Archives de la catégorie ‘Danse’

Que mes voisins puissent voir entre mes jambes par la craque du store je m’en fous. Ce serait n’importe qui qu’ils regarderaient pareil. On croit que la beauté mène le monde, mais en fait c’est la curiosité. Comme si on pouvait aboutir ailleurs et rester au sec sous la pluie. Si on pouvait voir entre les jambes de tout le monde, nous vivrions contents comme des chiens alanguis à l’ombre des stations de métro désaffectées. On pourrait faire le tour de la planète à pied et survoler les océans en avion gratuitement. Les chaussettes seraient enfin abolies et l’asphalte serait doux et moelleux. Les femmes porteraient des thobes et danseraient le khaliji en cercle. Leurs mains raconteraient des histoires de sexe caché et de guerres incompréhensibles, leurs bijoux leur serviraient d’écuelle. Leurs cheveux seraient le plus beau des miroirs. 

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Glissade, jeté, temps levé, pointe les pieds, étire les genoux, grandit. Rien qui dépasse, rien qui déroge. Dans ces contes, les cygnes sont amoureux, la princesse marche sur le bout des pieds, les bonbons ont une souveraine. On sait qu’on ne volera jamais, mais l’important c’est surtout de ne pas s’écraser.

Je les ai pensées en fonction de mon travail en solo pour une compétition de danse orientale, mais ça s’applique à l’écriture, aux études… à pas mal d’affaires, finalement.

1. La phase où, avant d’avoir commencé, tu te dis que tu vas faire ça les doigts dans le nez, tout rafler, et impressionner tout le monde, surtout celui ou celle qui t’a opposé un refus ou critiqué.

2. La phase où tu te rends compte que c’est pas si évident que ça.

3. La phase de désespoir où tu te dis que c’était vraiment con de te surestimer, que tu ne seras jamais à la hauteur, et que t’étais pas fait pour danser/écrire/etc.

4. La phase où une étincelle, un breakthrough te fait débloquer. Tu te sens encore ébranlé, mais tu te dis que, si ça continue comme ça, tu vas finir par t’en sortir. Motivé, tu mets les bouchées doubles pour une certaine période.

5. La phase où des contraintes d’horaire/de santé ou autres t’empêchent de travailler pendant un temps, et où tu repousses le moment de t’y remettre parce que tu sais que le moment de grâce est fini et que tu as peur qu’il ne revienne jamais.

[Les phases 2 à 5 peuvent se répéter indéfiniment]

6. La phase où tu te sens un peu plus en confiance et où tu sais que le plus gros du travail qu’il reste, c’est de te détendre et de gagner en assurance. La phase où tu réussis très bien ce que tu dois faire seul chez toi mais où tu vacilles dès que tu dois montrer quoi que ce soit à quiconque.

7. La phase où le délai est expiré, où tu dois passer à l’action et où, excédé, tu te dis: «Advienne que pourra, calvasse!»

8. La phase où, peu importe les résultats (disons), tu es vraiment fier de t’être rendu au bout.

9. La phase où t’as pas appris et où tu veux tout recommencer.

Danser

Publié: 14 avril 2012 dans Danse

Danser ça fait plus de bien qu’écrire. C’est plus brut, plus immédiat. Écrire, c’est déjà penser, analyser, prendre position. Trop intellectuel, trop signifiant. Alors que plus on pense, moins on danse.

Et je veux pouvoir garder les yeux fermés.

La nuit elles dansent

Publié: 9 mars 2012 dans Cinéma, Danse
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Ce n’est pas un film à regarder par amour pour la danse, orientale ou pas. Peut-être un film à regarder par amour pour les femmes. Des femmes à la fois affranchies, économiquement parlant, et réduites, socialement parlant, par leur métier de danseuse, qu’elles pratiquent surtout dans des mariages devant un public qui semble, au vu du film, exclusivement masculin. Un métier qui rend leur mère, Reda, fière, mais dont elles paraissent blasées.

Un documentaire fascinant sur une famille (et une société) aux antipodes de la nôtre, où même les chicanes semblent plus flamboyantes, mais où la détresse affleure ici et là. Cela m’a fait réfléchir à quel point la danse que je pratique est « occidentalisée », chorégraphiée, spectacularisée, à mille lieues de l’improvisation qui est habituellement sa marque et des connotations qu’elle traîne en Égypte, où une danseuse n’est jamais à l’abri d’être emprisonnée à son retour du travail, à 4h du matin.

