Archives de la catégorie ‘TV’

Girls S02

Publié: 17 avril 2013 dans TV
Tags:

J’ai adoré la première saison de Girls.

Pour la deuxième, ça s’est un peu gâté. Au premier épisode, on constate que les personnages principaux se sont éloignés: Marnie et Hannah sont en «chicane», Jessa, mariée, a disparu dans la brume, Shoshanna est en couple. Les intrigues sont donc fragmentées, dispersées, parfois délaissées pendant un ou deux épisodes pendant qu’on se penche sur autre chose. Le manque d’unité de cette saison est selon moi le plus gros défaut de cette dernière, et les scènes qui ressortent du lot n’arrivent pas à racheter ce fait. Ça s’est bien un peu resserré dans la deuxième moitié, mais il m’aurait fallu trois ou quatre épisodes de plus pour ne pas rester sur ma faim.

Je suis toujours d’avis que les dialogues sont très forts par contre, même quand les personnages disent les pires inepties; ils conservent ce côté hyper brut, où tout sort pêle-mêle, qui a fait leur charme dès le départ, et c’est pourquoi je me refuse à véritablement parler d’authenticité au sujet des répliques, parce que, dans la «vraie» vie, on ne parle pas comme ça. On ne dit pas TOUT. On a un filtre. Mais c’est jouissif de voir des personnages rejeter ce maudit filtre.

Et ce sont les gars qui le font avec le plus de brio. Les personnages masculins sont les plus forts de la série, n’en déplaise au titre. Ils sont vulnérables, ils sont parfois cons, mais ils se tiennent debout et ils n’ont pas la langue dans leur poche. À ce titre, j’adore Adam (même si je suis pas sûre que je voudrais fréquenter ni même connaître un gars de même. Brrr! Il me donnerait la chair de poule je pense). Les gars sont en quelque sorte la voix de la raison, celle qu’on croit imprononçable, qu’on voudrait taire ou qui au contraire paraît si évidente qu’on ne la voit même plus. De leur côté, les filles mentent à qui mieux mieux, à elle-même en premier lieu (évidemment), et semblent jouer à qui sera la plus antipathique.

Dans l’ensemble, on poursuit le travail sur le malaise amorcé durant la première saison, surtout en mettant en scène les corps dans des fonctions complètement dés-érotisantes, voire dégoûtantes (je pense à la scène du Q-Tip dans l’oreille, entre autres). Sauf que, quand on travaille le malaise, on doit tout de suite accepter de se mettre à dos une bonne partie du public. Si on réussit, toutefois, celle qui reste va fort probablement crier au génie, et c’est un peu ce qui s’est passé avec Girls à ses débuts. Mais le risque de se retrouver à côté de la plaque est toujours très grand. Durant cette deuxième saison, on se retrouve de temps à autre, comme spectateur, avec l’impression qu’il aurait pu se passer quelque chose, que l’intention des créateurs est louable, mais n’atteint pas un résultat probant.

Mais bon, je préfère tout de même une saison imparfaite de Girls qui essaie d’atteindre quelque chose qu’une copie conforme des autres saisons/sitcoms américaines. Au moins il y a une certaine substance.

Publicités

Après Girls, j’ai décidé de me frotter à une autre émission de filles, au titre un peu plus explicite toutefois. À vrai dire je n’avais pas du tout entendu parler de Don’t Trust the B***; c’est en lisant un article sur Krysten Ritter, actrice principale et bitch éponyme, que j’ai appris son existence. J’avais déjà vu Ritter dans Gilmore Girls et Breaking Bad, et je dois avouer que le titre de l’émission m’a pas mal intriguée.

Et donc le concept en est assez simple: une petite blonde candide, gentille et parfaite, véritable girl next door, atterrit depuis sa campagne natale dans la grande ville, aka New York. Après une série de malchances, elle se trouve la coloc parfaite (ahem): une déesse au physique de mannequin, à l’appartement design, apparemment sans emploi mais en moyens, qui fait la fête tous les soirs et dont le meilleur ami est James Van Der Beek (oui oui, dans son propre rôle). Coup de théâtre: c’est une bitch pure et dure qui arnaque des jeunes filles innocentes pour payer son loyer.

