Archives de la catégorie ‘La littérature: un métier’

Je ne suis pas autodidacte. J’ai besoin d’un ou d’une professeur-e pour faire mes premiers pas dans une discipline. Par exemple, je pratique la danse orientale depuis plus de sept ans, et je suis maintenant à l’aise d’improviser, de me faire des programmes d’exercice, de me former avec des DVD. Je sais quoi prendre et quoi laisser. Je sais ce qui me convient.
On n’est pas tous des Henry Miller, qui conspuait ouvertement le système scolaire, à faire preuve de génie par nous-mêmes. On entend souvent, à propos des études littéraires et de celles des arts en général, que la créativité ne s’apprend pas dans une salle de classe. C’est probablement vrai. Mais la créativité, une bonne histoire, c’est loin de faire de nous des écrivains accomplis. Moi je pense qu’il faut lire, lire, lire, et décortiquer des textes pour comprendre pourquoi ils sont bons – ou pas. On peut détester un texte et lui reconnaître ses qualités. Et les cours de littérature, ça existe aussi pour te donner une culture et te montrer que ce que tu pensais inventer, ça a probablement été déjà fait, et sûrement mieux…
Si tu es capable d’écrire un livre génial, de le publier à compte d’auteur, d’en vendre des milliers et de connaître la gloire, je te salue bien bas. Mais tu es une exception. La vérité, c’est que c’est souvent plus exigeant d’être autodidacte. Ça demande une discipline et une rigueur incomparables.
Et donc je vous dis: c’est correct de ne pas être autodidacte. D’avoir besoin des autres. Et pas juste pour qu’ils corrigent nos fautes. Le regard d’un lecteur, éditeur, réviseur, même d’un ami tant que c’est quelqu’un de rigoureusement honnête et qui sait de quoi il parle, est inestimable. Côtoyer les auteurs qui nous entourent et nous ont précédés aussi. Nous avons la chance de les avoir à portée, plus accessibles qu’ils ne l’ont jamais été. Profitons-en.

Publicités

Je les ai pensées en fonction de mon travail en solo pour une compétition de danse orientale, mais ça s’applique à l’écriture, aux études… à pas mal d’affaires, finalement.

1. La phase où, avant d’avoir commencé, tu te dis que tu vas faire ça les doigts dans le nez, tout rafler, et impressionner tout le monde, surtout celui ou celle qui t’a opposé un refus ou critiqué.

2. La phase où tu te rends compte que c’est pas si évident que ça.

3. La phase de désespoir où tu te dis que c’était vraiment con de te surestimer, que tu ne seras jamais à la hauteur, et que t’étais pas fait pour danser/écrire/etc.

4. La phase où une étincelle, un breakthrough te fait débloquer. Tu te sens encore ébranlé, mais tu te dis que, si ça continue comme ça, tu vas finir par t’en sortir. Motivé, tu mets les bouchées doubles pour une certaine période.

5. La phase où des contraintes d’horaire/de santé ou autres t’empêchent de travailler pendant un temps, et où tu repousses le moment de t’y remettre parce que tu sais que le moment de grâce est fini et que tu as peur qu’il ne revienne jamais.

[Les phases 2 à 5 peuvent se répéter indéfiniment]

6. La phase où tu te sens un peu plus en confiance et où tu sais que le plus gros du travail qu’il reste, c’est de te détendre et de gagner en assurance. La phase où tu réussis très bien ce que tu dois faire seul chez toi mais où tu vacilles dès que tu dois montrer quoi que ce soit à quiconque.

7. La phase où le délai est expiré, où tu dois passer à l’action et où, excédé, tu te dis: «Advienne que pourra, calvasse!»

8. La phase où, peu importe les résultats (disons), tu es vraiment fier de t’être rendu au bout.

9. La phase où t’as pas appris et où tu veux tout recommencer.

Cette fois, c’est vrai. Mon deuxième livre en librairie. Un roman pour les jeunes ados. Une histoire de meilleures amies. Une qui est naïve, l’autre qui l’est moins, ou qui l’est peut-être autrement. On peut souffrir autant par amitié que par amour, surtout quand on est au secondaire.

