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Omniprésence des vampires

Publié: 12 novembre 2010 dans TV, Zombies / Vampires
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Dans un précédent billet, je vous ai parlé de virus, de zombies et d’infection; grosso modo, les oeuvres qui leur sont consacrées mettent souvent en scène l’éradication de l’humanité dégénérée que nous sommes, et parfois un nouveau départ. Cet imaginaire donne également une représentation métaphorique des contacts humains de notre époque, qui, en entravant la liberté personnelle, sont considérés comme dangereux.

Par les temps qui courent, c’est toutefois la figure du vampire qui est à l’honneur (Twilight, anyone? True blood? The Vampire Diaries?). Tout comme ses cousins les zombies, le vampire est généralement victime d’une infection contractée par contact rapproché. Toutefois, à la différence de ceux-ci, le vampire ne contamine pas nécessairement ses proies. De plus, il conserve pleinement ses facultés et est généralement capable de contrôler ses pulsions et de choisir qui sera infecté, qui mourra, etc. Au contraire de ce qui se passe dans les invasions de zombies ou d’extraterrestres, on ne cherche pas à éliminer les humains ou à propager l’infection à tout prix. Le vampire a besoin de l’humanité pour assurer sa propre survie.

En fait, plutôt que de prôner l’extinction de la race, le vampire va plutôt l’entraîner plus avant dans son évolution. Il représente en effet un être « supérieur », détenteur de pouvoirs surnaturels. Il vole, il est rapide, très fort, parfois télépathe, et dans Twilight, il glow in the sun (si c’est pas un signe de supériorité génétique, ça!). Il arrive d’ailleurs que la source du pouvoir vampirique soit d’ordre divin: Francis Ford Coppola attribue la naissance de Dracula au Dieu chrétien, Anne Rice remonte jusqu’aux déités égyptiennes antiques. De plus, les personnages de vampires sont souvent associés à une sexualité déviante et/ou débridée. Les questions de l’origine et de la filiation se posent donc d’emblée et reposent sur une évaluation de la valeur intrinsèque de l’individu: qui est digne, qui mérite d’assumer à son tour le don / la malédiction du vampire?

Les vampires, c’est donc une affaire de famille. Et comme la contamination est essentiellement une affaire interne, l’ennemi n’est plus nécessairement l’Autre, mais la chair de sa chair, ou soi-même. Le Monstre a désormais visage humain. Par ailleurs, l’omniprésence du vampire sur le petit comme le grand écran dénote aussi une tendance marquée pour une sorte de démocratisation du gore. Autrefois genre underground par excellence, interdit partout, donnant même lieu à des poursuites judiciaires (voir le cas Cannibal Holocaust), le gore et les films de genre sont devenus monnaie courante et attirent les foules. Même si on ne peut pas véritablement parler de gore à la télévision, il n’empêche que la violence y est devenue de plus en plus explicite et graphique; on est fascinés par les scènes de crime (voir Dexter et la panoplie de CSI). Mais qu’est-ce que le gore sinon l’intérieur qui remonte à l’extérieur, l’interne devenu visible? Et comme le vampire est un être éternel (bon, si on l’éloigne des crucifix, du soleil et qu’on ne lui plante pas un pieu dans le coeur), qui possède la jeunesse, il va sans dire qu’il reflète fort bien les obsessions de notre époque. La perpétuation de la race est assurée d’avance. Le vampire, c’est en quelque sorte le fantasme de l’humanité, un surhomme, c’est ainsi que nous aurions aimé avoir été conçus.

Je suis vraiment curieuse de voir le film scandinave Let the right one in, qui a été présenté à Fantasia il y a quelques années et dont on ne cesse de me parler en bien. D’ailleurs, Hollywood, avec tout le « flair » qu’on lui connaît, en a fait un remake intitulé Let me in. (Pour ma part, je préfère la traduction du titre original. Ça sonne vraiment bien et c’est ce type de construction qui me fait dire que malgré la mauvaise presse et notre relation conflictuelle avec elle, l’anglais est une langue qui peut être fascinante). Ça va peut-être me permettre de développer et de clarifier mes idées…