Et ils n’y vont pas de main morte. Chloe n’a aucun sens moral et, même après qu’elle a consenti à habiter avec June pour de bon, elle continue à lui faire du trouble sans s’en rendre compte. On a ici affaire à une vraie de vraie sitcom: des personnages typés font face à des situations X et délivrent nombre de dialogues punchés. Une recette gagnante, et ici, bien qu’on ne réinvente pas la roue, on applique cette recette avec bonheur. Les acteurs paraissent avoir un plaisir fou, et c’est contagieux. On s’amuse, on s’attache aux protagonistes, et c’est très bien ainsi.

Les créateurs se sont de toute évidence donné pour mission de créer un personnage féminin « fearless », qui sait ce qu’elle veut et n’a pas peur de tout casser sur son passage. Oui, Chloe est superficielle, oui elle mise sur son physique, et en soi elle est loin de ce qu’un personnage féminin fort et original devrait être. Elle roule sur des archétypes, mais je pense que le but est justement de les débouter en les exploitant au max. On joue les situations awkward à fond, et ce que j’aime, c’est que c’est fait tout à fait sans prétention. Contrairement à Californication ou à Breaking Bad (vais-je en revenir, un jour?), Don’t Trust the B*** ne semble pas avoir comme seul et unique but d’essayer de nous choquer (en ratant le plus souvent son coup, d’ailleurs) en soulignant combien elle révolutionne le monde de la télé. Bon, je me calme.

Tout au long de la saison, j’ai beaucoup pensé à 30 Rock, une de mes séries préférées. Sûrement parce que leurs personnages principaux sont des femmes qui assument complètement leurs défauts; surtout à cause de leurs personnages secondaires disjonctés. On a ici affaire à des voisins haut en couleur: le pervers d’en face qui espionne Chloe (avec son consentement!) et une ancienne colocataire complètement obsédée par elle et qui la vénère. Et je crois que, tout en collant au format, ces deux émissions ont réussi à insuffler au genre de la sitcom une nouvelle saveur. Elles ont leur propre personnalité.

Et, à ma grande surprise, James Van Der Beek est vraiment une des forces du show, et c’est souvent lui que j’ai préféré. Un peu à l’instar de Jenna dans 30 Rock (mais en moins psycho, disons), James met de l’avant sa personnalité d’acteur gâté. Chaque fois que son personnage répète une scène pour un film ou une pub, c’est nul à chier, et le star system américain en prend pour son rhume. Pour ma part, je n’ai jamais suivi Dawson’s Creek, et je sais que, pendant les premiers épisodes, j’ai manqué quelques clins d’oeil et références à cette émission, mais je me suis amusée quand même. James est hilarant et définitivement attachant. Je me demande juste si c’est triste qu’il soit déjà rendu là dans sa carrière; se moquer de soi-même, tabler sur des rôles mythiques et la nostalgie des gens est ce qu’on attend d’Adam West, disons, et ce qui fait que celui-ci est cool de nos jours. Mais toi, James? T’as encore de belles années, me semble.

La première saison, qui a joué cet hiver, ne comporte que sept épisodes. Pour l’instant, on est resté fidèle au titre, au concept de départ; on n’a pas vraiment mené les choses plus loin. J’ai hâte de voir si l’intrigue et les enjeux pourront se développer par la suite, car on pourrait facilement se lasser de cette série si tout repose toujours sur le même truc, en dépit des charmes de l’ensemble.

