Archives de la catégorie ‘Zip’

Bon, alors je vais continuer sur cette lancée de Fellini pour terminer ma liste Zip (ça fait bien longtemps que ça traîne!). Je finis ça en beauté avec une catégorie qui me tient particulièrement à coeur, soit les films classiques américains. Je suis une fille de même; certains soirs, il me faut un film en noir et blanc. (Bon, Giant est en couleurs, mais c’est pas grave, l’épique est quand même là.)

1- Citizen Kane

On commence avec le classique d’entre les classiques. Mais même si Citizen Kane porte son lourd fardeau de « meilleur film de tous les temps », il ne faut pas avoir peur de lui. En plus de ses innombrables qualités esthétiques (n’oublions pas qu’à l’époque, Orson Welles était un précurseur, notamment dans l’utilisation du cadrage et de la profondeur de champ), ça reste un film très agréable à écouter, plein d’humour. Outre le fait qu’il soit un scénariste et réalisateur de génie, Welles est un acteur d’une grande prestance et d’un charisme incroyable, capable au début de la vingtaine d’incarner un personnage pendant toute sa vie. Je suis complètement amoureuse de lui, surtout dans le prochain film dont je vais vous parler. Pour la petite histoire, Citizen Kane débute alors que Charles Foster Kane, magnat de la presse, meurt en murmurant un mot mystérieux: « Rosebud ». Un reporter part de cette énigme pour reconstituer le parcours de l’homme à travers les témoignages (parfois contradictoires) de ceux qui l’ont connu. Bien oui, c’est un peu le même scénario dont je vous ai déjà parlé à propos de Velvet Goldmine! 😉 Blague à part, cette prémisse donne donc lieu à une exploration des dessous de la presse (dans les années 1930-1940, mais quand même d’actualité), de l’argent, du pouvoir. Et même si les références à ce film sont multiples et que vous avez fini par savoir ce que « Rosebud » signifiait, il ne faut pas pour autant croire que ça ne vaut pas la peine de voir le film. Ça vaut la peine.

2- Jane Eyre

Je vous parle ici de la version de 1944 avec Joan Fontaine et nul autre que ce cher Orson, qui ici ne réalise pas mais interprète le rôle du redoutable M. Rochester. C’est en regardant ce film que je fus conquise par Orson dès ma plus tendre enfance, et que je suis maintenant aux prises avec le complexe de l’homme ténébreux (comme en témoigne mon autre fantasme de jeunesse, Gomez Addams. Mais j’ai aussi pas mal trippé sur David Bowie dans Labyrinth, mais ça, c’est plutôt le complexe du queer-glam-spray-net qui m’afflige toujours également.). Le noir et blanc sert très bien ce film dont l’intrigue se déroule dans les landes brumeuses du Royaume-Uni, donnant un petit côté gothique-film noir à cette histoire d’amour dramatique. Jane Eyre est tiré du roman de Charlotte Brontë, la soeur d’Emily Brontë qui nous a donné Wuthering Heights. Si vous connaissez, vous voyez déjà le genre. Il y a eu plusieurs adaptations, et je préfère celle-ci, mais ça risque d’être à cause d’un attachement sentimental, comme je la regarde depuis très longtemps. Évidemment, le roman étant très long, on a coupé à l’essentiel pour en faire un film de 2h. Il raconte l’histoire d’une orpheline, la petite Jane, que sa tante riche envoie à l’orphelinat, l’accusant de tous les maux. Maltraitée avec ses petites camarades, Jane refuse un poste d’institutrice au sein de l’établissement et trouve une position de gouvernante dans un manoir reculé, appartenant à l’énigmatique M. Rochester. Dans certaines ailes du château, des choses étranges semblent se passer, on y entend des voix, on y voit des ombres… Le brouillard, les ombres, les chandelles, le manoir gothique, tout confère au film une atmosphère particulière qui permet de transcender le cliché de la petite orpheline qui tombe amoureuse de son protecteur. Fait à noter, la petite compagne de Jane à l’orphelinat est interprétée par une toute jeune Elizabeth Taylor dans l’un de ses premiers rôles, ce qui nous amène à notre film suivant.

3- Giant

Je n’ai pas vu Giant souvent, mais j’en garde un souvenir indélébile. C’est mon seul film de James Dean jusqu’à maintenant, et Elizabeth Taylor y est magnifique. Il s’agit d’un long film (200 min), pratiquement une fresque texane, qui se passe dans le milieu de l’élevage de bétail et de l’exploitation pétrolière. En le regardant, j’ai tout de suite trouvé qu’on comprenait la mentalité « texane », redneck comme on dirait par ici. Pas comprendre dans le sens d’y adhérer et d’être convaincu; au contraire, le film s’attache plutôt à nous démontrer les ravages sur les plans familial, personnel et social de ce type de position et de comportement. Plutôt, on comprend d’où ça vient, comment ça se propage, quels en sont les enjeux, d’où naissent les hommes comme George Bush finalement. Giant bénéficie de tous les atouts d’une superproduction: une ampleur de moyens, des plans spectaculaires des foreuses, un scénario en béton, un casting de vedettes qui savent tout de même jouer, etc. Bref, la magie de Hollywood à son zénith, avec un propos en plus!