Ça fait bizarre et tout plaisir de l’avoir entre mes mains. J’ai travaillé dessus pendant au moins 4 ans (je ne sais même plus quand je l’ai commencé). Je l’ai repris, repris, repris. Il a été refusé, refusé, refusé. J’ai travaillé avec deux maisons d’édition, deux éditrices. Je l’ai vieilli (j’ai ajouté des scènes de sexe), je l’ai rajeuni (j’ai enlevé toutes les scènes de sexe, les mentions de sexe, les gros mots, pleins de mots en anglais). J’ai vu mon livre sous toutes ses coutures, ce qu’il devait être, ce qu’il aurait pu être, ce qu’il est finalement. J’en suis fière, et j’essaie de ne pas penser à LA phrase où il y a d’écrit le mauvais prénom (personne n’est parfait, mais on s’améliore de tirage en tirage).

Ça fait bizarre aussi de voir la réaction de mon entourage. Pour certains, on dirait presque que c’est mon premier livre, comme si un livre de poèmes, ça comptait moins en quelque sorte. En ce moment, c’est pourtant sur un autre livre de poèmes que je travaille. Je vais sûrement commencer un nouveau projet jeunesse, un jour. Quelque chose de plus tomboy.

Alors, si vous avez une soeur, une nièce, une voisine, une cousine, ou mieux, une classe (!), ou si vous êtes simplement curieux et jeunes de coeur, précipitez-vous chez votre libraire, de préférence indépendant. Pendant que je vais me cacher sous un oreiller (il y en a de reproduits dans le livre à chaque en-tête de chapitre, je ne serai pas dépaysée) en faisant semblant que je n’ai pas publié de livre finalement.

Civil

Publié: 22 décembre 2011 dans La littérature: un métier, Lecture
Tags:,

Il n’est pas dans mes habitudes d’écrire à propos des livres sur lesquels j’ai travaillé. Il me semble que ça m’enlève de la crédibilité. En tout cas, en 2011, les livres que j’ai corrigés/révisés/montés kickaient des culs, comme on dit, et ce n’est pas grâce à moi! 🙂 Mais, si j’ai choisi de vous parler de l’un d’entre eux en particulier pour couronner cette année d’inactivé sur mon blogue, c’est qu’il a complètement passé sous le radar. Mon coup de coeur: Civil de Daniel Foucard.

Civil est un roman qui est paru en France il y a quelques années chez Léo Scheer, que le Quartanier réédite en poche au Québec dans sa collection OVNI. Le mot « réédition » n’est jamais très vendeur, on cherche plutôt de la nouveauté à tout prix, mais, si vous connaissez le moindrement le travail du Quartanier, vous savez que, si ce titre a été retenu, c’est qu’il en vaut la peine. Quand on m’a dit: « C’est un roman qui raconte les cinq premiers jours d’aspirants policiers à l’école de police », c’est sûr je n’étais pas emballée de fait. Ça annonce drames, enquêtes, corruption, vieux flic désabusé, jeune flic plein de fougue. Comme je me fourrais le doigt dans l’oeil. Comme je serais passée à côté de quelque chose!

En fait, le roman ne « raconte » pas ces cinq jours. Il ne raconte rien. Il consiste en fait en la transcription des exposés magistraux du formateur, Josh Modena, et de ses interactions avec les étudiants. Entièrement composé d’interventions, Civil n’a toutefois rien à voir avec le théâtre ou les romans épistolaires. Si le récit dresse le portrait de personnages distincts, ceux-ci demeurent étrangement désincarnés, comme si leur vocation les avait déjà rendus uniformes. Êtres de voix plutôt qu’êtres d’action; grands parleurs, petits faiseurs.

Grâce à son écriture précise et à son doigté diabolique, Foucard produit une satire pince-sans-rire, qui ne s’abîme pas dans l’autoréflexivité dans laquelle la plupart se complaisent. Nul besoin de verser dans l’absurde non plus pour mettre en lumière les travers d’une institution qui ne semble pas se remettre en question très souvent. D’une simplicité désarmante, ce roman ne fait qu’aligner les répliques sans en souligner les incohérences, laissant au lecteur le soin (et le plaisir infini) de les découvrir. Ça se lit tout seul, et pour ma part je me suis bidonnée tout du long. Simplicité, intelligence, efficacité, humour; tant de choses qui paraissent cruellement manquer aux forces de l’ordre.