Girls

Publié: 16 août 2012 dans TV
Tags:,

Après avoir vu Tiny Furniture, j’ai retrouvé Lena Dunham dans Girls comme si c’était une vieille amie. Bien qu’elle en soit relativement à ses premières armes au cinéma et à la télévision, elle a un style, ou serait-ce plutôt un ton, bien à elle, qui la rend reconnaissable et qui lui permet de se distinguer des émissions plus « formatées » auxquelles on a la plupart du temps affaire. On a toujours droit à la même mise en scène dépouillée, droit au but, que dans le film. Aux mêmes antihéros. Au même traitement des corps nus, féminins et masculins, traitement à la fois naturel et à la limite choquant parce que naturel, et qu’on n’est plus habitué à ça. Bye bye, chirurgie et Photoshop. Hello, real people. Je ne sais pas si c’est un « statement », mais on s’en fout. Parce que ce n’est pas mis de l’avant. Et je suis tannée que tout ce qui déroge un tant soit peu du mainstream doive être un statement. On le fait parce qu’on y croit, on n’est pas là pour évangéliser personne. Bref, si j’avais quelques réserves quant à l’aboutissement du premier long métrage de Lena, je dois dire que je suis complètement convaincue par Girls. Je suis une fan.

Difficile de dire précisément pourquoi cette émission est excellente. Ses personnages sont intéressants. So what? On a tout de même quatre personnages féminins qui frôlent l’archétype: la bohême courailleuse, la vierge un peu stuck-up, la go-getter parfaite assez rigide, et celle qui les rassemble, l’écrivaine un peu perdue aux prises avec une relation romantico-sexuelle compliquée qu’elle est incapable d’interrompre. Rings any bell? Les dialogues sont spirituels. Mais on peut en dire autant de pratiquement toutes les émissions américaines maintenant. Leurs scénaristes ont le sens de la réplique « qui tue » développé à la puissance 11. Quand on est dans un show dramatique, un zinger n’attend pas l’autre, le but étant de montrer à quel point les personnages sont badass et indomptables (looking at you, Walter White); dans les sitcoms, on goûte à un feu roulant de répliques assassines, c’en est devenu une science, à tel point qu’on peut pratiquement deviner la teneur du dialogue dès le départ (How I Met Your Mother et The Big Bang Theory sont des exemples de sitcoms où ce type de formule est joyeusement exploité, avec succès la plupart du temps). Il est donc rafraîchissant de voir des sitcoms qui reprennent la formule, soit pour s’en approprier les codes dans le but de les détourner et d’en faire une satire (30 Rock), ou alors de se les approprier en se disant: « On va faire quelque chose de bon, d’intéressant, de drôle, mais on va le faire comme on veut, on va en prendre et en laisser », et c’est exactement ce à quoi on a droit avec Girls. Des personnages archétypaux oui, mais pas unidimensionnels. Des dialogues spirituels oui, mais qui ne sacrifient rien au développement de l’intrigue et à la psychologie des protagonistes. C’est juste damn le fun.

Je crois que ce fameux style/ton dunhamien tient beaucoup au réalisme de l’ensemble. Mais un réalisme qui n’est pas appuyé, qui ne se montre pas. La tendance actuelle en fait de réalisme est de dire que tous les personnages dignes de ce nom sont des criminels et à puiser dans une sorte d’ « hyperréalisme » tiré de l’esthétique documentaire, supposément plus trash et directe, avec ses multiples mouvements de caméra, son montage saccadé, etc. Je préfère la « transparence » du langage cinématographique/télévisuel classique, au montage invisible, qui s’efface pour laisser la place au récit. C’est ce dernier qui se voit investi par l’effort de réalisme, se dépouillant des effets et des développements manichéens hollywoodiens (faute d’un meilleur terme).

Ma seule interrogation: pourquoi faut-il que toutes les émissions mettant en vedette des femmes l’affichent dans leurs titres? Girls, New Girl, Two Broke Girls… Comme si le fait que les personnages soient féminins signifiait qu’il serait question de thèmes « féminins ». Comme si tout ce qu’on fait n’était pas lié, inextricablement.

Ça me donne le goût de revisiter Tiny Furniture. Eh oui, déjà.

Breaking Bad

Publié: 26 avril 2012 dans TV
Tags:

Dans la vie, tout est une question d’équilibre. C’est dur, l’équilibre. Et ce qui fait pencher la balance d’un côté peut être autant de raisons d’aimer que de détester quelque chose.

