore présenté). J’ai été vraiment touchée par ce film, et je pense que c’est en grande partie à cause de sa thématique, car il met de l’avant ce qui, selon moi, est le plus tragique dans l’enfance et l’adolescence: l’impossibilité de disposer de soi-même. (Ici c’est le moment émouvant où je vous raconte qu’en troisième ou quatrième année, il fallait écrire notre nom et une qualité qui nous représentait sur un carton qu’on installait devant notre pupitre, et j’avais choisi « indépendante ».) Un scout un peu nerd et une fille délurée portant du eyeliner qui s’enfuient ensemble, ça parle à mon coeur.

À un égard, Moonrise Kingdom m’a fait penser au Michel Gondry de The Science of Sleep ou Be Kind Rewind: par son désir de faire revivre une certaine « matérialité artisanale ». En filmant des scouts et une chorale d’église qui a monté un spectacle basé sur l’arche de Noé, Anderson nous présente des personnages qui bâtissent des décors, cousent des costumes, établissent des campements, font quelque chose de leurs dix doigts dans un esprit tout à fait bon enfant. Anderson et Gondry participent à un courant qui revient à l’artisanat et au matériel, pas nécessairement pour les glorifier ou en tirer un profit nostalgique, mais pour en tirer leur potentiel esthétique, qui n’a pas été occulté par ce qu’on se plaît à appeler les « nouvelles technologies ». Ce n’est pas parce que de nouveaux moyens sont à notre disposition que les anciens sont immédiatement rendus caducs.Il en résulte des images très léchées et souvent saturées d’objets qui contribuent à une réalité historique, oui (le récit est campé dans les années soixante), mais surtout à une ambiance et à une véritable recherche visuelle.

Anderson filme des tableaux; que les images aient une grande profondeur de champ ou paraissent écrasées (par exemple lorsqu’on se retrouve dans la tente du chef scout [Edward Norton]), elles sont souvent statiques (les acteurs semblent poser un moment avant de se mettre à bouger) et leur bidimensionnalité est exacerbée par les amples travellings verticaux et horizontaux auxquels il s’adonne. D’ailleurs, la première image du film (si ma mémoire est bonne) est un tableau de la maison de la jeune fille, un tableau en laine, en « petit point ». Voilà la recherche esthétique du film (image à plat, représentation, artisanat) exprimée en un seul plan.

Un film magnifique, visuellement parlant, mais surtout tendre dans son propos. Il faut bien le dire, les premiers émois amoureux, il n’y a pas grand-chose de plus adorable… et de plus drôle, parfois, quand ils donnent lieu à des rapprochements physiques maladroits.

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