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Je suis depuis quelques années fascinée par le retour en force du film d’épidémie, qu’on parle ici d’un point de vue strictement médical ou dans un registre plus fantaisistes, avec la horde de films de zombies comme 28 days later, Dawn of the dead et son petit frère Shaun, ou encore le remake intergalactique très peu intéressant de The Invasion mettant en vedette une Nicole Kidman blafarde. Ce genre comporte un côté tout à fait séduisant pour un scénariste autant que pour un spectateur: les personnes infectées deviennent des bêtes sanguinaires, et donc des méchants à part entière. Il n’y a aucune ambiguïté et dès lors, pas de conflit moral qui se présente lors de leur extermination systématique. On se bat contre quelque chose et on sait qu’on a raison de le faire: c’est la loi de la jungle, tuer ou être tué.

Le symbole de l’épidémie prend aussi toute sa force dans notre situation écologique précaire. Pour la première fois, peut-être, l’humanité prend conscience de sa finalité en tant qu’espèce et de la grande part de responsabilité qui lui revient. Par exemple, le virus qui court dans l’excellent film espagnol Rec. (et vraiment, l’un des films qui m’ont le plus effrayée de ma VIE) a été modifié en laboratoire par un scientifique cherchant une cure, qui le rend par mégarde d’une contagion foudroyante. Loin de moi l’idée de vous entraîner sur les pentes de la paranoïa ambiante sur la grippe A H1N1 (paranoïa qui se répand davantage que le vrai virus), mais bon, vous voyez que c’est dans le ton. L’épidémie, ou mieux, la pandémie, offre parfois une seconde chance à l’humanité, en faisant un nettoyage méthodique de l’espèce et permettant de repartir à zéro.  Parfois, elle ne laisse aucune chance de survie, comme dans Rec. ou l’épilogue du nouveau Dawn of the Dead, et confirme donc le statut de race damnée des humains.

Cependant, l’aspect qui me fascine le plus dans cette mythologie, j’y pensais ce matin en déjeunant (bien oui, je suis bizarre de même), m’est apparu lorsque j’ai visionné la comédie Zombieland au cinéma le week-end dernier: la mise en scène des contacts humains, représentés comme un danger. Le personnage principal de Zombieland affirme au début du film qu’il pense avoir survécu jusqu’ici à l’infection à cause de son absence de liens affectifs. Habitant loin de chez ses parents, le petit geek attachant n’a en effet ni amis ni blonde et son isolement lui accorde donc la chance d’éviter de se faire mordre. Dans tous les films mettant en scène des épidémies, des infections, vous verrez se produire le moment crucial où l’un des personnages doit tuer un de ses proches infectés pour éviter d’être atteint à son tour. De telles scènes insistent sur l’absence d’humanité de la personne malade, arguant qu’elle « n’est plus la même. » Qui plus est, la transmission des virus se fait par le contact physique (morsure, baiser, échange de fluides, etc.) Difficile de ne pas y lire le symptôme de notre déshumanisation progressive, des relations perçues comme des entraves à la liberté individuelle, et surtout au succès personnel.

Pour ma part, je pense que nous n’avons pas fini d’explorer les méandres de ce « genre » qui donne à la fois des films terrifiants, mais parfois aussi des esquisses psychologiques très intéressantes et très justes.

Ah!! En ce jour d’Halloween, j’ai envie de vous parler de mon film préféré d’Halloween, Shaun of the Dead, ce qui me pousse à vous parler tout naturellement de mes films étrangers préférés, dans la suite de ma liste Zip que j’ai abandonnée depuis longtemps! En plus, mon chum se déguise en Shaun cette année! 🙂

1- Shaun of the Dead

Évidemment, vous aurez reconnu dans le titre une parodie du titre du classique Dawn of the Dead, de Romero, qui a fait l’objet il y a quelques années d’un remake que j’ai trouvé très bon aussi. La scène dans l’ascenseur où on entend en arrière-plan sonore « Down with the sickness » repreise par Richard Cheese est un chef-d’oeuvre. Bref! Shaun of the Dead a été produit et lancé à peu près en même temps que ce remake. Il s’agit d’une comédie (eh oui, encore) britannique, où on défonce les zombies à coups de batte de cricket et de 45 tours, au son d’une musique de Queen. Moi qui suis d’un naturel chicken, je peux garantir que ce n’est pas un film épeurant, mais très drôle. En fait, ce qui est brillant dans ce film, c’est qu’il nous montre à quel point nous sommes naturellement près d’être nous-mêmes des zombies dans notre vie courante. Ça leur prend vraiment du temps avant de constater que les autres ont un peu changé… L’interprétation de Simon Pegg et de son comparse Nick Frost a fait école. Ça rafraîchit un peu le genre qui tourne en rond parfois!