Mon petit pètage de coche périodique.

Quand j’étais au Salon du livre à tenir le stade du Quartanier, j’ai rencontré un homme qui avait la jasette facile. En discutant, je lui ai dit que j’étais correctrice d’épreuves. Le monsieur ne se pouvait plus de rencontrer une « vraie » correctrice et m’a illico demandé de lui expliquer la règle de la virgule. Euh?…

Mais bon, ce monsieur était bien sympathique, et ce n’est pas lui qui m’énerve. Ce qui m’énerve, c’est de lire ou d’entendre des trucs du genre: « Je maîtrise bien le français, je pourrais devenir correcteur. » Non, mais. C’est comme si je disais: « Je fais bien la cuisine. Je pourrais m’ouvrir un restaurant. » Être correcteur/trice, c’est plus que corriger des fautes. D’ailleurs, même si je m’efforce de ne pas faire trop d’erreurs en écrivant ici, c’est sûr que je ne prends pas le temps de tout corriger à 100%. La ponctuation n’est pas parfaite, etc. Mais, pour corriger, il faut non seulement connaître l’orthographe d’usage et les règles de grammaire sur le bout des doigts, il faut connaître la typo, il faut faire de la recherche, il faut avoir de la mémoire, etc. Il faut avoir une formation. Et il ne faut pas ponctuer au rythme!!! Même chose pour la traduction. C’est pas assez d’être bilingue. Je ne pourrais vous dire avec combien de traducteurs « déficients » j’ai travaillé. Certains ne comprenaient même pas le sens des expressions idiomatiques anglaises. La plupart traduisaient au mot pour mot sans adapter dans un contexte francophone. La plupart ignoraient même des règles fondamentales du français et avaient une syntaxe à coucher dehors. Il fallait tout réécrire, parfois même repartir du texte anglais original. Déplorable.

Autre chose qui me tue: les auteurs qui croient que l’éditeur et le correcteur sont contre eux, qu’ils veulent « contrevenir » à leur élan artistique. J’ai lu récemment sur un blog d’une jeune femme qui va bientôt publier son premier roman (ce qui est super pour elle, je lui souhaite bien du succès) qu’elle avait reçu les épreuves du livre avec les corrections et qu’elle était soulagée de voir qu’on n’avait pas « tenté de dénaturer son oeuvre » (je cite de mémoire, à peu près). À sa décharge, je pense qu’elle disait ça un peu à la blague, mais n’empêche que plusieurs personnes ont cette opinion. Parfois (même souvent), il arrive qu’un auteur utilise le mauvais mot pour exprimer son idée; c’est une impropriété lexicale et ça peut créer de la confusion. On corrige pas pour le fun! Aussi, il y a parfois des incohérences ou des invraisemblances dans les récits (ex. que j’ai lu: un personnage meurt à Québec, puis meurt une autre fois en France deux pages plus loin. Le manuscrit avait été lu par deux autres personnes avant de se rendre entre mes mains). Mon rôle n’est pas de les modifier, mais de les signaler, et c’est à l’auteur et à l’éditeur d’y remédier. Tout ce qu’on veut, c’est faire le meilleur livre possible, et ce n’est pas en laissant son ego tout diriger qu’un auteur pourra y arriver.

Heureusement, souvent, ça va bien. J’ai reçu dernièrement un courriel d’un auteur dont j’ai corrigé le roman de science-fiction. J’avais laissé beaucoup de notes et de questions, car dans ce type d’intrigue, il faut s’assurer que tous les développements se tiennent. Il m’a remerciée et il m’a même dit qu’une de mes suggestions lui avait donné une idée pour le prochain tome de sa série.

