Archives de la catégorie ‘Littérature jeunesse’

La tradition (après combien d’années ça devient une tradition?) veut qu’on achète (au moins) un livre québécois le 12 août. Voici donc quelques suggestions de mon cru. La plupart des auteurs sont mes ami-es, oui, c’est vrai. Mais que voulez-vous: mes ami-es, c’est les meilleur-es.

Certains de ces livres ne sont plus nécessairement en librairie, commandez-les sur les libraires.ca
9782924519165

La chambre Neptune

Pour toi si tu crois qu’ici bas tout est lié, que tu t’intéresses aux mystères de l’univers et que tu penses que d’accompagner un enfant en fin de vie est en quelque sorte la plus belle chose du monde.

Pas pour toi si tu cherches une narration linéaire et traditionnelle.
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9782890318489
Pour toi s’il y a des choses que tu as toujours voulu dire à ton père, mais que tu n’en as jamais eu le courage.
Pas pour toi si tu penses que la poésie doit obligatoirement être en vers, et surtout si tu penses qu’elle doit rimer.
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9782923530406
Pour toi si tu voudrais essayer la poésie mais que tu as peur de ne pas comprendre; Geneviève Gravel-Renaud parle à tout le monde.
Pas pour toi si tu n’es pas capable de t’arrêter et t’intéresser aux petites choses de la vie.
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9782896626014
Pour toi si tu t’intéresses à la littérature jeunesse et aux relations amoureuses, en particulier aux attentes que l’on se fait à notre égard et à celui des autres.
Pas pour toi si tu penses qu’une relation sexuelle réussie se clôt obligatoirement par un orgasme.
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9782896981564
Pour toi si la lutte, le clinquant, l’usé et les magouilles te fascinent autant qu’un roman dont l’intrigue nous happe.
Pas pour toi si tu trouves que les films des frères Coen sont plates et que tu cherches «plus d’action».
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Pour toi si tu es fasciné-e par le ballet, le deuil et la solitude, et si tu aimes entendre la musique au creux d’un texte.
Pas pour toi si tu n’aimes pas les récits intérieurs qui se développent lentement.

Vous le savez déjà, je m’intéresse à la littérature jeunesse. Ce n’est donc pas un hasard si je me suis penchée sur L’emprise, un livre de la collection TABOU chez de Mortagne, qui traite de violence psychologique, ici dans les relations amoureuses.

Quand j’allais vers la fin de mon adolescence, une de mes très grandes amies a fréquenté un gars violent. Il a d’abord été possessif; il l’a convaincue de ne pas retourner à l’école, de ne pas travailler. Il l’a poussée à délaisser ses proches. Puis, il a été violent physiquement. Une fois, on tournait un film pour l’école et nous avons dû maquiller un oeil au beurre noir. Je voulais dire à mon amie de le quitter. Je ne l’ai pas fait; comme Laurence et Joanie, les copines de Mathilde dans le roman, j’avais peur qu’elle me tourne le dos et qu’elle s’isole définitivement. Elle s’était coupée de sa famille, d’autres amis qui avaient émis leur opinion. Je ne sais pas si j’ai bien fait à l’époque; aujourd’hui, tout ça est derrière nous et je suis bien heureuse d’avoir été présente le plus possible. Elle me téléphonait; elle voulait s’enfuir, puisqu’elle en était venue à habiter avec lui. Parfois, elle restait une heure ou deux, puis partait le retrouver. Parfois elle n’arrivait pas du tout.

Une autre de mes amies a été aux prises avec un chum manipulateur et possessif. Son attitude était moins extrême et donc on pourrait la croire moins grave; ce n’est toutefois pas le cas. Il a miné la confiance de mon amie, l’a aussi éloignée de ses amis. Elle s’en est sortie, elle aussi, par chance. Mais les séquelles demeurent.

Souvent, je reproche aux livres jeunesse de traiter de sujets «chauds» vraiment didactiquement; on sent un peu trop la volonté d’éduquer les jeunes lecteurs. Il n’y a pas de mal à ça, mais ça vient un peu lourd des fois, et mon amour premier est la littérature, le plaisir de la lecture. Ici, j’ai été emportée par le texte. Je ne sais pas si c’est parce que le sujet m’interpellait véritablement… J’y ai reconnu tous les comportements qui font en sorte que les choses dégénèrent imperceptiblement et qu’on se retrouve là sans même s’en rendre compte.