La nuit elles dansent, un documentaire d’Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault, Les films du Tricycle, 2010.

Aujourd’hui, c’est la Saint-Jean, la fête nationale du Québec. Yahou! Mais ce billet n’a strictement rien à voir avec ça.

Cette semaine, j’ai regardé The African Queen de John Huston, qui met en vedette Humphrey Bogart et Katharine Hepburn. Je l’avais déjà vu quand j’étais au cégep et j’avais vraiment trippé. Enfin, il est disponible sur DVD. Il s’agit vraiment du film qui raconte le rapprochement improbable de deux personnalités opposées, soit le capitaine de navire alcoolique et malotru et la missionnaire britannique prude, sur fond de guerre contre les Allemands. Et ça m’a rappelé à quel point Katharine Hepburn était une fabuleuse actrice. Et ça m’a donné le goût de vous faire un top 5, presque juste d’actrices, mais disons de femmes de tête qui m’inspirent.

1- Katharine Hepburn: les pommettes et le front tout le tour de la tête

En plus d’être une grande actrice, Mme Hepburn n’était pas femme à rester assise les bras croisés dans son coin et n’avait pas la langue dans sa poche. C’est bien d’ailleurs la raison pour laquelle elle a figuré sur la liste noire du McCarthysme à la fin des années 1940. En incarnant une patriote britannique dans The African Queen, elle essayait en quelque sorte de faire tourner le vent. Hepburn détient le record du plus grand nombre d’Oscars remportés par une actrice, soit quatre, (mais je pense que Meryl Streep est pas loin derrière! Ou Streep a eu plus de nominations) et il semble qu’elle n’ait jamais été en réclamer un seul. Grande et anguleuse, elle avait vraiment un visage magnifique, mais elle pouvait aussi avoir l’air d’un garçon manqué maigrichon s’il le fallait. Pour son anticonformisme, j’aimerais avoir la grande gueule et les pommettes de Katharine Hepburn.


2- Louise Brooks: la libertine

Si Garbo et Chaplin sont des acteurs de film muet dont on se souvient, c’est en grande partie parce qu’ils ont fait la transition au cinéma parlant avec succès. La star qui a véritablement marqué les esprits et qui incarne cette époque dans l’imaginaire collectif est sans contredit Louise Brooks, ne serait-ce qu’en vertu de sa coupe de cheveux de femme fatale maintes fois reprise. C’était elle, la précurseure. Brooks, c’était la sensualité mêlée à l’innocence. Elle n’avait pas peur de montrer son corps ou de jouer sur les tabous sexuels; dans Loulou, elle danse avec une femme en tailleur lors de son propre mariage, scène qui a fait scandale. D’ailleurs, dans ce film, elle finit assassinée par Jack l’Éventreur. Modèle même de la séductrice candide, elle abandonne cependant le cinéma dans la trentaine, peut-être afin de pouvoir récupérer sa propre image. On dit qu’elle était aussi libre à la ville qu’à l’écran. De Louise Brooks, j’aimerais avoir les yeux noirs innocents et la capacité de ne pas regarder en arrière.

3- Cyd Charisse: la ballerine jazzée

Dans une scène magnifique de Singin’ in the rain, Cyd Charisse fait une apparition hommage à Louise Brooks, où elle endosse le rôle muet d’une croqueuse de diamants à la petite coupe carrée. Charisse a dansé auprès de Gene Kelly à plusieurs reprises et également avec Fred Astaire. Contrairement à de nombreuses actrices qui ont tenu la vedette de comédies musicales, elle n’était pas qu’un joli minois ou une voix (ses scènes de chant étaient doublées); elle savait danser et avait d’interminables jambes qu’elle aurait même fait assurer. Il y avait bien Leslie Caron, qui était aussi une ballerine, mais Charisse représente selon moi une sensualité plus palpable, plus incarnée, alors que Caron avait plutôt l’air d’une petite fille. Malheureusement, le déclin du genre représenta aussi la fin de sa carrière. Pourtant, peu de femmes m’auront autant fait rêver à l’écran. J’aurais voulu danser sur les jambes de Cyd Charisse.