Je sais pas, peut-être que je suis juste une enfant gâtée qui pense que personne n’est à la hauteur. Mais c’est aussi qu’après deux ans, je continue à avoir le syndrome de l’imposteur et à me poser des questions sur mon travail, à me demander si je suis bonne, etc. Au moins, cette attitude me pousse à vouloir m’améliorer le plus possible. Il me reste du chemin à faire, mais, somme toute, j’aime bien mon travail. 🙂

Depuis quelque temps, c’est vrai, je vous écris moins, et ça fait encore plus longtemps que j’ai pas partagé de p’tit poème avec vous. C’est qu’entre toutes les corrections et les manuscrits à lire, les lectures pour le plaisir et l’écriture ont pris un peu de recul. En plus, j’écris de moins en moins de poésie ces temps-ci (je compte bien m’y remettre). Comme mon recueil est programmé pour la fin de l’année, j’ai décidé de me consacrer à un autre type de projet dont je préfère ne pas parler pour le moment… C’est peut-être de la superstition ou une crainte mal fondée, mais tant que c’est pas fini, pour moi, c’est motus et bouche cousue!

Ce que je trouve drôle, c’est que lorsque j’étais aux études, tout le monde me demandait ce que j’allais faire avec mes diplômes en littérature. La réponse safe était : « Bien, si tu fais une maîtrise, tu peux être prof de cégep. » Ça rassure le monde. Mais maintenant, quand les gens me demandent ce que je fais comme travail, je réponds : « Je travaille dans une maison d’édition. Je corrige des livres. » Aussitôt, ça impose une sorte de respect. On dirait que la littérature, quand elle prend une dimension concrète, c’est comme quelque chose de sacré aux yeux des gens.

Et bien sûr, le fait que je travaille dans le merveilleux monde de l’édition donne souvent lieu à de nombreuses questions, car vraiment beaucoup de gens s’intéressent à l’écriture. Voici donc rapidement comment ça se passe lorsque vous envoyez un manuscrit chez un éditeur. Habituellement, vous recevrez un avis de réception. Il m’est déjà arrivé d’envoyer un manuscrit quelque part et de ne rien recevoir : ni avis de réception ni lettre de refus. Un doute plane toujours alors dans notre esprit à savoir s’ils ont vraiment reçu le tout. Évidemment, je pense qu’ils l’ont bien eu et qu’ils ne l’ont pas aimé, mais bon, je peux toujours espérer que ce n’était pas le cas!

Une fois le manuscrit à bon port, il y a donc deux façons de procéder. Il y a des maisons d’édition qui font appel à des lecteurs externes, soit des gens qui vont lire les manuscrits et produire des rapports de lecture où ils résument grossièrement le propos du livre et se penchent plutôt sur ses points forts, ses faiblesses, pour ensuite donner leur opinion. Si la conclusion est plutôt négative, l’éditeur ou son adjoint va feuilleter rapidement le manuscrit au retour pour se faire sa propre idée et confirmer le tout. Si l’avis est assez mitigé, il se peut qu’on fasse appel à un deuxième lecteur. Si l’avis est plutôt favorable, l’éditeur adjoint se chargera de lire le manuscrit à son tour pour le recommander (ou non) à l’éditeur. La deuxième façon de faire est d’assigner à une personne en particulier au sein de la maison (habituellement un éditeur adjoint) la tâche de lire les manuscrits. Il ou elle rédigera aussi des rapports, et l’éditeur se fera un devoir de se pencher lui-même sur chaque rapport et chaque manuscrit, plus ou moins longuement selon l’intérêt qu’il soulève. Dans les deux cas, c’est l’éditeur qui a le dernier mot quant à la décision de publier ou non le texte.

Il arrive que l’éditeur trouve le livre bien ficelé, bien écrit, mais qu’il décide quand même de ne pas le publier. Pourquoi? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Soit le livre ne cadre pas du tout avec la ligne éditoriale de la maison (exemple facile : envoyer un thriller dans une maison qui se spécialise en poésie). Il se peut aussi que le calendrier de production soit déjà bouclé, ou alors qu’il y ait déjà trois thrillers au programme et que l’éditeur décide de se concentrer sur d’autres types de livres pour le reste de l’année (auquel cas il se peut qu’il vous dise qu’il est intéressé, mais que ça sera juste l’année d’après). Peut-être que votre livre est bien écrit mais qu’il ne recèle aucun potentiel commercial, ou alors que d’autres auteurs vous ont coiffé au poteau et ont sorti des livres traitant du même sujet, saturant du même coup le marché. Enfin, il est possible que votre manuscrit demande un retravail assez considérable et que l’investissement exigé soit trop important pour que l’éditeur décide de prendre un risque.

