Archives de la catégorie ‘Sous-titrage’

Oh mon Dieu, je suis en train de regarder la saison 7 de Family Guy. La fan en moi est au comble du bonheur. Pour ceux qui l’ont pas vu, je vais quand même vous parler de l’épisode 2, qui je pense restera dans l’histoire de la série! lol


Dire que j’ai déjà sous-titré cette chanson… C’était dans Full Metal Jacket. Sérieusement, si vous êtes sourd et que vous comprenez ce que « Ba-ba-o-mow-mow, o-o-m-mow-m-mow » veut dire, chapeau…

L’extrait est très long, mais il faut le regarder au complet pour bien en comprendre l’impact! Encore une fois, les scénaristes utilisent l’élongation du gag pour le rendre drôle. Cette fois-ci, pourtant, rien ne vient briser la logique narrative; le montage est la classique illustration du temps qui passe. C’est réellement l’accumulation qui rend la scène hilarante (ou insupportable).

Bien entendu, Peter est subjugué par la musique et le rythme de la chanson Surfin bird, comme en témoigne sa petite danse. Mais le plus fabuleux, c’est qu’il prend le texte au premier degré; il achète du temps d’antenne pour « conscientiser » la population au fait que the bird is the word. Mais comment trouver même un premier degré de sens dans ces paroles?

Everybody knows about the bird

The bird, bird, bird, the bird is the word […]

Don’t you know about the bird

Everybody knows that the bird is the word

Même si la phrase est correcte, elle ne veut rien dire! La seule piste de sens demeure l’euphonie, la rime, et bien entendu la répétition, comme le souligne d’ailleurs Stewie en bon enfant d’âge préscolaire: « Again! I love repetition! » Eh bien, c’est exactement comme ça que tout le show fonctionne. Cet extrait est en quelque sorte la métaphore du principe de Family Guy. La répétition, c’est ce point de vue particulier sur le temps, les gags interminables qui se répètent presque à l’infini. Et l’euphonie, c’est la construction par affinité qui vient contrer la logique linéaire (les fameux flash-backs qui prennent souvent le pas sur le récit principal).

Et il va sans dire que depuis ce temps, la chanson a repris ses lettres de noblesse… on l’entend maintenant dans les bars et il y a toujours 2 ou 3 freaks (hum hum…) qui hurlent et qui chantent tout le long… Et ensuite, impossible de se la sortir de la tête. Nous sommes devenus Peter Griffin!

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Ah, les amis! J’ai terminé mon contrat au sous-titrage, je quitte pour de meilleurs cieux, mais avant de partir, j’ai pris le temps de vous glaner quelques-unes de ces phrases absurdes que j’ai été payée pour transcrire. Malheureusement, en environ 1 mois et demi, je n’ai peut-être pas pu vous trouver les plus croustillantes, mais celles-ci sont quand même amusantes!

– « Et vous croyez que vous serez heureux de finir votre vie avec une vieille Chinoise? » The world of Suzie Wong, 1960

– « C’est quand même une bonne nouvelle, la Bible n’a pas fini de nous surprendre en 2009. » Parole et vie, 2009

– « Elle a dit que ce n’était pas son fils, en dépit de tous les éléments qui prouvaient le contraire. » Changeling, 2008

– « Bouffe mon placenta. » Disaster movie, 2008

Traductions un peu trop littérales:

– « On reprend à partir du pont » – « Let’s take it from the bridge », The Rocker, 2008.

– « Reste froid, Luke, reste froid » – « Stay cool, Luke, stay cool », Cool hand Luke, 1967.

Traduction à côté de la plaque:

Phrase originale: « We’ll all be friends forever unless a random disaster destroys the city. »

Traduction: « On sera amis pour la vie, à moins qu’on soit ennemis et qu’on détruise tout le quartier ». Disaster movie, 2008.

Blooper de l’année

« Des yeux de merles enfouis » au lieu de « des yeux de merlans frits ».