Dans le cas de Breaking Bad, je le dis d’emblée, même si je semble pas mal toute seule de mon bord, la balance penche du mauvais côté. Moi, je trouve que l’équipe de Breaking Bad, c’est des poseurs. Qui veulent tellement nous choquer et nous en mettre plein la vue. Et ça marche pas pantoute pour moi. On a un prof de secondaire et « bon » père de famille qui se met à manufacturer et à essayer de dealer de la drogue. Ouf. Pour ma part je ne suis pas choquée ni outrée, mais ce n’est pas non plus à cause de ça que je vais triper sur la série.

Certains me parlent des personnages. Oh! Les personnages. Il y a juste deux personnages dans cette série, du moins pendant la première saison: Walter White et son acolyte Jesse Pinkman. Le reste, c’est du remplissage. Même pendant la deuxième, c’était limite. Les arcs des autres protagonistes sont souvent écourtés et toujours soumis à ceux de Walt et de Jesse. Et, bien que le côté underdog de Jesse me le rende assez sympathique, je dois avouer que Walt m’énarve que le saint-christ. Mais je sais que c’est fait exprès: on est dans la mode des personnages antipathiques à la Dr. House. Et c’est très bien, moi j’aime ça les personnages nuancés qui ne sont pas parfaits. Sauf qu’on dirait que, chaque jour, les scénaristes s’assoient en se disant: « Comment est-ce qu’on pourrait bien faire pour rendre Walt encore plus antipathique, donc? Ah oui! Il pourrait obliger son fils de 15 ans à boire de la tequila jusqu’à ce qu’il soit malade. Génial! » (cue high fives). Tout le monde a droit à ses défauts, mais, à un moment donné, you gotta give me something to work with. J’ai aucune sympathie pour lui. « Everything I did, I did for my family »? « Everything I did, I did out of loyalty towards my partner »? Come on, Walt. Je le sais depuis le début que t’es un psychopathe.

Mais les scénaristes, maudit qu’ils veulent. Ils veulent tellement! Tellement que, parfois, ça donne des petits trous dans le scénario. Surtout au début. Par exemple, quand la femme de Walt essaie de savoir qui leur passe des coups de fil bizarres, elle fait une recherche sur Internet avec le numéro de téléphone et, non seulement elle tombe sur un site qui parle de Jesse Pinkman et qui dit pratiquement qu’il vend de la dope (!), mais elle y trouve SON ADRESSE. Si vous décrochez pas à ça, moi j’abandonne. Les scénaristes aiment aussi créer en début d’épisode, voire en début de saison, des gros suspenses sales pour nous mettre en haleine, mais leurs ballounes se dégonflent assez vite et on se rend compte qu’on nous prend pour des cons en nous faisant miroiter des drames qui finalement n’aboutissent pas. C’est un peu comme si on nous disait constamment: « Oh, faut pas croire tout ce qu’on voit à la télé, là. Vous interprétez trop. On n’a jamais dit que ça avait rapport avec la vie ou la mort d’un de nos personnages principaux. » Et moi, j’aime pas vraiment me faire prendre pour une conne.

Les réalisateurs aussi, ils veulent nous en mettre plein la vue. Ils arrêtent pas! Ils nous concoctent des beaux petits plans inusités, comme des points de vue subjectifs de bol de toilette (oui, oui, ça existe) et de fonds de casserole (faut le faire, prendre une casserole avec un fond transparent, faire bouillir de l’eau et placer sa caméra juste pour voir des pâtes sèches tomber dedans. C’est d’une profondeur artistique!). C’est le fun, la créativité, mais il faut que ça veuille dire quelque chose. Leurs beaux plans, ils sont vides. Les réalisateurs aiment aussi les scènes rapides avec de l’action, surtout avec des explosions spectaculaires et des gars qui s’éloignent au ralenti. J’ai des petites nouvelles pour vous autres (et pour les scénaristes aussi): si tu fais exploser un camion au milieu du désert, où il ne semble pas avoir plu depuis des lunes, le feu va se propager dans les broussailles autour pis tu vas avoir un feu de brousse. Les méchants auront pas le temps de s’éloigner en slow motion, et il va y avoir un désastre.

