Je voudrais la force surhumaine, jamais peur de rien, des recoins sombres où les mains se font araignées, plus collantes que la neige qui fond à moitié sans cesser de briller, d’éblouir. Je façonne le bonhomme je lui donne des formes inoffensives, rondes comme un ballon qu’on reçoit à deux mains. C’est froid, c’est blanc, on y laisse des traces qui s’évanouiront dans la boue. Flatte le mercure pour que ça lève.

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Je ne suis pas autodidacte. J’ai besoin d’un ou d’une professeur-e pour faire mes premiers pas dans une discipline. Par exemple, je pratique la danse orientale depuis plus de sept ans, et je suis maintenant à l’aise d’improviser, de me faire des programmes d’exercice, de me former avec des DVD. Je sais quoi prendre et quoi laisser. Je sais ce qui me convient.
On n’est pas tous des Henry Miller, qui conspuait ouvertement le système scolaire, à faire preuve de génie par nous-mêmes. On entend souvent, à propos des études littéraires et de celles des arts en général, que la créativité ne s’apprend pas dans une salle de classe. C’est probablement vrai. Mais la créativité, une bonne histoire, c’est loin de faire de nous des écrivains accomplis. Moi je pense qu’il faut lire, lire, lire, et décortiquer des textes pour comprendre pourquoi ils sont bons – ou pas. On peut détester un texte et lui reconnaître ses qualités. Et les cours de littérature, ça existe aussi pour te donner une culture et te montrer que ce que tu pensais inventer, ça a probablement été déjà fait, et sûrement mieux…
Si tu es capable d’écrire un livre génial, de le publier à compte d’auteur, d’en vendre des milliers et de connaître la gloire, je te salue bien bas. Mais tu es une exception. La vérité, c’est que c’est souvent plus exigeant d’être autodidacte. Ça demande une discipline et une rigueur incomparables.
Et donc je vous dis: c’est correct de ne pas être autodidacte. D’avoir besoin des autres. Et pas juste pour qu’ils corrigent nos fautes. Le regard d’un lecteur, éditeur, réviseur, même d’un ami tant que c’est quelqu’un de rigoureusement honnête et qui sait de quoi il parle, est inestimable. Côtoyer les auteurs qui nous entourent et nous ont précédés aussi. Nous avons la chance de les avoir à portée, plus accessibles qu’ils ne l’ont jamais été. Profitons-en.

La tradition (après combien d’années ça devient une tradition?) veut qu’on achète (au moins) un livre québécois le 12 août. Voici donc quelques suggestions de mon cru. La plupart des auteurs sont mes ami-es, oui, c’est vrai. Mais que voulez-vous: mes ami-es, c’est les meilleur-es.

Certains de ces livres ne sont plus nécessairement en librairie, commandez-les sur les libraires.ca
9782924519165

La chambre Neptune

Pour toi si tu crois qu’ici bas tout est lié, que tu t’intéresses aux mystères de l’univers et que tu penses que d’accompagner un enfant en fin de vie est en quelque sorte la plus belle chose du monde.

Pas pour toi si tu cherches une narration linéaire et traditionnelle.
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9782890318489
Pour toi s’il y a des choses que tu as toujours voulu dire à ton père, mais que tu n’en as jamais eu le courage.
Pas pour toi si tu penses que la poésie doit obligatoirement être en vers, et surtout si tu penses qu’elle doit rimer.
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9782923530406
Pour toi si tu voudrais essayer la poésie mais que tu as peur de ne pas comprendre; Geneviève Gravel-Renaud parle à tout le monde.
Pas pour toi si tu n’es pas capable de t’arrêter et t’intéresser aux petites choses de la vie.
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9782896626014
Pour toi si tu t’intéresses à la littérature jeunesse et aux relations amoureuses, en particulier aux attentes que l’on se fait à notre égard et à celui des autres.
Pas pour toi si tu penses qu’une relation sexuelle réussie se clôt obligatoirement par un orgasme.
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9782896981564
Pour toi si la lutte, le clinquant, l’usé et les magouilles te fascinent autant qu’un roman dont l’intrigue nous happe.
Pas pour toi si tu trouves que les films des frères Coen sont plates et que tu cherches «plus d’action».
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9782764431139
Pour toi si tu es fasciné-e par le ballet, le deuil et la solitude, et si tu aimes entendre la musique au creux d’un texte.
Pas pour toi si tu n’aimes pas les récits intérieurs qui se développent lentement.