4- Some like it hot

Si Giant est en couleurs, je peux vous expliquer pourquoi Some like it hot, produit en 1959, est en noir et blanc… Ce film n’est pas une comédie musicale à proprement parler, bien qu’il contienne quelques chansons (2 ou 3) interprétées par cette chère Marilyn Monroe, dont le très célèbre « I wanna be loved by you Pou pou pi dou ». Le scénario a pratiquement été écrit pour mettre de l’avant les charmes de miss Monroe, qui incarne la chanteuse (et joueuse de ukulele) d’un orchestre de fille itinérant. Dans ce film, messieurs, vous la verrez à son meilleur sur la plage, dans des robes de soirée, etc., et elle est toujours aussi délicieuse. Et moi qui ai vu une très grande partie des films de Marilyn, je peux vous affirmer qu’il s’agit de son meilleur (il y en a d’autres de très bons; Gentleman prefer blondes, Niagara…). Ce film prouve que Marilyn était une grande actrice, du moins grande actrice comique. Elle est hilarante, car elle est désarmante de naturel, au point où tout le monde la prenait vraiment pour une tarte. Cependant, certaines de mes lectures m’ont appris que le réalisateur Billy Wilder avait failli se pendre, car la dépendance de l’actrice aux médicaments l’avait rendue complètement ahurie, elle oubliait son texte et piquait des crises terribles. C’est donc un miracle si on a un tel chef-d’oeuvre aujourd’hui. Oui, Some like it hot est un chef-d’oeuvre de la comédie, même si l’intrigue est mince comme une feuille de papier. Deux musiciens de jazz (Jack Lemmon et Tony Curtis) sont accidentellement témoins d’un règlement de compte de la mafia et doivent s’enfuir. Quelle meilleure cachette qu’un orchestre entièrement féminin! Maquillés, ou plutôt grimés, en talons hauts, ils deviennent les « amies » de Sugar Kane (Marilyn). Tout va pour le mieux jusqu’à ce que « Josephine » se fasse passer pour un millionnaire afin de séduire Sugar, et que « Daphne » soit courtisée par un vieux millionnaire à son tour… Oui, c’est terriblement déjà vu aujourd’hui les hommes qui se déguisent en femmes, mais n’oubliez pas que ce film est pré-Tootsie et consorts. Et ne bénéficiant pas des ressorts de Mrs. Doubtfire, ils sont LAIDS! Mais le film demeure hilarant en raison de son scénario, et la réplique finale demeurera dans les annales du cinéma pour toujours.

Ah oui! Le film est en noir et blanc parce qu’avec leur maquillage, Lemmon et Curtis avaient l’air de clowns… et ça ne fonctionnait pas du tout en couleurs.

5- Sunset Boulevard

Tout comme Some like it hot, Sunset Boulevard est réalisé par Billy Wilder (wow! J’ai réussi à faire des liens entre tous mes films. Je me trouve pas mal bonne). Wilder est un très grand réalisateur hollywoodien, ayant en plus de ces deux excellents opus Irma la Douce et Sabrina à son actif. C’est bien que je finisse mon cycle Zip avec ce film, car il s’agit véritablement d’une ode au 7e art. Gloria Swanson, qui fut elle-même une grande star du muet, y incarne Norma Desmond, ancienne vedette qui n’arrive pas à réaliser que son règne est terminé. Elle se prépare pour son grand retour, mais c’est une femme brisée, qui manipule un scénariste et l’entraîne dans ses hallucinations. Le film réussit à être touchant, surtout en évoquant le passé de Desmond, mais est en même temps sans concessions, brut. Il jouit aussi d’une mise en scène et d’images magnifiques, rappelant la plastique des films muets, où aucun mot n’était prononcé mais où l’émotion passait, car « they had faces then« .

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Il y a longtemps que je repousse mes deux derniers billets Zip, ces textes où je vous suggère quelques coups de coeur cinéma triés sur le volet selon des catégories arbitraires. Il me reste cinéma québécois et canadien, et les classiques, que je gardais pour la fin. Le moment est venu de vous parler de nos films d’ici, et le hasard veut que ce soit au retour de la fin de semaine où un de nos grands, le cinéaste Gilles Carle, a rendu l’âme. C’était quelqu’un pour qui j’avais énormément d’affection et son départ me chagrine, quoique je me dise qu’après tout ce qu’il a souffert, c’est pour le mieux. Nul opportunisme ici, si je commence avec un de ses films, car il était sur ma liste depuis belle lurette et constitue, selon moi, un plaisir de film québécois à ne pas bouder.

– La vraie nature de Bernadette

Plus qu’une fable sur le retour à la terre, c’est à une fable sur la quête d’idéal que nous convie Gilles Carle. L’idéal d’une femme qui quitte la ville pour la nature (Micheline Lanctôt alias Bernadette), l’idéal d’un agriculteur (Donald Pilon) et l’idéal d’une foule en mal de sacré et de symboles, qui croit avoir trouvé en Bernadette une faiseuse de miracles, une rédemptrice qui aura la clé à tous leurs problèmes. Naïve, délurée, Bernadette finit une carabine entre les mains, à défendre son territoire qu’elle avait pourtant ouvert aux opprimés, aux vieux, aux boiteux, aux malades. Plusieurs retiennent du cinéma de Carle sa fervente libération sexuelle, les scènes de nudité qui sont pourtant absentes de La vraie nature… Mais je me demande parfois si ce n’est pas un moyen de se fermer les yeux sur un récit intelligent, empreint de symbolisme (quelqu’un a fait une thèse sur la représentation des fruits dans ce film…) et, il faut le dire, souvent très drôle. Parce qu’on peut trouver certains personnages de La vraie nature… un peu épais, n’empêche que Carle n’a fait que tendre un miroir à la société de son époque. J’ai eu beaucoup de plaisir à regarder ce film, à retrouver une Micheline Lanctôt jeune et fraîche, avec sa voix inimitable, et à perfectionner mon imitation de Donald Pilon.

Pour toi, Gilles, et pour la libération des porcs-épics. xx

– 32 short films about Glenn Gould

Je connais peu la musique, et avant d’entrer à l’université, je ne connaissais pas Gould. René Lapierre, que l’approche de Gould envers la voix humaine a fasciné, m’a fait découvrir ce film et le musicien dont il s’inspire en projetant de courts extraits en classe. J’ignore si le film a été distribué sur DVD… Réalisé par François Girard, Monsieur Violon rouge, ce film nous fait grâce du schéma biographique conventionnel (il était pauvre mais talentueux, il connaît la gloire, sombre dans l’abîme de la drogue/alcool/jeu, mais il finit par s’en sortir et sa famille lui pardonne…) et opte pour une construction fragmentaire, annoncée par le titre, qui évoque au passage l’enfance du prodige mais surtout ses multiples contradictions, ses multiples intérêts, sans oublier ses désintérêts (son mépris pour le protocole du concert classique et pour les divagations académiques des connaisseurs universitaires). Gould écoutait les voix des camionneurs, et du Petula Clark. Il aimait le Grand Nord. Il aimait parler au téléphone. Girard orchestre son film comme une partition, et il en résulte une oeuvre touchante et évocatrice, qui questionne le processus créateur et surtout, l’industrie du spectacle.