En d’autres cas, il est fort probable que l’éditeur va vous demander de retravailler votre texte avant de le publier. La publication peut même être conditionnelle à ce retravail… ce qui veut dire que vous pourriez bûcher sur votre livre et ne même pas le voir publié au bout du compte, ce qui peut être assez frustrant. Mais d’après moi, c’est assez rare que ça en arrive là. Au pire, on va vous demander de retourner à votre ordinateur une seconde fois.

Évidemment, votre éditeur va vous donner des pistes et des suggestions pour améliorer le tout. Mais certains y voient une tentative de dénaturer leur œuvre. Exemple totalement fictif, toute ressemblance avec des circonstances réelles est purement fortuite :

Éditeur : Comme ton livre est un thriller, c’est un peu malaisé de toujours formuler des phrases avec des verbes à l’infinitif. Il faudrait que ce soit rédigé au présent pour qu’on sente plus un sentiment d’urgence.

Auteur : Mais là, c’est mon style!

Premièrement, votre éditeur est votre ami, et probablement le lecteur le plus expérimenté que vous pourriez avoir. Deuxièmement, il ne veut que la même chose que vous : publier le meilleur livre possible. Si l’auteur tient absolument à ses verbes à l’infinitif, il a intérêt à trouver une autre solution pour pallier le manque de rythme que l’éditeur lui a souligné.

C’est drôle de se raccrocher à des caractéristiques qu’on juge originales pour décrire un « style », alors qu’en fait, le style est un ensemble de facteurs et de détails souvent indiscernables pour l’auteur lui-même. À l’université, j’ai suivi un cours de stylistique qui se penchait sur les cas d’Amélie Nothomb et de Gabrielle Roy, deux auteures à l’écriture très limpide. C’était vraiment intéressant de découvrir en fait ce qui composait leur style propre.

Alors voilà en gros ce que j’ai à dire sur le parcours d’un manuscrit. Si jamais vous avez envie de discuter plus avant des problématiques de l’édition, ne vous gênez pas! J

Ça fait déjà un moment que je suis dans le milieu de l’édition, et j’ai lu presque toute ma vie. À force de corriger, lire, relire, corriger, réviser, lire, il y a des choses qui finissent par nous lasser. Aujourd’hui, je voudrais me vider le cœur sur un travers qui semble parfaitement banal mais qui est très répandu : le maudit p’tit détail « qui fait donc vrai ».
Exemple. Vous écrivez un livre. Vous habitez, disons, sur la rue Saint-Denis. Alors votre personnage habite sur la rue Saint-Denis. Jusqu’à maintenant, tout baigne. Mais ne vous sentez pas obligé d’écrire : « Chaque soir, je passais devant le resto chez Ti-Jean, que tous reconnaissent facilement à son inimitable comptoir vert et jaune » (exemple fictif, bien entendu. Quoique si vous connaissez un tel endroit, faites-moi signe), si après vous ne reparlez plus jamais de Ti-Jean, que votre narrateur n’y fous jamais les pieds et que le comptoir n’est plus mentionné.
Il y a bien deux ou trois personnes qui vont se dire: « Ah oui! Chez Ti-Jean! Je vais là, moi aussi! » parce qu’ils habitent dans le même coin. Et tous les autres, ils vont juste s’en foutre.
Que l’on fasse ça une fois, et que tout le monde s’en foute, c’est pas bien grave. Le problème, c’est quand le texte devient une enfilade de références qui ne sont appréciées que par l’auteur. À ce moment-là le texte est plaaaaaaaate. Inintéressant. Il nous emmerde.
On n’est pas obligés de truffer nos histoires de descriptions. Chaque description devrait être nécessaire au texte, à l’intrigue, etc. Si c’est pas nécessaire, hop! À la poubelle. Je dis pas d’enlever tous les détails. Ça peut faire le charme d’une histoire bien racontée. Si ce sont des détails pertinents, voilà tout.
C’est pas parce que quelque chose existe pour vrai que c’est intéressant. C’est parce que quelque chose est arrivé pour vrai que c’est crédible, et encore une fois intéressant.
Et moi, je suis très difficile. 😉