Moi, j’ai toujours été jalouse de Vickie. Je le lui ai dit, une fois. C’était avant qu’elle tombe malade; ou, du moins, avant qu’on le sache. Je m’étais inscrite au concours de poésie de Radio-Canada, et on faisait des paris sur Facebook sur qui battrait qui. Et Vickie a dit qu’elle ne pensait plus participer finalement. Elle avait eu des refus, des rejets, récemment. Elle n’avait pas été admise dans un programme d’écriture qu’elle convoitait. Elle était déprimée, n’avait plus confiance en elle, doutait de son écriture. Et moi, je lui ai dit que j’étais jalouse d’elle, même si elle ne le savait pas.

Je n’écrirai jamais comme Vickie. Et ce n’est pas une question d’avoir eu le cancer, d’expériences qui changent notre perception des choses ou de bullshit de même. Ceux qui prétendent que Le Quartanier a publié Testament par opportunisme sont au mieux des ignorants, au pire des envieux doublés de langues de vipère. On la connaissait depuis longtemps, Vickie, on la lisait, l’écoutait aussi. On savait qu’un jour, elle aurait un livre et que ce serait un coup de poing. Sauf qu’on s’attendait pas à le recevoir si vite. METTONS qu’on se serait bien passés des circonstances et qu’on aurait attendu ce fameux manuscrit, tout aussi cinglant, encore quelques mois ou quelques années. C’était pas ce livre-là qu’elle était censée écrire. C’est sûrement pas celui-là qu’elle s’attendait à écrire. Mais l’écriture, c’est toute sa vie. Qu’on vienne encore me parler d’opportunisme.

Hier, on a eu droit à une lecture publique, par trois comédiennes, de son prochain roman, Drama Queens. Vickie, elle parle difficilement. Elle se déplace en fauteuil roulant. Son corps la lâche, mais elle, elle lâche pas. Hier on a braillé, mais on a tellement ri. Dans les plus belles choses que j’ai expérimentées de ma vie, l’ovation qu’on lui a réservée à la fin. Dans les plus belles choses que j’ai vues de ma vie, l’amour que Vickie et sa mère se portent. L’amour que ses amis lui portent. Et c’est pourquoi, malgré les larmes, je suis sortie de ce spectacle, car c’en était un vrai, grandie, mue par une expérience et surtout par un texte comme on n’en voit que peu. Je ne compte pas ma chance de pouvoir lire un autre livre de Vickie Gendreau.

Moi, en tout cas, je l’aime, Vickie. Et je n’écrirai jamais comme elle. C’est pas un but; on peut pas tous écrire pareil. Elle, elle dit elle-même qu’elle n’a pas de filtre; moi, je suis terrée derrière des dizines de barricades. On se complèterait bien. Si seulement je pouvais lui donner un petit bout de mon cerveau.

MAJ: Vickie nous a quittés le samedi 11 mai au matin.

Girls S02

Publié: 17 avril 2013 dans TV
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J’ai adoré la première saison de Girls.

Pour la deuxième, ça s’est un peu gâté. Au premier épisode, on constate que les personnages principaux se sont éloignés: Marnie et Hannah sont en «chicane», Jessa, mariée, a disparu dans la brume, Shoshanna est en couple. Les intrigues sont donc fragmentées, dispersées, parfois délaissées pendant un ou deux épisodes pendant qu’on se penche sur autre chose. Le manque d’unité de cette saison est selon moi le plus gros défaut de cette dernière, et les scènes qui ressortent du lot n’arrivent pas à racheter ce fait. Ça s’est bien un peu resserré dans la deuxième moitié, mais il m’aurait fallu trois ou quatre épisodes de plus pour ne pas rester sur ma faim.

Je suis toujours d’avis que les dialogues sont très forts par contre, même quand les personnages disent les pires inepties; ils conservent ce côté hyper brut, où tout sort pêle-mêle, qui a fait leur charme dès le départ, et c’est pourquoi je me refuse à véritablement parler d’authenticité au sujet des répliques, parce que, dans la «vraie» vie, on ne parle pas comme ça. On ne dit pas TOUT. On a un filtre. Mais c’est jouissif de voir des personnages rejeter ce maudit filtre.