En sous-titrant le film Max Payne, je dois avouer que j’ai été plutôt intriguée au début, mais qu’en fin de compte, le scénario était assez décevant. Et le casting étrange (Mark Wahlberg est déjà passable, mais qui a foutu Ludacris en lieutenant de police?). En passant, je veux juste préciser que je n’ai jamais joué au jeu, donc mon appréciation du film ne repose pas du tout sur son adaptation. J’ai entendu dire que ce qui faisait le charme du jeu, c’était la narration du personnage principal et son humour noir, choses qui ont été pas mal abandonnées dans le film (surtout l’humour.)

En fait, ce ne sont pas les scènes d’action qui ont retenu mon attention, mais bien le caractère « héros romantique » du personnage principal. Éperdu de douleur depuis que sa femme et son bébé ont été assassinés, Max ne vit plus, ne dort plus, ne mange plus, ne va plus aux toilettes jusqu’à ce que justice soit faite. Il ne regarde même pas une autre femme. Même pas si elle se roule à poil dans son lit (en l’occurrence, je parle ici d’Olga Kurylenko, miss Bond Girl 2008). Max n’a plus de couilles, il les a bouffées pour déjeuner.

Non, mais franchement, les gars, il serait peut-être temps de vous créer de nouveaux archétypes, des role models qui collent un peu plus à votre réalité. J’en ai marre des personnages qui ont une Quête Supérieure, qui vargent dans tout ce qui bouge au nom de leur Quête, et dont la réplique préférée est : « Tu ne peux pas comprendre. Oublie ça. » Et qui s’en vont ensuite. Faisant cavalier seul.

D’ailleurs, à ce propos, il n’est pas anodin que Payne soit un officier de police. Ces derniers temps, la police a pris un sérieux coup de débarque dans la fiction, suivant l’opinion publique (voir par exemple la série The Wire.) Les policiers sont soit des fonctionnaires qui font leurs heures sans demander leur reste, soit corrompus ou carrément psychopathes (bon, ici je simplifie un peu le personnage de Dexter, on pourra y revenir à une autre occasion.) On ne peut plus avoir confiance en les forces de l’ordre. Même le bon policier, au cœur pur, doit se battre contre sa propre race pour mener à bien son enquête. Le justicier personnel, le vigilante, est un héros des temps modernes. Il se bat, envers et contre tous.

Ainsi les hommes rêvent-ils d’être ce héros, dédié à la Femme unique, qui saura leur faire oublier toutes les autres (étrange que cela se produise toujours après son décès…) Incapables, pour la plupart, de contrôler leurs pulsions, ils fantasment sur un héros dur et asexué (c’est-à-dire fidèle, mais à un souvenir). Après ça, ils se demandent pourquoi nous, les femmes, nous attendons à ce qu’ils le soient effectivement. C’est de votre faute, tout ça! Wake up!

Et, réalisant qu’ils ne sont définitivement pas à la hauteur, ils replongent la main dans leur pantalon.

Comme plusieurs d’entre vous le savent déjà, j’œuvre dans la sphère du sous-titrage, un domaine fas-ci-nant. Peut-être est-ce pour cette raison que plusieurs choses de l’univers télévisuel ME FONT CHIER (eh oui, je dois bien faire un peu honneur au titre de mon blog…) Ces temps-ci, je m’enrage surtout contre l’ineptie des intrigues, et je veux parler en particulier de ces séries qui durent trop longtemps. Par exemple, comment peut-on continuer sans broncher d’écrire un téléroman nommé Virginie, alors que pratiquement tous les personnages principaux ont fichu le camp? C’est pas grave, on peut remplacer LA Virginie par deux Virginie. Oh! Nous ne l’avions pas vu venir, celle-là! Nous voici bien attrapés.