Bon j’arrête de chialer. C’est juste que j’ai l’impression qu’ils veulent trop. Étant moi-même quelqu’un qui veut trop, je sais que ça a souvent l’effet contraire de celui qu’on recherche. Et ça finit par avoir l’air fake. Alors désolée pour tous ceux qui trouvent que cette série est géniale, je n’embarque pas.

Barney

Publié: 28 mars 2012 dans TV
Tags:, ,

Ou: quand on tue un personnage plein de potentiel à coups de principes judéo-chrétiens, ça me fait chier.

Barney Stinson. Séducteur, menteur, sans scrupules, sans remords, sans morale. En théorie, ça pourrait le rendre antipathique. En pratique, il est devenu non seulement le personnage clé de la série How I Met Your Mother, mais aussi une icône qui a fourni de nouvelles connotations aux mots awesome et legendary tout en redonnant leurs lettres de noblesse au complet trois pièces et au Laser Quest. De l’avis de plusieurs, Barney est la seule raison pour laquelle HIMYM est toujours en ondes et toujours écoutée.

On aime ça, les bad boys (cue Hank de Californication). Leur absence de scrupules et de morale leur permet justement de faire tout ce dont nous, pauvres spectateurs, nous privons quotidiennement. Ils vivent nos pulsions, réalisent nos désirs secrets; bref, leur existence est une véritable catharsis. Dans le cas de Barney c’est encore plus vrai: il incarne le rêve américain. Il a tout: une grosse job mystérieuse pour une banque (on ignore ce qu’il fait en réalité), un gros salaire, un appartement idéal à New York, une télé qui occupe un pan de mur, et en plus il est beau bonhomme. Bref, rien ne peut l’arrêter. Son argent et son apparence lui confèrent un pouvoir que rien ne peut contrecarrer. Ou presque.

Car Barney a besoin d’une rédemption. Un personnage comme lui ne peut exister dans une fiction américaine mainstream qu’à deux conditions. 1- Il doit y avoir un facteur qui motive son caractère « amoral »; dans le cas de Barney, il s’agit du fait de ne pas avoir connu son père. 2- Il doit se repentir et changer de vie. Cela passe ici par la plus grande faiblesse du personnage: sa sexualité. En effet, Barney est dans une quête perpétuelle de baises, ou devrais-je dire de nouvelles baises. Il insiste à plusieurs reprises sur l’inutilité, voire la déchéance que représente le fait de coucher plus d’une fois avec la même personne: « There’s only two reasons to date a girl you’ve already dated: breast implants ». Car, dans la série, le fait de vouloir revoir une personne ne peut signifier qu’une seule chose: des sentiments, ce qui entraîne inévitablement une relation.

Au fil des saisons, Barney s’est laissé allé à ces sentiments à plusieurs reprises: avec Robin, avec Norah, et plus récemment avec Karma. On sait, grâce aux sauts chronologiques que permet le récit de Ted, le narrateur, que Barney va éventuellement se marier et donc s’engager à vivre dans la monogamie. Le mariage et la monogamie sont un passage obligé qui marque le passage à l’âge adulte. Jusqu’à maintenant, Barney était en fait présenté comme un enfant: il joue au Laser Tag, il possède un Storm Trooper grandeur nature dans son salon, il est habitué à avoir tout ce qu’il veut quand il le veut. Mais le temps est venu pour lui de vieillir et de se conformer au modèle que son ami Ted désire déjà de tout son être.

En fait, ce n’est même plus une histoire de sexe; séduire une femme une fois, c’est une histoire de chasse, une partie à gagner. Barney est, tout autant que les caricatures de femmes qu’il rencontre, dépouillé de sa sexualité, qui est clivée entre l’aventure passagère et vide, dépourvue d’intérêt avant même d’avoir eu lieu, et le sexe sentimental, trop plein et devenant par essence le seul possible. Pris entre ces deux extrêmes, Barney est forcé de trancher: un devient donc « bien », tandis que l’autre est « mal ». Au cours des premières saisons, le sexe sentimental est « mal » et l’aventure passagère, la seule option désirable. L’extrême force de l’opposition entre les deux pôles fait que les principaux attraits de l’aventure sont son instantanéité et son absence de conséquences. L’accent est autant mis sur les manières de séduire les femmes que sur les manières de se débarrasser d’elles. L’absence de sincérité de Barney est motivée par le fait qu’il présume que chaque fille qu’il rencontre recherche du sexe sentimental, romantique, monogame. C’est à cette seule condition qu’il peut remplir son rôle de bad boy; il doit occuper une position marginale. Cette position le pousse à l’artifice et à la dissimulation, l’empêchant de jouir d’une sexualité qui serait véritablement épanouie. À sa manière, Barney est pris dans un carcan qui n’est pas si différent de celui des couples mariés, qu’il veut éviter.

