Articles Tagués ‘Création littéraire’

Que mes voisins puissent voir entre mes jambes par la craque du store je m’en fous. Ce serait n’importe qui qu’ils regarderaient pareil. On croit que la beauté mène le monde, mais en fait c’est la curiosité. Comme si on pouvait aboutir ailleurs et rester au sec sous la pluie. Si on pouvait voir entre les jambes de tout le monde, nous vivrions contents comme des chiens alanguis à l’ombre des stations de métro désaffectées. On pourrait faire le tour de la planète à pied et survoler les océans en avion gratuitement. Les chaussettes seraient enfin abolies et l’asphalte serait doux et moelleux. Les femmes porteraient des thobes et danseraient le khaliji en cercle. Leurs mains raconteraient des histoires de sexe caché et de guerres incompréhensibles, leurs bijoux leur serviraient d’écuelle. Leurs cheveux seraient le plus beau des miroirs. 

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Glissade, jeté, temps levé, pointe les pieds, étire les genoux, grandit. Rien qui dépasse, rien qui déroge. Dans ces contes, les cygnes sont amoureux, la princesse marche sur le bout des pieds, les bonbons ont une souveraine. On sait qu’on ne volera jamais, mais l’important c’est surtout de ne pas s’écraser.

Le son des griffes sur le parquet, puisque les talons hauts je ne les mets jamais, la fourrure bon marché non brossée, bonne à jeter de la poudre aux yeux des dames argentées à l’hermine reniée. Bouvier numéro cinq, espèce consanguine, tares congénitales en prime. Jamais de ma vie je n’aurai été autant regardée. Noir blanc feu, son arthrite l’a déjà empaillé. À partir de là, on peut bien finir en étole.

Je voudrais la force surhumaine, jamais peur de rien, des recoins sombres où les mains se font araignées, plus collantes que la neige qui fond à moitié sans cesser de briller, d’éblouir. Je façonne le bonhomme je lui donne des formes inoffensives, rondes comme un ballon qu’on reçoit à deux mains. C’est froid, c’est blanc, on y laisse des traces qui s’évanouiront dans la boue. Flatte le mercure pour que ça lève.

Je ne suis pas autodidacte. J’ai besoin d’un ou d’une professeur-e pour faire mes premiers pas dans une discipline. Par exemple, je pratique la danse orientale depuis plus de sept ans, et je suis maintenant à l’aise d’improviser, de me faire des programmes d’exercice, de me former avec des DVD. Je sais quoi prendre et quoi laisser. Je sais ce qui me convient.
On n’est pas tous des Henry Miller, qui conspuait ouvertement le système scolaire, à faire preuve de génie par nous-mêmes. On entend souvent, à propos des études littéraires et de celles des arts en général, que la créativité ne s’apprend pas dans une salle de classe. C’est probablement vrai. Mais la créativité, une bonne histoire, c’est loin de faire de nous des écrivains accomplis. Moi je pense qu’il faut lire, lire, lire, et décortiquer des textes pour comprendre pourquoi ils sont bons – ou pas. On peut détester un texte et lui reconnaître ses qualités. Et les cours de littérature, ça existe aussi pour te donner une culture et te montrer que ce que tu pensais inventer, ça a probablement été déjà fait, et sûrement mieux…
Si tu es capable d’écrire un livre génial, de le publier à compte d’auteur, d’en vendre des milliers et de connaître la gloire, je te salue bien bas. Mais tu es une exception. La vérité, c’est que c’est souvent plus exigeant d’être autodidacte. Ça demande une discipline et une rigueur incomparables.
Et donc je vous dis: c’est correct de ne pas être autodidacte. D’avoir besoin des autres. Et pas juste pour qu’ils corrigent nos fautes. Le regard d’un lecteur, éditeur, réviseur, même d’un ami tant que c’est quelqu’un de rigoureusement honnête et qui sait de quoi il parle, est inestimable. Côtoyer les auteurs qui nous entourent et nous ont précédés aussi. Nous avons la chance de les avoir à portée, plus accessibles qu’ils ne l’ont jamais été. Profitons-en.

Les bonnes résolutions:

Le résultat:


Depuis quelque temps, c’est vrai, je vous écris moins, et ça fait encore plus longtemps que j’ai pas partagé de p’tit poème avec vous. C’est qu’entre toutes les corrections et les manuscrits à lire, les lectures pour le plaisir et l’écriture ont pris un peu de recul. En plus, j’écris de moins en moins de poésie ces temps-ci (je compte bien m’y remettre). Comme mon recueil est programmé pour la fin de l’année, j’ai décidé de me consacrer à un autre type de projet dont je préfère ne pas parler pour le moment… C’est peut-être de la superstition ou une crainte mal fondée, mais tant que c’est pas fini, pour moi, c’est motus et bouche cousue!

Ce que je trouve drôle, c’est que lorsque j’étais aux études, tout le monde me demandait ce que j’allais faire avec mes diplômes en littérature. La réponse safe était : « Bien, si tu fais une maîtrise, tu peux être prof de cégep. » Ça rassure le monde. Mais maintenant, quand les gens me demandent ce que je fais comme travail, je réponds : « Je travaille dans une maison d’édition. Je corrige des livres. » Aussitôt, ça impose une sorte de respect. On dirait que la littérature, quand elle prend une dimension concrète, c’est comme quelque chose de sacré aux yeux des gens.