Il existe une expression heureuse pour désigner ces émissions qui s’étirent un peu trop : jump the shark. Cela fait référence à la défunte série-culte Happy Days, où le bienheureux Fonz sauta un jour en ski nautique par-dessus un requin (vous pouvez d’ailleurs voir la séquence sur Youtube. À part celui qui reste pris sur la jambe de Batman dans le vieux film avec Adam West, c’est le requin le plus délirant que j’ai vu). Autrement dit, ils sont allés un peu fort et ils perdent leur crédibilité. Quant à moi, je pense que Virginie avait « sauté par-dessus le requin » avant ça, mais bon…

Le problème avec les intrigues, c’est qu’en général, si la série dure trop longtemps, il faut relancer le suspense. Alors, des histoires qui étaient résolues se retrouvent compromises à nouveau. Le parfait exemple est les relations amoureuses : dans la première saison, on se demande quand le joli garçon et la sculpturale héroïne vont enfin finir ensemble. Des fois, ça prend plus qu’une saison. Mais si, une fois qu’ils se sont tombés dans les bras, la série n’est pas achevée, vous pouvez être sûr qu’ils vont se séparer. Pas le temps d’une chicane d’un épisode; ils vont se retrouver fiancés à d’autres, peut-être même mariés. Le but, c’est de frustrer le spectateur, lui enlever ce qu’il souhaite pour qu’il continue à regarder la série. Principe assez enfantin que vous aurez sûrement tous déjà remarqué.

C’est ce qui se passe lors de la saison 6 d’une de mes émissions préférées, les Gilmore Girls. Je vous arrête tout de suite : c’est une excellente émission, truffée de références encore plus obscures que Family Guy, bien que présentées d’une autre manière. Ce n’est pas parce que les personnages principaux sont deux filles bien roulées que ce n’est pas intelligent. Bon. Je ne suis pas gênée de dire que j’écoute ça, compris? Donc, à la fin de la saison 4, Lorelai commence enfin à fréquenter Luke, l’espèce d’ours bourru à la casquette de baseball qui est propriétaire du snack-bar (d’ailleurs, je m’ennuie des ours bourrus toujours habillés pareil, la barbe pas faite, qui ne sourient pas. J’en ai marre des super héros et des crises existentielles.) Au cours de la saison 6, leurs fiançailles sont rompues car Luke découvre l’existence de sa fille, qu’il ignorait jusque là – coup de théâtre typiquement américain. Justement, cette saison coïncide avec le départ d’Amy Sherman-Paladino, la créatrice et scénariste principale de la série. J’ai donc élaboré la théorie suivante : ma chère Amy souhaitait que la saison 6 se dénoue heureusement par le mariage de Luke et Lorelai, mais les producteurs voulaient que la série se poursuive car elle avait du succès. C’est ainsi que Lorelai renoue avec le père de sa fille dans une relation houleuse fort peu crédible. Heureusement, la qualité de l’émission n’a pas vraiment diminué avec le départ d’Amy, mais le tout m’a quand même déçue. Que voulez-vous : j’aime bien me créer des gens à admirer en leur conjecturant des principes.

Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin : les séries qui s’allongent sont de plus en plus nulles car les producteurs veulent faire de l’argent. Il n’y a rien de bien nouveau là-dedans. Mais nous, pourquoi nous satisfaisons-nous de ces sous-récits, pourquoi restons-nous fidèles à des produits de qualité inférieure? Serait-ce cette fameuse paresse intellectuelle dont la télé nous accablerait? Serait-ce par attachement à ces personnages fictifs auxquels on est appelés fort peu subtilement à s’identifier? Avec l’arrivée du support DVD et l’accès illimités aux vidéos (de manière légale ou non) par l’Internet, notre relation avec la petite boîte carrée (de plus en plus plate, de nos jours – n’y voyez pas un jeu de mots de mauvais goût) qui trône dans nos salons a bien évolué. Maintenant, toute la dimension de suspense, d’attente, de coups de théâtre est éliminée. On peut regarder les saisons en rafale. Quelque chose nous intrigue? Vite, ayons-en le cœur net. Ainsi, les saisons ont peu à peu pris valeur d’épisodes dans l’échelle du temps télévisuel; ce sont elles qui se succèdent d’une semaine à l’autre. Les finales se montrent de plus en plus osées, surprenantes; ce qu’on appelle des cliffhangers, qui nous laissent pantelants. C’est le seul moyen qu’ils ont de nous titiller (ou presque!)