Sous prétexte de le faire évoluer, on conduit le personnage à l’autre extrême, à la conformité, niant et déconstruisant du même coup ce qui aurait pu faire sa force et sa richesse. Barney a des fondements judéo-chrétiens indéniables, auxquels il ne peut échapper.

Omniprésence des vampires

Publié: 12 novembre 2010 dans TV, Zombies / Vampires
Tags:, ,

Dans un précédent billet, je vous ai parlé de virus, de zombies et d’infection; grosso modo, les oeuvres qui leur sont consacrées mettent souvent en scène l’éradication de l’humanité dégénérée que nous sommes, et parfois un nouveau départ. Cet imaginaire donne également une représentation métaphorique des contacts humains de notre époque, qui, en entravant la liberté personnelle, sont considérés comme dangereux.

Par les temps qui courent, c’est toutefois la figure du vampire qui est à l’honneur (Twilight, anyone? True blood? The Vampire Diaries?). Tout comme ses cousins les zombies, le vampire est généralement victime d’une infection contractée par contact rapproché. Toutefois, à la différence de ceux-ci, le vampire ne contamine pas nécessairement ses proies. De plus, il conserve pleinement ses facultés et est généralement capable de contrôler ses pulsions et de choisir qui sera infecté, qui mourra, etc. Au contraire de ce qui se passe dans les invasions de zombies ou d’extraterrestres, on ne cherche pas à éliminer les humains ou à propager l’infection à tout prix. Le vampire a besoin de l’humanité pour assurer sa propre survie.

En fait, plutôt que de prôner l’extinction de la race, le vampire va plutôt l’entraîner plus avant dans son évolution. Il représente en effet un être « supérieur », détenteur de pouvoirs surnaturels. Il vole, il est rapide, très fort, parfois télépathe, et dans Twilight, il glow in the sun (si c’est pas un signe de supériorité génétique, ça!). Il arrive d’ailleurs que la source du pouvoir vampirique soit d’ordre divin: Francis Ford Coppola attribue la naissance de Dracula au Dieu chrétien, Anne Rice remonte jusqu’aux déités égyptiennes antiques. De plus, les personnages de vampires sont souvent associés à une sexualité déviante et/ou débridée. Les questions de l’origine et de la filiation se posent donc d’emblée et reposent sur une évaluation de la valeur intrinsèque de l’individu: qui est digne, qui mérite d’assumer à son tour le don / la malédiction du vampire?

Les vampires, c’est donc une affaire de famille. Et comme la contamination est essentiellement une affaire interne, l’ennemi n’est plus nécessairement l’Autre, mais la chair de sa chair, ou soi-même. Le Monstre a désormais visage humain. Par ailleurs, l’omniprésence du vampire sur le petit comme le grand écran dénote aussi une tendance marquée pour une sorte de démocratisation du gore. Autrefois genre underground par excellence, interdit partout, donnant même lieu à des poursuites judiciaires (voir le cas Cannibal Holocaust), le gore et les films de genre sont devenus monnaie courante et attirent les foules. Même si on ne peut pas véritablement parler de gore à la télévision, il n’empêche que la violence y est devenue de plus en plus explicite et graphique; on est fascinés par les scènes de crime (voir Dexter et la panoplie de CSI). Mais qu’est-ce que le gore sinon l’intérieur qui remonte à l’extérieur, l’interne devenu visible? Et comme le vampire est un être éternel (bon, si on l’éloigne des crucifix, du soleil et qu’on ne lui plante pas un pieu dans le coeur), qui possède la jeunesse, il va sans dire qu’il reflète fort bien les obsessions de notre époque. La perpétuation de la race est assurée d’avance. Le vampire, c’est en quelque sorte le fantasme de l’humanité, un surhomme, c’est ainsi que nous aurions aimé avoir été conçus.