2- Muriel’s Wedding

Dans un tout autre registre, maintenant, nous partons en Australie avec une Toni Collette en début de carrière, qui partage la vedette avec Rachel Griffiths, future Brenda de Six Feet Under. Muriel’s Wedding aurait pu être une comédie romantique banale: une jeune fille très ordinaire, un peu moche, méprisée par sa famille, rêve de se marier. Pas de trouver l’amour, non; de se marier. Point. Et elle réussit… à quel prix? Mais même si on s’attache à Muriel, à son rêve de devenir une autre, de quitter son milieu, tout en la trouvant un peu nounoune, le film a un petit goût doux-amer. Sans se vouloir une critique ou un manifeste féministe, il réussit très bien à avoir un propos intelligent sous des dehors légers et divertissants. Bref, un bon film de filles à regarder entre amies, qui pourra ouvrir des discussions! En prime: une héroïne qui n’est pas super mince et qui est quand même regardable! Yes!

Mon amie Sarah et moi, on avait l’habitude de mettre ce film les samedis soirs en fin de soirée quand on fermait le vidéo… pour se faire aller au son de la musique d’Abba. Quant à moi, les chansons d’Abba sont bien mieux mises en valeur dans ce film que dans la comédie discutable qui est sortie l’an passée, Mamma Mia. (Mais bon, faut aimer le genre!)

3- Memories of Matsuko

Complètement différent des 2 autres, le film japonais Memories of Matsuko a fait un triomphe au festival Fantasia il y a quelques années, et pour cause. Comparé au Fabuleux destin d’Amélie Poulain en raison de ses moments de fantaisie et de sa mise en scène très recherchée, haute en couleurs, de ses images magnifiques, Memories of Matsuko est un film qui nous fait autant rire, et davantage pleurer qu’Amélie. Il raconte l’histoire, en flash-backs, de Matsuko, une femme maintenant vieille qui a vécu une vie très difficile et fort mouvementée. De numéros musicaux au montage saccadé aux scènes silencieuses et contemplatives, le réalisateur Tetsuya Nakashima, qui nous avait déjà donné l’excellent et étourdissant Kamikaze Girls, a signé ici une oeuvre très touchante, qui tente de définir l’irréconciliable qu’il y a en chacun de nous, l’enfant qu’on a été, l’adulte que nous sommes, etc. Nous sommes tous, à notre façon, un vieillard isolé de la société, perdu au milieu de ses souvenirs.

Il est à noter que je ne pense pas que le film ait été distribué sur DVD en Amérique du Nord, mais je pense qu’il est très facile à trouver sur Internet.

4- Amarcord

La grande fan de Fellini que je suis lui reconnais de nombreux chefs-d’oeuvre, mais Amarcord demeure mon favori. Le titre veut dire à peu près: « Je me rappelle » en italien, n’est pas si éloigné du film dont je viens de parler. Fellini se base sur ses souvenirs d’enfance pour reconstituer un petit village au bord de la mer, où l’événement de l’année sera le passage d’un gros paquebot de riches. De jeunes garçons vont faire au cours de cette année l’expérience de la vie, les cigarettes, l’argent, les femmes, et tout le bataclan. La mer, une véritable obsession de Fellini, vient encore une fois y jouer le miroir aux illusions, le berceau d’origine, et la plage, l’espace du rêve où tout se conclut. Il s’agit d’un film très personnel du réalisateur qui, bien qu’il se tienne toujours près de ses personnages, donne souvent dans le grandiose, le grandiloquent, la mise en scène, le cirque, etc.