Drama Queens

Publié: 1 mai 2013 dans Édito, Lecture
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Moi, j’ai toujours été jalouse de Vickie. Je le lui ai dit, une fois. C’était avant qu’elle tombe malade; ou, du moins, avant qu’on le sache. Je m’étais inscrite au concours de poésie de Radio-Canada, et on faisait des paris sur Facebook sur qui battrait qui. Et Vickie a dit qu’elle ne pensait plus participer finalement. Elle avait eu des refus, des rejets, récemment. Elle n’avait pas été admise dans un programme d’écriture qu’elle convoitait. Elle était déprimée, n’avait plus confiance en elle, doutait de son écriture. Et moi, je lui ai dit que j’étais jalouse d’elle, même si elle ne le savait pas.

Je n’écrirai jamais comme Vickie. Et ce n’est pas une question d’avoir eu le cancer, d’expériences qui changent notre perception des choses ou de bullshit de même. Ceux qui prétendent que Le Quartanier a publié Testament par opportunisme sont au mieux des ignorants, au pire des envieux doublés de langues de vipère. On la connaissait depuis longtemps, Vickie, on la lisait, l’écoutait aussi. On savait qu’un jour, elle aurait un livre et que ce serait un coup de poing. Sauf qu’on s’attendait pas à le recevoir si vite. METTONS qu’on se serait bien passés des circonstances et qu’on aurait attendu ce fameux manuscrit, tout aussi cinglant, encore quelques mois ou quelques années. C’était pas ce livre-là qu’elle était censée écrire. C’est sûrement pas celui-là qu’elle s’attendait à écrire. Mais l’écriture, c’est toute sa vie. Qu’on vienne encore me parler d’opportunisme.

Hier, on a eu droit à une lecture publique, par trois comédiennes, de son prochain roman, Drama Queens. Vickie, elle parle difficilement. Elle se déplace en fauteuil roulant. Son corps la lâche, mais elle, elle lâche pas. Hier on a braillé, mais on a tellement ri. Dans les plus belles choses que j’ai expérimentées de ma vie, l’ovation qu’on lui a réservée à la fin. Dans les plus belles choses que j’ai vues de ma vie, l’amour que Vickie et sa mère se portent. L’amour que ses amis lui portent. Et c’est pourquoi, malgré les larmes, je suis sortie de ce spectacle, car c’en était un vrai, grandie, mue par une expérience et surtout par un texte comme on n’en voit que peu. Je ne compte pas ma chance de pouvoir lire un autre livre de Vickie Gendreau.

Moi, en tout cas, je l’aime, Vickie. Et je n’écrirai jamais comme elle. C’est pas un but; on peut pas tous écrire pareil. Elle, elle dit elle-même qu’elle n’a pas de filtre; moi, je suis terrée derrière des dizines de barricades. On se complèterait bien. Si seulement je pouvais lui donner un petit bout de mon cerveau.

MAJ: Vickie nous a quittés le samedi 11 mai au matin.

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commentaires
  1. S. dit :

    Très bien écrit et touchant!

  2. Aimée V. dit :

    Au moins mes québécismes ne vous rebutent pas. 😉

  3. S. dit :

    Pas le moins du monde! 😀

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