L’isolement est la pire des erreurs. Si vous ou un(e) de vos proches vous trouvez dans une telle situation, n’hésitez pas.

Cette fois, c’est vrai. Mon deuxième livre en librairie. Un roman pour les jeunes ados. Une histoire de meilleures amies. Une qui est naïve, l’autre qui l’est moins, ou qui l’est peut-être autrement. On peut souffrir autant par amitié que par amour, surtout quand on est au secondaire.

Ça fait bizarre et tout plaisir de l’avoir entre mes mains. J’ai travaillé dessus pendant au moins 4 ans (je ne sais même plus quand je l’ai commencé). Je l’ai repris, repris, repris. Il a été refusé, refusé, refusé. J’ai travaillé avec deux maisons d’édition, deux éditrices. Je l’ai vieilli (j’ai ajouté des scènes de sexe), je l’ai rajeuni (j’ai enlevé toutes les scènes de sexe, les mentions de sexe, les gros mots, pleins de mots en anglais). J’ai vu mon livre sous toutes ses coutures, ce qu’il devait être, ce qu’il aurait pu être, ce qu’il est finalement. J’en suis fière, et j’essaie de ne pas penser à LA phrase où il y a d’écrit le mauvais prénom (personne n’est parfait, mais on s’améliore de tirage en tirage).

Ça fait bizarre aussi de voir la réaction de mon entourage. Pour certains, on dirait presque que c’est mon premier livre, comme si un livre de poèmes, ça comptait moins en quelque sorte. En ce moment, c’est pourtant sur un autre livre de poèmes que je travaille. Je vais sûrement commencer un nouveau projet jeunesse, un jour. Quelque chose de plus tomboy.

Alors, si vous avez une soeur, une nièce, une voisine, une cousine, ou mieux, une classe (!), ou si vous êtes simplement curieux et jeunes de coeur, précipitez-vous chez votre libraire, de préférence indépendant. Pendant que je vais me cacher sous un oreiller (il y en a de reproduits dans le livre à chaque en-tête de chapitre, je ne serai pas dépaysée) en faisant semblant que je n’ai pas publié de livre finalement.

Pour un lecteur expérimenté (c’est-à-dire: un adulte comme moi qui lit des livres jeunesse), ces neuf bonnes nouvelles (et la moins bonne aussi) se dévorent toutes seules. C’est tout un pari de réunir des récits s’adressant tant à des lecteurs débutants qu’expérimentés ou «audacieux», et je trouve que l’ensemble fonctionne bien. D’ailleurs, le titre me plaît assez, dans le sens où c’est très rare, en tant que lecteur, de tomber sur un recueil de nouvelles où toutes vont faire mouche. Nécessairement, certaines vont apparaître plus faibles. Le sous-titre, «À vous de trouver laquelle», met le doigt dessus, car ce sont des impressions totalement subjectives.

Pour ma part, j’ai été happée dès le début; les premières nouvelles sont très fortes. Mon intérêt a décru vers les deux tiers, disons: je n’ai pas du tout adhéré au «Contrat» de Carole Tremblay, et le dialogue poétique de Bertrand Gauthier, malgré toute sa pertinence, ne m’a pas accrochée, parce que je suis justement une lectrice plus vieille et expérimentée qui a tout de suite capté l’enjeu du texte. Je me suis toutefois rattrapée à la fin, surtout grâce à la nouvelle de Robert Soulières, qui m’a vraiment fait rigoler. Que voulez-vous, je trouve ça drôle, les histoires d’auteurs qui racontent comment une éditrice les a contactés pour qu’ils écrivent une nouvelle pour un recueil jeunesse publié chez La Bagnole. L’autodérision, c’est souvent payant, quand c’est fait avec un véritable humour et non appliqué comme une recette.