Et ce sont les gars qui le font avec le plus de brio. Les personnages masculins sont les plus forts de la série, n’en déplaise au titre. Ils sont vulnérables, ils sont parfois cons, mais ils se tiennent debout et ils n’ont pas la langue dans leur poche. À ce titre, j’adore Adam (même si je suis pas sûre que je voudrais fréquenter ni même connaître un gars de même. Brrr! Il me donnerait la chair de poule je pense). Les gars sont en quelque sorte la voix de la raison, celle qu’on croit imprononçable, qu’on voudrait taire ou qui au contraire paraît si évidente qu’on ne la voit même plus. De leur côté, les filles mentent à qui mieux mieux, à elle-même en premier lieu (évidemment), et semblent jouer à qui sera la plus antipathique.

Dans l’ensemble, on poursuit le travail sur le malaise amorcé durant la première saison, surtout en mettant en scène les corps dans des fonctions complètement dés-érotisantes, voire dégoûtantes (je pense à la scène du Q-Tip dans l’oreille, entre autres). Sauf que, quand on travaille le malaise, on doit tout de suite accepter de se mettre à dos une bonne partie du public. Si on réussit, toutefois, celle qui reste va fort probablement crier au génie, et c’est un peu ce qui s’est passé avec Girls à ses débuts. Mais le risque de se retrouver à côté de la plaque est toujours très grand. Durant cette deuxième saison, on se retrouve de temps à autre, comme spectateur, avec l’impression qu’il aurait pu se passer quelque chose, que l’intention des créateurs est louable, mais n’atteint pas un résultat probant.

Mais bon, je préfère tout de même une saison imparfaite de Girls qui essaie d’atteindre quelque chose qu’une copie conforme des autres saisons/sitcoms américaines. Au moins il y a une certaine substance.

Animaux

Publié: 15 avril 2013 dans Création

Souvent je me demande si
la vie
pourrait être plus simple.
La réponse est,
sans hésitation,
non,
tant que nous refuserons d’être
des animaux.

Vous le savez déjà, je m’intéresse à la littérature jeunesse. Ce n’est donc pas un hasard si je me suis penchée sur L’emprise, un livre de la collection TABOU chez de Mortagne, qui traite de violence psychologique, ici dans les relations amoureuses.

Quand j’allais vers la fin de mon adolescence, une de mes très grandes amies a fréquenté un gars violent. Il a d’abord été possessif; il l’a convaincue de ne pas retourner à l’école, de ne pas travailler. Il l’a poussée à délaisser ses proches. Puis, il a été violent physiquement. Une fois, on tournait un film pour l’école et nous avons dû maquiller un oeil au beurre noir. Je voulais dire à mon amie de le quitter. Je ne l’ai pas fait; comme Laurence et Joanie, les copines de Mathilde dans le roman, j’avais peur qu’elle me tourne le dos et qu’elle s’isole définitivement. Elle s’était coupée de sa famille, d’autres amis qui avaient émis leur opinion. Je ne sais pas si j’ai bien fait à l’époque; aujourd’hui, tout ça est derrière nous et je suis bien heureuse d’avoir été présente le plus possible. Elle me téléphonait; elle voulait s’enfuir, puisqu’elle en était venue à habiter avec lui. Parfois, elle restait une heure ou deux, puis partait le retrouver. Parfois elle n’arrivait pas du tout.

Une autre de mes amies a été aux prises avec un chum manipulateur et possessif. Son attitude était moins extrême et donc on pourrait la croire moins grave; ce n’est toutefois pas le cas. Il a miné la confiance de mon amie, l’a aussi éloignée de ses amis. Elle s’en est sortie, elle aussi, par chance. Mais les séquelles demeurent.

Souvent, je reproche aux livres jeunesse de traiter de sujets «chauds» vraiment didactiquement; on sent un peu trop la volonté d’éduquer les jeunes lecteurs. Il n’y a pas de mal à ça, mais ça vient un peu lourd des fois, et mon amour premier est la littérature, le plaisir de la lecture. Ici, j’ai été emportée par le texte. Je ne sais pas si c’est parce que le sujet m’interpellait véritablement… J’y ai reconnu tous les comportements qui font en sorte que les choses dégénèrent imperceptiblement et qu’on se retrouve là sans même s’en rendre compte.

L’isolement est la pire des erreurs. Si vous ou un(e) de vos proches vous trouvez dans une telle situation, n’hésitez pas.