– Le déclin de l’empire américain

Eh oui, c’est un cliché, mais n’en déplaise aux récentes oeuvres de M. Arcand (même les Invasions barbares, c’était surévalué), les dialogues et la moustache d’Yves Jacques sont inoubliables. J’ai eu un coup de foudre cinéma au cégep pour le Déclin, à peu près à la même époque où j’ai découvert Happiness, et encore aujourd’hui, si je tombe dessus à la télévision, je ne peux m’empêcher de le regarder et à chaque fois, le plaisir est le même. Un peu moins trash qu’Happiness, tout de même, le Déclin explore un thème assez commun, style American Beauty: la décadence de la classe bourgeoise, ces gens bien pensants, bien mis et bien propres qui, finalement, mentent comme ils respirent et baisent tout ce qui bouge. Toutefois, ici, les comportements des personnages sont relativisés par eux-mêmes: professeurs d’histoire, ils replacent leurs agissements dans le contexte sociohistorique de la société occidentale. C’est peut-être l’originalité de ce film: montrer qu’il n’y a pas que les riches, les « parvenus », les capitalistes qui ont des travers. Les intellectuels, les gens cultivés, amoureux de l’art et du savoir, ne sont au-dessus de quiconque. Ni au dessous, finalement. Car les personnages du Déclin sont pour la plupart heureux et vivent très bien avec leurs contradictions. Pas de culpabilité dévorante ici. Simplement une nature hédoniste, un peu à la Bernadette mais sans la finale. Peut-être est-ce ce qui fait que ce film date un peu (ça et l’horrible mode des années 80).

– Gaz Bar Blues

Ce film est un de mes favoris de tous les temps, québécois ou non. Louis Bélanger a réussi à faire ici une oeuvre toute en finesse et en demi-tons, en tendresse mais sans être mièvre, personnelle mais universelle, avec des échos aux grands changements historiques (chute du mur de Berlin, ascension des multinationales, etc.). Quant à Serge Thériault, il a prouvé qu’il était définitivement plus qu’un acteur comique, qu’il pouvait être à fleur de peau sans surjouer. Le film raconte l’histoire d’une famille élevée par un père vieillissant, atteint d’une phase première de Parkinson, qui possède une station-service, un gaz bar. Les deux fils aînés veulent bien entendu échapper à cet environnement où ils doivent travailler et où chaque jour ressemble au précédent, alors que le plus jeune ne souhaite qu’être promu adulte et s’occuper de la caisse. Je pense que quiconque a vécu au Québec à la jonction des années 1980 et 1990 ne peut rester insensible devant ce film. Chaque objet, la veste de laine de Serge Thériault, le cendrier, me rappelait mon grand-père, mon enfance. Il y a aussi des scènes d’une irrésistible drôlerie, comme quand Serge Thériault revient de son centre de réhabilitation avec un cendrier qu’il a fait lui-même, où quand les habitués du gaz bar punissent celui qui volait dans la caisse… À voir et revoir.

– IXE-13

IXE-13, c’est le film québécois dont vous avez toujours rêvé! Celui que vous avez toujours cru qu’il n’existait pas! Le film déjanté des années 1970, avec les Cyniques, Louise Forestier et Carole Laure, des décors en carton technicolor et un scénario écrit sur une drogue quelconque! IXE-13, c’est l’as des espions canadiens, le Canadien-français le plus connu au monde. Aux prises avec des Chinois, un lutteur marseillais, une danseuse orientale, il se débrouille pour faire régner la justice et conquérir le coeur de ses dames. L’histoire, complètement absurde, va dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. Ah oui, j’ai oublié de mentionner que c’était une comédie musicale. Iiiiixe-13… Ma scène préférée, c’est celle de la chanson dans la salle d’entraînement des lutteurs, où ils énumèrent toute une collection de sacres. Hostie!

Ah oui! J’ai regardé De père en flic hier soir… Iiiish.


Ah!! En ce jour d’Halloween, j’ai envie de vous parler de mon film préféré d’Halloween, Shaun of the Dead, ce qui me pousse à vous parler tout naturellement de mes films étrangers préférés, dans la suite de ma liste Zip que j’ai abandonnée depuis longtemps! En plus, mon chum se déguise en Shaun cette année! 🙂

1- Shaun of the Dead

Évidemment, vous aurez reconnu dans le titre une parodie du titre du classique Dawn of the Dead, de Romero, qui a fait l’objet il y a quelques années d’un remake que j’ai trouvé très bon aussi. La scène dans l’ascenseur où on entend en arrière-plan sonore « Down with the sickness » repreise par Richard Cheese est un chef-d’oeuvre. Bref! Shaun of the Dead a été produit et lancé à peu près en même temps que ce remake. Il s’agit d’une comédie (eh oui, encore) britannique, où on défonce les zombies à coups de batte de cricket et de 45 tours, au son d’une musique de Queen. Moi qui suis d’un naturel chicken, je peux garantir que ce n’est pas un film épeurant, mais très drôle. En fait, ce qui est brillant dans ce film, c’est qu’il nous montre à quel point nous sommes naturellement près d’être nous-mêmes des zombies dans notre vie courante. Ça leur prend vraiment du temps avant de constater que les autres ont un peu changé… L’interprétation de Simon Pegg et de son comparse Nick Frost a fait école. Ça rafraîchit un peu le genre qui tourne en rond parfois!

2- Muriel’s Wedding

Dans un tout autre registre, maintenant, nous partons en Australie avec une Toni Collette en début de carrière, qui partage la vedette avec Rachel Griffiths, future Brenda de Six Feet Under. Muriel’s Wedding aurait pu être une comédie romantique banale: une jeune fille très ordinaire, un peu moche, méprisée par sa famille, rêve de se marier. Pas de trouver l’amour, non; de se marier. Point. Et elle réussit… à quel prix? Mais même si on s’attache à Muriel, à son rêve de devenir une autre, de quitter son milieu, tout en la trouvant un peu nounoune, le film a un petit goût doux-amer. Sans se vouloir une critique ou un manifeste féministe, il réussit très bien à avoir un propos intelligent sous des dehors légers et divertissants. Bref, un bon film de filles à regarder entre amies, qui pourra ouvrir des discussions! En prime: une héroïne qui n’est pas super mince et qui est quand même regardable! Yes!