J’ai relu plusieurs fois la fin de la première nouvelle, «Pogo le hamster», qui est toute simple; mais justement, on dirait que j’essayais de trouver une chute, une révélation, jusqu’à ce que je m’avoue que je pédalais vraiment trop fort pour ce petit récit amusant plein de second degré. La plupart des textes ont d’ailleurs un ton humoristique, plus ou moins accentué. Patrick Senécal assaisonne bien sûr le sien de détails morbides; Alain M. Bergeron fait preuve d’un humour bien marqué, quoiqu’un peu noir. Son protagoniste, atteint d’un TOC qui le pousse à tout compter, est fort attachant. D’autres nouvelles ont un ton plus dramatique: chez Fannie Loiselle, tout est en subtilité, et il y a une lueur d’espoir; chez Laurent Theillet, on a la frousse; chez Martine Latulippe, on s’enfonce et on a mal à la simple lecture.

Et j’ai beaucoup aimé le texte d’Annie Goulet, «Restez ensemble en tout temps», qui traite d’une rupture amoureuse entre deux ados qui vont à la même école. Étonnant comme les ruptures, ça ne change pas beaucoup avec l’âge… «Elle pensa à tous leurs baisers en général et fut triste de constater à quel point ils semblaient inventés.» Cette phrase, je me la suis répétée souvent depuis. Un beau texte aux enjeux multiples, pour lecteurs dits audacieux, qui en raconte beaucoup en peu de mots.

Bref, une lecture que je recommande si la littérature jeunesse vous branche! 🙂

Neuf bonnes nouvelles et une moins bonne [à vous de trouver laquelle], collectif, La Bagnole, 2012.

Toujours dans mes questionnements sur la littérature jeunesse…

J’ai adoré le roman Ender’s Game. Moi, j’aime ça l’espace, les vaisseaux spatiaux. J’aime les romans qui ont une psychologie assez fine. J’aime le concept selon lequel on entraîne des enfants dès leur tendre enfance à devenir des commandants militaires à l’aide de jeux. J’ai cependant été un peu déconcertée par la fin, lorsque les personnages deviennent des espèces de prophètes et que tout verse dans une spiritualité très étrange qui tranche un peu avec le ton du reste du livre. Enfin bref. Si je n’avais pas lu qu’il s’agissait de littérature jeunesse, je ne l’aurais jamais deviné, et c’est très bien comme ça.

Chaque chapitre est introduit par un court dialogue entre des personnages secondaires qu’on ne connaît même pas, qui observent et commentent l’intrigue. En plus, les répliques ne sont même pas identifiées par des incises. On ne sait pas qui parle. Pas de « dit X » ou de « rétorqua Y ». Imaginez. Comment peut-on demander aux jeunes de comprendre ça? En plus, il n’y a même pas de mise en contexte. On ne sait pas pourquoi Ender se fait traiter de « bugger », ou de « Third ». On comprend entre les lignes qu’il est le troisième-né et que cette position est dévaluée, et on comprend aussi plus tard que les buggers sont des envahisseurs extraterrestres qui ressemblent à des insectes. On n’a pas droit à « Ender est un enfant de six ans, avec des taches de rousseur, à peu près haut de même », ou à « Valentine, c’est sa soeur. Elle est blonde et aime le rose. » Non. Il faut déduire et interpréter.

Ender’s Game n’est pas qu’un classique de la littérature pour les jeunes; c’est un classique de la science-fiction. Des adultes le lisent. C’est un roman assez intéressant et complexe pour rallier des lecteurs expérientés. Et, pourtant, il a été écrit pour des enfants, des ados. Alors pourquoi s’entête-t-on à nous demander de simplifier, clarifier, préciser pour nos jeunes à nous, ici au Québec? On n’essaie pas de leur fourguer des romans expérimentaux déconstruits sans intrigue ni personnages. Non. On aimerait juste couper les descriptions plates, mettre un peu de vie, avoir des dialogues naturels. Pourquoi s’étonner que la lecture semble peu attrayante quand on nivelle par le bas? Comment exiger des jeunes qu’ils comprennent et interprètent des textes si on les habitue à tout avoir tout cuit dans le bec? Évidemment, je n’écris pas un livre jeunesses en espérant m’attirer un public adulte (l’intrigue ne s’y prête pas du tout), mais j’aimerais l’écrire comme si j’écrivais pour des adultes (surtout si on s’adresse en principe à des ados de quatorze ans). Je pense que c’est seulement comme ça que le livre pourra éventuellement bien vieillir.