Je suis vraiment curieuse de voir le film scandinave Let the right one in, qui a été présenté à Fantasia il y a quelques années et dont on ne cesse de me parler en bien. D’ailleurs, Hollywood, avec tout le « flair » qu’on lui connaît, en a fait un remake intitulé Let me in. (Pour ma part, je préfère la traduction du titre original. Ça sonne vraiment bien et c’est ce type de construction qui me fait dire que malgré la mauvaise presse et notre relation conflictuelle avec elle, l’anglais est une langue qui peut être fascinante). Ça va peut-être me permettre de développer et de clarifier mes idées…

Je me suis fait harceler pendant des mois pour regarder la première saison de Californication. Tout le monde disait que c’était génial. Moi, David Duchovny, il me laissait un peu froide, à vrai dire, je n’avais pas vu grand-chose de lui, mais bon, après que tout le monde s’y soit mis, je me suis dit que ça devait valoir le coup et je me suis lancée avec mon copain qui était vraiment content et avait encore plus hâte que moi. On a passé à travers la première saison très vite, les épisodes ne durent que 22 minutes (une demi-heure sans les annonces!). Je dois admettre que c’était bien divertissant, il y a beaucoup de dialogues vraiment drôles et incisifs, et pour une fois, on a le personnage d’un enfant un peu trop mature pour son âge qui ne paraît pas forcé et qui est crédible. Sauf que lorsque j’ai regardé le dernier épisode et qu’on nous a collé un happy ending de la mort, je me suis dit qu’un petit retour appréciatif s’imposait.

Premièrement, Californication a voulu s’imposer comme la nouvelle série qui n’avait pas peur de bousculer les conventions. Mais il ne suffit pas de mettre des scènes de sexe pseudo-explicites pour montrer qu’on n’a pas froid aux yeux. En fait, la supposée libération sexuelle présentée dans l’émission ne fait que défendre la position judéo-chrétienne du mariage et les valeurs américaines: Hank, le personnage principal, baise tout ce qui bouge (de sexe féminin, on s’entend), mais c’est seulement parce que la femme de sa vie l’a quitté. Et que ça l’a détruit. Sinon, il ne ferait jamais ça. Non non. Même chose pour le personnage de l’agent, Charlie, qui voit sa vie sexuelle d’homme marié s’embourber et qui se laisse aller à une relation sadomaso avec son assistante punk. Il ne lui faut pas plus qu’une tentative ratée de « trip à trois » avec sa femme et ladite assistante (expérience baptisée de manière hilarante « Nipplegate ») pour qu’il redécouvre que la monogamie, c’est bien meilleur. Enfin, la femme de Charlie le dit elle-même en ce qui a trait au sexe anal: si tu lui offres ton cul, il n’en voudra pas. Il veut juste savoir qu’il peut l’avoir.

Donc, l’idéal ici c’est de vivre marié une passion hétérosexuelle dans la position du missionnaire. Mais Hank ne pouvant atteindre cet idéal, il a plein de sexe avec plein d’étrangères. Super pour lui. Sauf que, bizarrement, c’est jamais lui qui cruise. Ce sont toujours les femmes qui lui tombent dessus. En tout cas, je le trouve assez chanceux… Et encore, Hank de même que Charlie se font gaiement manipuler par deux nymphettes de moins de vingt ans, soit la fille de son rival pour Hank, Mia, qui a 16 ans et qui lui pique son nouveau roman, et l’assistante de Charlie, Dani, qui s’impose en tant qu’agente associée. Comment réussissent-elles à dominer ainsi des hommes dans la force de l’âge? Mais en les menaçant de poursuites pour harcèlement sexuel! J’adore cette vision réaliste des relations homme-femme.