Et bien sûr, le fait que je travaille dans le merveilleux monde de l’édition donne souvent lieu à de nombreuses questions, car vraiment beaucoup de gens s’intéressent à l’écriture. Voici donc rapidement comment ça se passe lorsque vous envoyez un manuscrit chez un éditeur. Habituellement, vous recevrez un avis de réception. Il m’est déjà arrivé d’envoyer un manuscrit quelque part et de ne rien recevoir : ni avis de réception ni lettre de refus. Un doute plane toujours alors dans notre esprit à savoir s’ils ont vraiment reçu le tout. Évidemment, je pense qu’ils l’ont bien eu et qu’ils ne l’ont pas aimé, mais bon, je peux toujours espérer que ce n’était pas le cas!

Une fois le manuscrit à bon port, il y a donc deux façons de procéder. Il y a des maisons d’édition qui font appel à des lecteurs externes, soit des gens qui vont lire les manuscrits et produire des rapports de lecture où ils résument grossièrement le propos du livre et se penchent plutôt sur ses points forts, ses faiblesses, pour ensuite donner leur opinion. Si la conclusion est plutôt négative, l’éditeur ou son adjoint va feuilleter rapidement le manuscrit au retour pour se faire sa propre idée et confirmer le tout. Si l’avis est assez mitigé, il se peut qu’on fasse appel à un deuxième lecteur. Si l’avis est plutôt favorable, l’éditeur adjoint se chargera de lire le manuscrit à son tour pour le recommander (ou non) à l’éditeur. La deuxième façon de faire est d’assigner à une personne en particulier au sein de la maison (habituellement un éditeur adjoint) la tâche de lire les manuscrits. Il ou elle rédigera aussi des rapports, et l’éditeur se fera un devoir de se pencher lui-même sur chaque rapport et chaque manuscrit, plus ou moins longuement selon l’intérêt qu’il soulève. Dans les deux cas, c’est l’éditeur qui a le dernier mot quant à la décision de publier ou non le texte.

Il arrive que l’éditeur trouve le livre bien ficelé, bien écrit, mais qu’il décide quand même de ne pas le publier. Pourquoi? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Soit le livre ne cadre pas du tout avec la ligne éditoriale de la maison (exemple facile : envoyer un thriller dans une maison qui se spécialise en poésie). Il se peut aussi que le calendrier de production soit déjà bouclé, ou alors qu’il y ait déjà trois thrillers au programme et que l’éditeur décide de se concentrer sur d’autres types de livres pour le reste de l’année (auquel cas il se peut qu’il vous dise qu’il est intéressé, mais que ça sera juste l’année d’après). Peut-être que votre livre est bien écrit mais qu’il ne recèle aucun potentiel commercial, ou alors que d’autres auteurs vous ont coiffé au poteau et ont sorti des livres traitant du même sujet, saturant du même coup le marché. Enfin, il est possible que votre manuscrit demande un retravail assez considérable et que l’investissement exigé soit trop important pour que l’éditeur décide de prendre un risque.

En d’autres cas, il est fort probable que l’éditeur va vous demander de retravailler votre texte avant de le publier. La publication peut même être conditionnelle à ce retravail… ce qui veut dire que vous pourriez bûcher sur votre livre et ne même pas le voir publié au bout du compte, ce qui peut être assez frustrant. Mais d’après moi, c’est assez rare que ça en arrive là. Au pire, on va vous demander de retourner à votre ordinateur une seconde fois.

Évidemment, votre éditeur va vous donner des pistes et des suggestions pour améliorer le tout. Mais certains y voient une tentative de dénaturer leur œuvre. Exemple totalement fictif, toute ressemblance avec des circonstances réelles est purement fortuite :

Éditeur : Comme ton livre est un thriller, c’est un peu malaisé de toujours formuler des phrases avec des verbes à l’infinitif. Il faudrait que ce soit rédigé au présent pour qu’on sente plus un sentiment d’urgence.

Auteur : Mais là, c’est mon style!

Premièrement, votre éditeur est votre ami, et probablement le lecteur le plus expérimenté que vous pourriez avoir. Deuxièmement, il ne veut que la même chose que vous : publier le meilleur livre possible. Si l’auteur tient absolument à ses verbes à l’infinitif, il a intérêt à trouver une autre solution pour pallier le manque de rythme que l’éditeur lui a souligné.

C’est drôle de se raccrocher à des caractéristiques qu’on juge originales pour décrire un « style », alors qu’en fait, le style est un ensemble de facteurs et de détails souvent indiscernables pour l’auteur lui-même. À l’université, j’ai suivi un cours de stylistique qui se penchait sur les cas d’Amélie Nothomb et de Gabrielle Roy, deux auteures à l’écriture très limpide. C’était vraiment intéressant de découvrir en fait ce qui composait leur style propre.

Alors voilà en gros ce que j’ai à dire sur le parcours d’un manuscrit. Si jamais vous avez envie de discuter plus avant des problématiques de l’édition, ne vous gênez pas! J