Mon amie Sarah et moi, on avait l’habitude de mettre ce film les samedis soirs en fin de soirée quand on fermait le vidéo… pour se faire aller au son de la musique d’Abba. Quant à moi, les chansons d’Abba sont bien mieux mises en valeur dans ce film que dans la comédie discutable qui est sortie l’an passée, Mamma Mia. (Mais bon, faut aimer le genre!)

3- Memories of Matsuko

Complètement différent des 2 autres, le film japonais Memories of Matsuko a fait un triomphe au festival Fantasia il y a quelques années, et pour cause. Comparé au Fabuleux destin d’Amélie Poulain en raison de ses moments de fantaisie et de sa mise en scène très recherchée, haute en couleurs, de ses images magnifiques, Memories of Matsuko est un film qui nous fait autant rire, et davantage pleurer qu’Amélie. Il raconte l’histoire, en flash-backs, de Matsuko, une femme maintenant vieille qui a vécu une vie très difficile et fort mouvementée. De numéros musicaux au montage saccadé aux scènes silencieuses et contemplatives, le réalisateur Tetsuya Nakashima, qui nous avait déjà donné l’excellent et étourdissant Kamikaze Girls, a signé ici une oeuvre très touchante, qui tente de définir l’irréconciliable qu’il y a en chacun de nous, l’enfant qu’on a été, l’adulte que nous sommes, etc. Nous sommes tous, à notre façon, un vieillard isolé de la société, perdu au milieu de ses souvenirs.

Il est à noter que je ne pense pas que le film ait été distribué sur DVD en Amérique du Nord, mais je pense qu’il est très facile à trouver sur Internet.

4- Amarcord

La grande fan de Fellini que je suis lui reconnais de nombreux chefs-d’oeuvre, mais Amarcord demeure mon favori. Le titre veut dire à peu près: « Je me rappelle » en italien, n’est pas si éloigné du film dont je viens de parler. Fellini se base sur ses souvenirs d’enfance pour reconstituer un petit village au bord de la mer, où l’événement de l’année sera le passage d’un gros paquebot de riches. De jeunes garçons vont faire au cours de cette année l’expérience de la vie, les cigarettes, l’argent, les femmes, et tout le bataclan. La mer, une véritable obsession de Fellini, vient encore une fois y jouer le miroir aux illusions, le berceau d’origine, et la plage, l’espace du rêve où tout se conclut. Il s’agit d’un film très personnel du réalisateur qui, bien qu’il se tienne toujours près de ses personnages, donne souvent dans le grandiose, le grandiloquent, la mise en scène, le cirque, etc.


Bon, je suis de retour, moment d’accalmie… pour vous parler de mes films français préférés (oups ! et un belge, mais il ne faut pas le dire.)

– César et Rosalie

Ah! Quel film magnifique! Réalisé par Claude Sautet, César et Rosalie met en scène une de mes actrices préférées de tous les temps, Romy Schneider, et Yves Montand, dans le rôle d’un couple dont l’existence sera perturbée par le retour de Sami Frey, un ancien amant de Romy/Rosalie. C’est un film typiquement français, en ce sens où les dialogues, les relations compliquées, l’espèce de moralité bourgeoise vacillante nous rappellent un peu Éric Rohmer et le « cliché » du cinéma français… Mais c’est un excellent film, pour ma part, je le possède en dvd et j’essaie de le regarder le moins souvent possible (on parle ici en termes d’années) pour le redécouvrir et le savourer à chaque fois. Les acteurs sont sublimes. J’ai toujours de la peine pour Yves Montand, c’est plus fort que moi.

– C’est arrivé près de chez vous

Le voilà l’intrus, l’imposteur, le film belge! Ha! Ha! À l’origine un film étudiant, C’est arrivé près de chez vous a révélé Benoit Poelvoorde (et je suis heureuse de dire que j’ai bien orthographié son patronyme du premier coup) dans le rôle qui lui convient le mieux: le mégalomane à grande gueule chiant, attachant et… dérangeant. On a ici droit à un faux documentaire, mais contrairement aux oeuvres de Christopher Guest, ici on se concentre sur un seul personnage… un tueur en série. Une équipe de tournage suit donc Poelvoorde qui explique comment noyer un corps, comment économiser des balles en faisant mourir les petits vieux d’une crise cardiaque… Comment dire? Sa performance est un tour de force. Il est MOURANT. C’est de l’humour noir comme on en voit peu. Évidemment, plus le film avance et plus l’équipe de tournage se trouve impliquée, et doit se repositionner éthiquement. Il y a certaines scènes un peu plus difficiles, moi j’ai le coeur sensible, mais bon, à côté de tout ce qui se fait au cinéma, c’est de la petite bière! Un film qui n’est pas gore ni graphiquement déplaisant, mais plutôt difficile au niveau de la « sensibilité », dans le sens où on a affaire à quelqu’un qui perpétue des meurtres gratuitement… et bien que ce ne soit que du cinéma, on sait qu’il n’est pas seul.

– Peau d’âne

Attention! Alerte au musical! Eh oui, je vous parle bien ici du conte de Perrault adapté à l’écran par Jacques Demy et porté à bout de poumons par Catherine Deneuve, à la voix insupportablement aiguë. Pour ma part, je n’ai jamais pu « tougher » les Parapluies de Cherbourg au complet. Dans Peau d’âne, ils ont la décence d’avoir des dialogues entre les chansons. Bien que ce soit un film plus pour la famille, je l’ai revu avec des yeux d’adultes et je dois dire que c’est un excellent film, en grande partie à cause de la direction artistique qui est magnifique. Les costumes et les décors, qui ne sont pourtant pas fait avec « de grands moyens » (tourné en grande partie sur place dans les châteaux de la Loire), le tout est un enchantement. Disney peut aller se rhabiller (en plus, ils n’ont pas fait ce conte, à ma connaissance…) Si vous gardez votre p’tite cousine ou votre nièce et qu’elle est dans sa phase princesse, je vous le recommande fortement! J’ai même le dvd à la maison. Et même s’il est un peu plus vieux, je ne peux passer sous silence la présence de JEAN MARAIS, Jean Marais mon idole, il est si… gai, mais bon, on peut quand même le regarder et baver. Jean Marais donc, le roi qui veut marier sa fille (hello Freud).