Enfin, J’EN PEUX PU du personnage de romancier génial, qui a fait un ou deux romans, mais des oeuvres monumentales, et qui ne peuvent plus écrire. Fini. Kaput. Pauvre ti’pit! Si tu veux écrire, assis-toi à une table et tu sais ce que tu as à faire. En plus, on a assez vu de personnages d’hommes immatures, qui ne veulent pas grandir et qui sont supposément rebelles parce qu’ils vivent comme des ados attardés. L’antipathique est le nouveau sympathique, comme nous le prouve le Dr. House dans un autre registre. Enfin.

La morale de cette histoire: je veux bien donner une chance à la deuxième saison. Malgré tous ces petits défauts, Californication n’est pas mauvais. Mais ce n’est pas l’événement télévisuel de la décennie non plus. La barre est rendue haute en télévision, les boys. Faudrait vous forcer un peu plus…

***

Parallèlement à tout cela, je me suis aussi tapé la 6e saison de Kaamelott. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette série française, plusieurs capsules sont en ligne sur le site d’Historia. Elle met en scène le roi Arthur et les chevaliers de la table ronde, mais il n’y a que le roi qui semble sain d’esprit. Ses acolytes sont tous plus débiles les uns que les autres, même Lancelot, qui dévoile peu à peu un trouble de la personnalité narcissique doublé d’une tendance sociopathe… Bref, c’est hilarant. Les 4 premières saisons sont constituées de 100 capsules d’environ 3 minutes et sont des bijoux de comédie débridée, souvent basée sur le langage. Avec le succès grandissant de la série, une trame de fond s’est peu à peu constituée, dans les saisons 3 et surtout 4, liant les capsules auparavant indépendantes dans une narration. La saison 5 comporte plutôt des émissions d’une quinzaine de minutes, et le ton a changé. Tout en gardant son lot de blagues et la personnalité des personnages, l’ensemble est beaucoup plus dramatique, mettant le roi aux prises avec de la trahison, de l’infidélité et des remords de conscience. Le tout s’assombrit jusqu’à une finale pour le moins tragique qui laisse bien des choses en suspens.

La saison 6 prend un nouveau format. Il s’agit de 9 épisodes de 45 minutes et, surprise! elle se déroule dans la jeunesse d’Arthur à Rome. Le premier épisode m’a laissée assez perplexe. Évidemment, avec une modification de formule si particulière, la touche de l’émission avait radicalement changé. Le format plus long laissait entrevoir des lacunes sur le plan de la réalisation et de la musique (aouch). En plus, on semblait avoir de la difficulté à transposer la légèreté du propos dans une histoire plus développée. Le seul personnage qui tirait son épingle du jeu dans le premier épisode était selon moi l’aide de camp du général basé en Bretagne (désolée, je m’y retrouve pas avec les noms romains… En tout cas, le général est interprété par Tcheky Karyo et moi, je parle de son aide de camp!) Mais j’ai bien aimé l’ensemble de la saison. Le ton s’allège dès le deuxième épisode et il est très intéressant de découvrir comment Arthur se retrouve à la tête de la Bretagne, comment il trafique avec les Romains, et surtout, de voir se rassembler les chevaliers « jeunes », tous coiffés de perruques débiles (Bohort… ouh lala!)!

Et… surprise! Je ne savais pas, mais le 9e et dernier épisode effectue en fait un retour « dans le présent » et conclut la saison 5. En fait, cet épisode ne sert que de lien pour nous préparer au film (ou à la trilogie de films, je ne suis pas sûre), qui est en production et qui est promis à un beau succès. Ma seule crainte, c’est que l’équipe commence à prendre tout cela au sérieux et nous serve un long métrage de cape et d’épée de manière à se donner le beau rôle. Des films d’aventure et de combat, il y en a à la pelletée. Il faut que Kaamelott se souvienne de ce qui a fait son originalité et qui a plu au public: son humour rafraîchissant et son je-m’en-foutisme qui nous prouvait qu’on pouvait faire de la bonne télé avec rien (et pas juste avec des femmes nues. Les auteurs de Californication gagneraient peut-être à s’y coller).