Il est clair qu’avec les changements frénétiques que connaissent les médias, notre conception de la télévision n’a pas fini de changer…

 

Ceux qui ont vu Le confessionnal de Robert Lepage et les grands fans de Hitchcock le savent : le maître du suspense a tourné un film en entier dans la ville de Québec. Pour cette histoire de meurtre impliquant le clergé catholique, il n’aurait pu rêver de plus beau décor. D’ailleurs, il met l’architecture à profit en se servant des différents monuments de la ville (églises, le château Frontenac, le Parlement, les fortifications) pour écraser ses personnages dans différents plans, en utilisant un angle oblique très prononcé. Les images sont sombres et les principaux protagonistes sont suivis par des ombres tout droit sorties de l’expressionnisme allemand. Le réalisateur anglais a très bien saisi la dynamique étouffante de la religion catholique, l’omniprésence de Dieu, la culpabilité perpétuelle qui accable les fidèles. L’abbé Logan est déchiré entre sa foi, qui l’oblige à respecter le secret de la confession, et le désir de prouver son innocence, car il est accusé d’un meurtre alors que le véritable assassin s’était confessé à lui juste après avoir commis le crime. L’homme d’église marche devant un chemin de croix. Lui-même porte sa propre croix.

Cela dit, Hitchcock n’avait pas le choix de forcer un peu sur le symbolisme (qu’il maîtrise toujours; « forcer » réfère ici à la quantité de symboles), comme cette bicyclette de l’abbé Benoit, qui tombe sans arrêt comme pour illustrer le fragile équilibre à maintenir entre le bien et le mal. En dehors de ça, l’abbé Benoit n’a aucune importance dans le récit. Si le film est peut-être un peu mal aimé, moins connu que plusieurs autres, c’est sûrement parce qu’il n’y a pratiquement aucune action, exceptée la poursuite finale à l’intérieur du château Frontenac. Que des dialogues (l’intrigue est d’ailleurs inspirée d’une pièce de théâtre). Mais la parole est l’enjeu du film. Parler ou ne pas parler? Ce problème déborde largement la seule question de la confession. Qu’est-il permis de dire qui compromette toutefois la réputation d’autrui? Et une fois dites, les paroles nous échappent et sont manipulées par les avocats, les policiers, qui cherchent un coupable à tout prix. Ils cherchent la contradiction, la faille à exploiter.

Il y a bien entendu aussi le mensonge, celui du meurtrier qui témoigne sans vergogne, sous serment, contre l’abbé Logan. Mentir serait-il encore plus répréhensible que tuer, selon le point de vue religieux qui préconise le repentir? La problématique du repentir hante toute l’œuvre d’Hitchcock, où les hommes de loi sont souvent impuissants (voir par exemple Vertigo, ou encore Blackmail­). Si on démasque les vrais coupables, c’est parfois à cause d’une intuition en apparence puérile (Rear window), ou alors ceux-ci se rendent d’eux-mêmes, rongés par le remords. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans I confess comme dans Suspicion, le happy end a été imposé par les producteurs du film. Dans le premier, on devait innocenter l’abbé Logan après qu’il eut été pendu; dans le second, les soupçons de Joan Fontaine envers son mari devaient s’avérer fondés et non relever d’une suite de coïncidences qui faisaient de lui, somme toute, un personnage assez décevant!

Ici, le repentir se manifeste avec tout son halo sacré. Le son des cloches qui rythme les journées rappelle le Jugement. On parle somme toute très peu de Dieu. La foi catholique elle-même n’est jamais remise en question, car il ne s’agit pas ici d’une croyance, mais bien d’une morale universelle où Dieu est un accessoire, le symbole d’une instance qui voit tout, qui sait tout. Un peu comme un réalisateur de cinéma.