– Tanguy

Vous connaissez maintenant ma faiblesse avouée pour la comédie, et quand Tanguy a pris l’affiche il y a de ça plusieurs années, je ne tenais plus en place! Avec raison. Étienne Chatiliez nous avait déjà donné le grinçant Tatie Danielle, mais je dois dire que les films précédents et suivants sont loin d’avoir été à la hauteur. Tanguy repose particulièrement sur le casting des parents, André Dussollier, le narrateur d’Amélie Poulain, délicieux en homme qui pique une crise de nerfs, et Sabine Azéma, traversée de tics nerveux et de culpabilité de vouloir que son fils de 28 ans, pratiquement riche, au doctorat qui s’étire, décolle de chez eux. Le fils en question est incarné par Éric Berger, et je pense qu’il a vraiment ce qu’on appelle une tête à claques: on le voit et on a le goût de lui fesser dessus. Il est si parfait, si mielleux… Brr! Les deux parents, donc, vont tout mettre en oeuvre pour chasser leur chère tache (hein, c’est pire que les chemises de l’archiduchesse, comme phrase). Mon pire moment de cruauté: quand le père dévisse une vis sur le seuil de la salle de bain et qu’il s’arrange pour que Tanguy se prenne dedans… pieds nus. Arggg! C’est drôle! C’est drôle!

– RRRrrrr

Bon, et maintenant, au risque de me faire excommunier de la blogosphère, je vous confesse mon attachement pour le film Rrrrr. Oui, c’est ça le titre, et c’est très drôle quand un tel film sort et que tu travailles dans un club vidéo. Réalisé par Alain « Ceasar » Chabat, mettant en vedette les Robins des bois, groupe d’humour français que pour ma part, je ne connais pas, Rrrrr raconte « l’histoire du premier crime de l’humanité », à l’époque des hommes des cavernes. Évidemment, on nage ici dans l’absurde et dans l’anachronisme: on est à l’âge de pierre, donc tout le monde s’appelle Pierre. À l’instar des mammouths, les chats sont des chamouths, les poules, des poulmouths… Etc. Il faut embarquer, et je dois dire que le secours de substances illicites peut aider dans ce cas. On adore ou on déteste. Pour ma part, je fais partie avec plusieurs amies d’un cercle de fanatiques de Rrrrr. Mes anciennes colocs et moi avons déjà eu un répondeur où le message d’accueil était le suivant: « Bonjour, vous êtes bien chez Pierre, Pierre et Pierre… » Ouais.

Bon, j’ai écrit « Drames » pour les opposer aux comédies, en gros, parce que je ne savais pas quoi écrire comme genre. Ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas des films à kleenex! Beurk! En général, j’haïs ça. Prenons-les plutôt comme des films américains indépendants (parce qu’ensuite, on se déplace.) Comme je vous ai déjà parlé longtemps d’Ed Wood, j’ai décidé de le laisser de côté cette fois-ci.

– Happiness

Il s’en brasse, de la marde, dans ce film au titre plutôt ironique. Je me rappelle mon premier contact avec Happiness; à l’époque, mes parents étaient abonnés au TV Hebdo (bien oui, on n’avait pas l’internet!) et je lisais tououououotes les critiques de films, et un jour, il y a eu le résumé d’Happiness dans la chronique des sorties en vidéocassette (bien oui, ça fait longtemps! lol) Alors, qu’est-ce que ça dit à mon sujet lorsque j’ai été prise de l’envie folle de louer ce film où se côtoient un pédophile, un pervers qui fait des coups au téléphone, une obèse meurtrière, un Russe voleur, une chanteuse folk névrosée, une femme au foyer en pleine dénégation…? Happiness est là pour nous montrer la décadence de la vie américaine, et disons que ce n’est pas à coups de subtilités. En fait, le tout est mené par un humour noir qui est, à mon avis, absolument hilarant. Paradoxalement, ce film me met véritablement de bonne humeur lorsque je le regarde. Mais disons que cela exige tout de même une certaine qualité d’abstraction, parce que si on réfléchit quelque peu au propos du film, c’est sûr qu’on a envie de se tirer une balle. Coeurs sensibles… je ne dirais pas « s’abstenir », mais sortir votre côté le plus sarcastique et grinçant. Enjoy.

Du même réalisateur que Palindromes.

– Secretary

Encore une histoire de critique de films sortis sur DVD (oui, Secretary est plus récent qu’Happiness), je ne sais plus si c’était dans le TV Hebdo ou ailleurs… Cette fois-ci, c’est la pochette qui « fesse », sans mauvais jeu de mots, puisqu’elle représente un derrière féminin en jupe bien dressé en l’air, prêt à recevoir la fessée. Eh bien, je me montre décidément sous mon meilleur jour en vous exposant ce qui m’accroche dans une description de film. On dirait que j’ai l’esprit mal tourné! Donc, Secretary décrit une relation sadomasochiste entre une secrétaire et son patron, mais relation qui n’est pas uniquement centrée sur la sexualité. En fait, il s’agit d’une histoire d’amour égalitaire, où chaque partie trouve son compte et ce qu’elle recherche. Ce film a révélé Maggie Gyllenhaal, qui a fait parfois des choix étranges dans sa carrière, mais que j’aime beaucoup en général. Honnêtement, je ne crois pas avoir rencontré quelqu’un qui n’avait pas aimé ce film.