4- Romy Schneider: à fleur de peau

Schneider a peut-être regretté d’avoir tourné la trilogie Sissi, qui a bien failli l’emmurer dans les comédies rose bonbon, mais je suis contente qu’elle l’ait fait, car depuis mes rêves de princesse de petit fille, je l’ai suivie chez Claude Sautet, Otto Preminger, Visconti, jusque chez le grand Welles pour le Procès de Kafka. Romy Schneider était une actrice particulière, avec un superbe accent allemand lorsqu’elle parlait en français et à la fragilité si grande qu’on se demandait parfois si elle n’allait pas s’évaporer comme ça, tout d’un coup. Plus resplendissante au naturel dans la trentaine que lors de son adolescence, Schneider s’est vraiment épanouie en France où on lui a offert des rôles à la mesure de son talent. Elle a vécu une existence parsemée d’épreuves qui ont eu raison d’elle au début de la quarantaine. De Romy, je garde la volonté de me dépasser et de ne pas être enfermée dans un carcan de jolie fille. Et le sourire resplendissant.

5- Isadora Duncan: pieds nus jusqu’au soleil couchant

Isadora Duncan n’était pas une actrice de cinéma, mais une artiste de la scène, une danseuse et chorégraphe du début du siècle, la première à avoir refusé les chaussons de pointe du ballet classique et à avoir créé un nouveau langage corporel pour revenir au mouvement naturel du corps. Car il faut dire que le ballet classique cherche vraiment, dans une perspective pratiquement chrétienne, à outrepasser les limites physiques humaines pour aller dans la verticalité (les pointes) et l’en-dehors de la hanche (les pieds pointés vers l’extérieur pour chercher l’amplitude du mouvement). Duncan voulait redonner au corps ses lettres de noblesse. Elle dansait pieds nus, en tuniques vaporeuses à la grecque. Évidemment, cela ne s’est pas fait sans heurts, puisqu’elle était presque nue sur scène. On dit également qu’elle était bisexuelle. Duncan a connu une fin tragique, étouffée par sa propre écharpe alors qu’elle roulait en voiture, plusieurs années après que ses enfants ont péri dans un accident de la route, noyés dans la Seine. Isadora m’inspire la spontanéité et la volonté d’écouter mon propre corps.

Stay tuned pour mon appréciation de Mon nom est personne de David Leblanc, publié au Quartanier, d’ici quelques jours!

Est-ce que j’ai assez de mots pour vous inciter à aller voir Victoria à l’Agora de la danse, du 4 au 7 novembre? La pièce fête ses 10 ans; je l’ai vue il y a déjà 10 ans moi-même. À l’époque, j’étais au secondaire, j’ai eu la chance de faire un stage en danse contemporaine à l’Agora de la danse pendant la semaine de relâche. Nous avons eu la suprême chance de faire des ateliers avec des gens de la trempe d’Harold Rhéaume, Emmanuel Jouthe et Dulcinée Langfelder, dont je suis tombée amoureuse. Dulcinée est une artiste multidisciplinaire, elle mime, elle joue, elle danse… Victoria était présentée à l’Agora cette semaine-là, et j’avais gratté tous mes fonds de tiroirs pour pouvoir y assister, avec ma meilleure amie Sonia. Pour nous, c’était une grande sortie, et ce fut une soirée inoubliable. Je suis si émue de pouvoir retourner voir cette pièce!

Mélangeant danse, théâtre, Victoria raconte l’histoire d’une femme âgée, atteinte de la maladie d’Alzheimer, et de son préposé immigrant. Touchante mais néanmoins drôle, c’est un spectacle qui favorise la réflexion sans tomber dans le misérabilisme. C’est empreint de poésie… J’ai tellement hâte de la revoir. Chaque représentation sera suivie d’une discussion avec des gens du milieu de la santé, etc. Il s’agit d’arrêter de se mettre la tête dans le sable; nous aussi, nous passerons par là, un jour. Dans quel monde souhaitons-nous finir nos jours?

(Mon Dieu, j’ai le ton solennel à matin… Mais au-delà du propos, Victoria demeure une représentation artistique majeure, une quête de nouvelles formes d’expression post-langagières. Que se passe-t-il lorsqu’on perd la mémoire, nos repères, et donc la langue?)