Connaissez-vous Mélodie Nelson? Pas celle de la chanson de Gainsbourg, la blogueuse et sex addict invétérée, qui adore le vernis à ongles, prendre des bains avec du bain moussant à la poire et Roger DesRoches. Non seulement j’aime bien la lire, mais il se trouve que c’est une copine à moi. Ça vous en bouche un coin, hein?

Bon, je vous parle d’elle en ce moment parce que je suis complètement RÉVOLTÉE de la mauvaise foi des gens. Vous voyez, hors du monde virtuel, Mélodie occupe un emploi qui la met en contact avec les enfants. Et elle adore les enfants. Et certains osent prétendre qu’elle ne serait peut-être pas la meilleure personne pour travailler avec des enfants juste parce qu’elle écrit un blogue qui parle de cul!!!

Premièrement, est-ce que quelqu’un a déjà entendu parler de la différence entre réalité et fiction?? Et deuxièment, si nous supposons que tout, tout, TOUT ce que Mélodie écrit, jusqu’à la dernière virgule, est « vrai », c’est-à-dire est un récit fidèle de ses faits et gestes, who cares about ce qu’elle fait en dehors du travail. Jamais elle ne fait la moindre allusion à la pédophilie ou quoi que ce soit, et elle adore les filles de son amoureux, Alexandre Le Grand. Pour moi, c’est exactement la même chose que de renvoyer un prof parce qu’il serait homosexuel. C’est pas de vos affaires!

Un courant de droite est vraiment en train d’envahir notre société. Si vous êtes comme moi, vous trouvez complètement aberrant qu’il n’y ait plus de cours d’éducation sexuelle dans les écoles. Non mais, on habite-tu aux États-Unis ou quoi??? D’ailleurs, cette thématique a donné lieu à un épisode fort réjouissant de Family Guy (saison 5, épisode 6), où Lois commence à donner des cours d’éducation sexuelle à l’école et où, après nombre de quiproquos, les étudiants pensent qu’avoir des relations sexuelles par l’oreille (!) n’est pas un péché!

L’édition de livre jeunesse est aussi en train de prendre un tournant de droite. Vous souvenez-vous du livre, publié à La Courte échelle, Venir au monde? Moi oui. C’était la première fois dans mon existence que je me faisais traiter de cochonne, lorsque je l’ai emprunté à la bibliothèque en 2e ou 3e année.

Venir au monde, de Marie-Francine Hébert (avec des illustrations de Darcia Labrosse), expliquait aux enfants de manière claire, sans hypocrisie, ce qu’est l’acte sexuel entre deux personnes qui s’aiment, que sont les systèmes reproducteurs, les spermatozoïdes et ovules, la grossesse. C’était en toute simplicité, vraiment pas effrayant, et ça ne donnait pas non plus le goût de devenir prostitué ou je sais pas quoi! Eh bien, Mélodie Nelson m’a appris que La Courte échelle ne rééditerait plus jamais ce livre.

Moi, j’ai peur de voir une horde de petites filles de quinze ans enceintes, parce qu’elles croient que si le gars se retire, il n’y a pas de danger. Ou encore des ados qui attrapent la gonorrhée parce qu’ils pensent que la pilule protège contre les MTS. Pire, on va peut-être leur dire qu’utiliser un condom, c’est péché, maintenant? Faire l’éducation sexuelle de nos enfants, ce n’est pas promouvoir la précocité ou la banalisation du sexe; de toute façon, ce n’est pas parce qu’on se cache la tête dans le sable qu’ils ne s’émanciperont pas sexuellement. Ça va arriver de toute façon, et soyons au moins sûrs que ça se passe de façon agréable et sécuritaire!

(Mon Dieu, je sonne comme une vieille matante ou je sais pas quoi.)