– Velvet Goldmine

J’ai vu ce film des milliers de fois! En tant que grande fan de David Bowie, je ne pouvais pas ne pas aimer ce film qui s’inspire de sa carrière et surtout d’une rumeur de relation homosexuelle avec Iggy Pop (certains vous diront que ce n’est pas une rumeur!) Le très beau Jonathan Rhys Meyer incarne Brian Slade, personnage inspiré de Bowie, et Ewan McGregor se met en nu en Curt Wild, réincarnation d’Iggy Pop. C’est un film esthétiquement magnifique, avec une direction artistique irréprochable. Plus on le regarde et plus on replonge dans les images de la carrière de Bowie (surtout dans les années 60 et 70), plus on voit à quel point ils ont mené leurs recherches. Le scénario est aussi très intéressant, assez complexe. Pour ma part, j’ai regardé le film 2 ou 3 fois avant de tout saisir (mais depuis, on peut le regarder sur DVD, et je crois honnêtement que les sous-titres anglais aident). En fait, le canevas est calqué sur Citizen Kane: un journaliste enquête sur la vie d’une star de la pop mort sur scène il y a 10 ans. Plusieurs des entretiens du journaliste (Christian Bale) sont calqués sur ceux de Kane: le vieil agent en fauteuil roulant, l’ex-femme alcoolique dans un boui-boui désert. Vraiment un film riche, avec une trame sonore entraînante si on aime le glam-rock et cette époque. Le réalisateur Todd Haynes nous a depuis donné un autre film sur la musique, le encore plus beau et encore plus complexe I’m not there.

– Mysterious Skin

Ce film est véritablement une belle découverte, qui demeure encore peu vue, je crois. Pour ma part, j’ai détesté le seul autre film du réalisateur Gregg Araki que j’avais vu, soit The Doom Generation. Je pourrais m’étendre pendant des heures sur pourquoi j’ai haï ce film. Alors, j’étais vraiment hésitante à regarder Mysterious Skin. J’aimais la pochette, et j’étais intriguée par les acteurs: Joseph Gordon-Levitt, qui est bien cute et que j’avais déjà remarqué ailleurs, et surtout Michelle Trachtenberg, qui sort tout droit d’un film de Disney, The Ice Princess, et qui a aussi joué un rôle secondaire dans Six Feet Under. Une très jolie fille. Je me suis donc lancé et j’ai découvert un excellent film, visuellement très beau et plein de sensibilité, ce qui semble être une première pour Araki, d’après ce que j’ai lu par la suite. Deux jeunes garçons ont tous deux été agressés par leur coach de baseball étant très jeunes. Adolescents, ils ont chacun leur manière de sublimer leur vécu; le premier devient un prostitué, l’autre refoule tout souvenir et est convaincu d’avoir été enlevé par des extraterrestres. Puis, ils seront amenés à confronter leur passé… Selon mes souvenirs, on ne voit pas de scènes traumatisantes de l’agression, mais il y a d’autres scènes violentes et tout le film est évidemment très chargé émotivement.  Choisissez donc votre soirée pour vous lancer, mais ne passez pas à côté.

– Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Je ne m’éterniserai pas sur ce film, puisque je pense que pas mal tout le monde l’a vu ou entendu parler. Sinon, qu’est-ce que vous faites encore ici? Ruez-vous sur ce film. 1- Jim Carrey peut être un bon acteur. 2- Kate Winslet est magnifique. 3- Ce scénario est un chef-d’oeuvre. Il fait de la mémoire un espace qu’on peut investir, et qu’on peut même effacer. Il table sur les processus inconscients, la sublimation, etc. La mise en images est aussi géniale. C’est à voir absolument.



Une petite filière de la comédie: les fameux musicals, genre adoré ou abhorré, victime de nombreux préjugés! Moi, j’adore une bonne comédie musicale… mais elles sont quand même rares, et j’admets que c’est très pénible quand c’est raté. La comédie musicale est un ensemble et si le scénario est faible, même de bons numéros chantants et dansants ne peuvent réussir à sauver la donne. Je vous donne mon top 3:

– Singin’ in the rain

LA comédie musicale de tous les temps. Galvaudé en raison de la fameuse scène-titre, Singin’ in the rain n’est pas qu’une comédie musicale exceptionnelle, c’est également un chef-d’oeuvre cinématographique qui trône en bonne position dans tous les décomptes des meilleurs films de tous les temps. Si vous n’aviez qu’une comédie musicale à voir durant toute votre existence, c’est celle-ci, sans aucune hésitation. Divertissement garanti.

La première originalité de Singin’ in the rain est son scénario. Le canevas « classique » de la comédie musicale hollywoodienne met en scène des personnages entertainers, qui travaillent dans des revues sur Broadway. Ce canevas permet d’intercaler un grand nombre de numéros scéniques, en plus des quelques chansons « intimes » qui viennent ponctuer l’histoire personnelle de ces personnages (habituellement une histoire d’amour). Dans Singin’ in the rain, les personnages gravitent dans le milieu du cinéma au moment où celui-ci passe du muet au parlant. Durant cette période, plusieurs vedettes ont vu leur étoile pâlir ou s’éteindre en raison d’accents, de voix fluettes, etc. Il s’ensuit une série de scènes pleines d’humour, qui valent en soi hors des numéros musicaux. Ce film est tordant.

Et cette structure solide permet de bien enchaîner des numéros qui soutiennent le récit sans avoir l’air ajoutés ou prétextés maladroitement. Ils n’agissent pas comme une colle à mise en scène! Tous les numéros sont chorégraphiés et mis en scène par Gene Kelly, la vedette du film, qui a de plus co-réalisé avec Stanley Donen (l’homme derrière Charade avec Audrey Hepburn). Alors, à mes yeux, Fred Astaire pourrait bien avoir tout le talent du monde, il n’est pas très charismatique. Alors, Gene Kelly, parlez-moi d’un homme!!!! Les numéros sont magnifiques, originaux, impressionnants… et ce qui est encore plus impressionnants, c’est qu’ils sont presque tous (à part peut-être le numéro sous la pluie) exécutés à plusieurs. Les plus fameux sont ceux où Gene Kelly danse avec Donald O’Connor en parfait synchronisme. Ils sont tout simplement hallucinants. Et, en prime, dans la dernière partie du film, une apparition d’une de mes idoles personnelles, la sublime Cyd Charisse.


– The Band Wagon

Sans être un chef-d’oeuvre filmique comme Singin’…, The Band Wagon est le type même du canon de la comédie musicale des années 50 et à mon sens, très réussie. On y retrouve le canevas que je vous ai décris plus haut, sauf que l’enchaînement des numéros scéniques demeure rigoureux et assujetti à un récit classique mais solide. C’est aussi un film très humoristique, une satire du milieu du spectacle où les effets scéniques prennent toute la place et nuisent à la qualité de l’histoire (critique cachée du modèle hollywoodien??) Je me souviens avoir ri à voix haute plusieurs fois au cours de mes visionnements. Le personnage du metteur en scène est un mégalomane épouvantable!

Les numéros musicaux décrivent donc en grande partie l’évolution du spectacle, mais ils viennent aussi ponctuer le récit en décrivant les états d’âme des personnages, comme de coutume. La scène de danse entre les 2 personnages principaux, où pas un mot n’est échangé, en dit plus sur leur amour naissant que bien des dialogues insipides. Cette scène en soi est un pur joyau. Et qui sont ces 2 protagonistes principaux? Nuls autres que Cyd Charisse et… Fred Astaire. Vous voyez, je suis quand même impartiale, je suis capable d’admettre quand j’ai tort ;). Mais j’ai le droit de trouver Fred moins charmant que Gene.

Or, le temps fort du film, son climax, survient vraiment lors de la finale, le grand numéro qu’ils ont peaufiné et qui est un récit policier mis en danse. J’adore cette scène, je la trouve originale et inattendue dans ce contexte. Un film qui réussit à innover dans un modèle assez balisé.

Et je veux ses souliers!

– The Court Jester

Un autre film de la même époque, mais cette fois-ci, un film familial et qui s’éloigne vraiment des scénarios habituels de comédie musicale. The Court Jester est pratiquement une farce à la Robin des Bois. Je le regardais dans mon enfance, et je dois dire qu’en tant qu’adulte, mon plaisir ne s’est pas tari (d’autant plus que maintenant, je comprends le texte des chansons qui n’ont pas été traduites dans la version française que je possédais à l’époque.) Ma mère et moi en avons tiré un adage que nous répétons encore à l’envi.

Le film est en fait un écrin pour Danny Kaye, comédien, chanteur et danseur hors pair, l’entertainer un peu à la Dick Van Dyke (Mary Poppins). Il y incarne Hawkins, un comédien très maladroit qui se retrouve dans la bande du fameux bandit Renard Noir. Mais le bandit est-il un bandit? Le Renard Noir cherche à renverser l’usurpateur du trône d’Angleterre, qui n’a pas hésité à massacrer toute la famille royale pour arriver à ses fins. Toute? Non, car le véritable héritier, un bébé (le coup d’État n’était pas très vieux) a survécu.

Hawkins sert à divertir les troupes afin qu’elles ne perdent pas le moral. Il aimerait mieux se battre lui aussi, mais comme le dit le Renard Noir (attention, adage en vue): « Chacun sert selon ses capacités. » Mais lorsque Giacomo, le fameux bouffon italien, arrive à la cour à la demande du méchant Roi, Hawkins le kidnappera pour prendre sa place et s’infiltrer dans le château. Mais il tombe dans l’oeil de la princesse Gwendolyn, dont la dame de compagnie est en fait une sorcière…

Bon, en avez-vous assez lu? Le fait est qu’il s’agit bien d’un film familial, un vrai vaudeville, mais avec un rythme soutenu et des interprètes convaincants (la princesse est une jeune Angela Lansbury. Vous savez? Elle écrit au meurtre…) Je ne sais pas si je vous convaincs, mais un jour de pluie, peut-être… 🙂

***

Il existe évidemment d’autres très bonnes comédies musicales: West Side Story, An American in Paris, Mary Poppins… Mon conseil? Allez-y avec les canons d’abord, parce que souvent, les autres sont assez ordinaires…

J’ai décidé de diviser ma liste Zip idéale par genres… Une division totalement arbitraire et un peu inutile, puisque la plupart des films entrent dans plusieurs catégories. Mais je ne peux pas vous les sortir d’un seul coup (il faut bien entretenir l’intérêt… 😉 ) Alors je les regroupe ainsi, question de vous aider à vous y retrouver…

Pour entamer cette première section de ma liste Zip idéale, j’ai décidé de commencer par les comédies, parce que c’est mon genre préféré. Si je me retrouve au cinéma ou au club vidéo avec quelqu’un, c’est toujours vers les comédies que je me tourne. Si vous essayez de me convaincre de regarder une grosse merde hollywoodienne, il y a de gros risques que je plie pour une comédie, même douteuse. Voici donc quelques funny picks… sans ordre particulier.

– Dr. Strangelove

Bon, c’est une valeur sûre, évidemment. Kubrick est révéré, à juste titre, pour plusieurs chefs-d’oeuvre, mais ce film demeurera toujours mon préféré. Je commence à rire dès les premières minutes, juste à regarder les plans d’avions qui se ravitaillent. Le sous-texte sexuel de ce film est incroyable (j’ai d’ailleurs écrit un papier sur le sujet, si ça vous intéresse). Toutes les images, toutes les paroles ont un 2e degré. Je ne suis pas une fille de politique habituellement, mais cette façon de traiter le sujet, cet humour noir, je trouve ça irrésistible. Notons aussi la prestation de Peter Sellers dans pas moins de 3 rôles, dont le docteur du titre.

Rappelons que Dr. Strangelove (or how I learned to stop worrying and love the bomb) raconte ce qu’il serait advenu si, pendant la guerre froide, un général psychopathe avait, de son plein gré, décidé de lancer une attaque nucléaire non autorisée contre la Russie. Le tout culmine en une conversation téléphonique entre le président des États-Unis (Sellers, encore une fois) et le président russe. Tour de force comique, car on n’entend que Sellers, qui porte la scène sur ses épaules. Et que dire de Georges C. Scott en général pragmatique, de Sterling Hayden en militaire paranoïaque obsédé par les « bodily fluids », de Slim Pickens en Major Kong à l’accent caoutchouteux qui chevauche une ogive nucléaire… Le film oscille entre subtilité et caricature avec un dosage que seul un maître comme Kubrick pouvait concocter. J’adore, j’adore, j’adore!

– Annie Hall

Bon, encore un choix évident, un canon. La première fois que j’ai vu Annie Hall, je devais avoir 18 ans, j’ai trouvé ça bien mais sans plus. Depuis, je l’ai revisionné à quelques reprises et c’est devenu un de mes feel-good movies. Je l’écoute quand je suis malade, déprimée, etc. Si Allen vous énerve, si vous trouvez qu’il tourne en rond, il faut revenir à ce film, qui constitue peut-être sa quintessence (quoique je suis prête à défendre d’autres titres qui sont pour moi excellents aussi). Mais dans celui-ci, il y a, en plus des dialogues brillants et de l’auto-dérision habituels, une tendresse qui me touche. Annie Hall est, vous ne serez pas surpris, l’autopsie d’une relation amoureuse maintenant terminée entre Diane Keaton (Annie) et Woody Allen (Alvy). Une des scènes-clés, à mon sens, à laquelle je songe souvent, est celle des homards. Diane Keaton et Woody veulent manger des homards mais aucun n’est capable de balancer l’animal vivant dans l’eau bouillante. En plus, Woody est effrayé par les pinces. Ils se lancent des homards, crient, montent sur des chaises, etc. Ils ont du plaisir, ils rient. Lorsque Woody essaie de répéter la même chose avec une autre compagne, elle le traite d’enfant ou quelque chose du genre. Pas de gaminerie, pas de rire. Pour moi, cela signifie beaucoup. Je me rappellerai toujours aussi de la maison du petit Woody sous les montagnes russes. Un classique.

– Best in Show

Vous connaissez Christopher Guest? Il est l’esprit derrière This is Spinal Tap, le fameux faux documentaire sur un groupe de rock complètement déjanté, dont les batteurs mouraient en série. Christopher est passé derrière la caméra, et cultive le genre du faux documentaire/comédie satirique brillamment. Il a réalisé For your consideration, Waiting for Guffman, A Mighty Wind, qui se concentraient respectivement sur les milieux du cinéma indépendant, du théâtre amateur et de la musique amateure (une harmonie rurale…) Mais mon film préféré demeure Best in Show, qui se déroule lors d’une compétition de chiens. Guest fait pratiquement toujours appel aux mêmes comédiens, dont Eugene Levy, le père dans la saga (!) des American Pie, et chaque film révèle leur « personnalité » particulière à travers une galerie de personnages colorés. J’adore voir les propriétaires de toutous projeter leurs névroses et leurs échecs sur leurs pauvres toutous. C’est savoureux. La technique du faux documentaire permet une plongée directe au coeur de l’Américain moyen, de leur poursuite de l’American Dream et, ce qui est crucial selon moi, leur conviction de mériter leur succès, que quelque chose leur est dû. Des personnages qui frôlent le pathétique, mais qui sont si bien campés que le tout reste comique et léger. Certains gags sont évidents, alors que d’autres sont plus subtils, ils s’insèrent dans les dialogues. Je ne sais pas s’ils travaillent beaucoup en improvisation, mais le résultat est là. À moins d’être une fan comme moi, peut-être trouverez-vous ces films répétitifs, alors je vous suggère Best in Show si vous n’aviez qu’à en voir un seul.

– Election

Ah! Election est un film que je possède en vidéocassette et que je regarde encore religieusement! C’est un film féroce, férocement drôle, férocement grinçant. Reese Witherspoon y incarne une première de classe, une vraie go-getter qui s’implique dans tous les comités, toutes les activités parascolaires, le type même de l’élève américaine qui veut entrer à Harvard et dont le moindre geste est dicté par une entrée potentielle dans son CV. Et vraiment, elle représente la genre de personne dont la perfection est, littéralement, insipide et enrageante au possible! Ce qui ne manque pas de taper sur les nerfs d’un prof, Matthew Broderick, qui arrive à un point de sa vie où il se remet en question. Lorsque miss Parfaite décide de se présenter aux élections scolaires pour le poste de président du conseil, le professeur décide que le monopole a assez duré… Il est intéressant de voir comment le scénario d’Alexander Payne (qui nous a depuis donné aussi Sideways) montre avec efficacité, mais sans appuyer, les prémices de cette crise existentielle. Broderick offre aussi une interprétation juste, et soulignons qu’il n’a pas eu que des chefs-d’oeuvre à son actif…

Je reviens au scénario, qui est pour moi le point fort de ce film. C’est vraiment un enchaînement d’événements apparemment sans lien, impliquant des personnages secondaires, qui font monter en crescendo l’agacement du professeur, jusqu’au moment où il passe à l’acte. Et la finale montre bien qu’il n’existe pas de scène anodine dans un film bien écrit. De plus, le film table sur l’inconscient sexuel qui règne dans les relations professeurs-étudiants, sans forcer la note mais sans jouer à l’autruche non plus. Il ne s’agit pas d’une oeuvre avec un message, ou d’une analyse profonde du système scolaire, etc. Mais il s’agit d’un film intelligent, rudement bien mené et divertissant au possible.

– Little miss Sunshine

Je vous ai déjà parlé de ce film, à mes débuts sur WordPress. Vous pouvez relire mon compte-rendu ici. J’ajouterai seulement trois choses: un, je ne pense pas que ce films ait été la fièvre d’un Sundance et qu’on n’en entendra plus jamais parler. Je pense qu’il mérite cette attention et qu’il demeurera, peut-être pas un classique, mais une référence, un film dont on se rappelle. Deux, je m’esclaffe littéralement à chaque fois que je le vois, surtout lors du numéro de la petite Olive, la protagoniste principale, lorsqu’elle participe au concours de beauté. Trois, j’ai vraiment une fixation pathologique depuis mon adolescence sur les personnages qui décident d’arrêter de parler consciemment. Peut-être que cela devrait me signifier quelque chose?