Articles Tagués ‘Création’

Glissade, jeté, temps levé, pointe les pieds, étire les genoux, grandit. Rien qui dépasse, rien qui déroge. Dans ces contes, les cygnes sont amoureux, la princesse marche sur le bout des pieds, les bonbons ont une souveraine. On sait qu’on ne volera jamais, mais l’important c’est surtout de ne pas s’écraser.

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Je voudrais la force surhumaine, jamais peur de rien, des recoins sombres où les mains se font araignées, plus collantes que la neige qui fond à moitié sans cesser de briller, d’éblouir. Je façonne le bonhomme je lui donne des formes inoffensives, rondes comme un ballon qu’on reçoit à deux mains. C’est froid, c’est blanc, on y laisse des traces qui s’évanouiront dans la boue. Flatte le mercure pour que ça lève.

Je les ai pensées en fonction de mon travail en solo pour une compétition de danse orientale, mais ça s’applique à l’écriture, aux études… à pas mal d’affaires, finalement.

1. La phase où, avant d’avoir commencé, tu te dis que tu vas faire ça les doigts dans le nez, tout rafler, et impressionner tout le monde, surtout celui ou celle qui t’a opposé un refus ou critiqué.

2. La phase où tu te rends compte que c’est pas si évident que ça.

3. La phase de désespoir où tu te dis que c’était vraiment con de te surestimer, que tu ne seras jamais à la hauteur, et que t’étais pas fait pour danser/écrire/etc.

4. La phase où une étincelle, un breakthrough te fait débloquer. Tu te sens encore ébranlé, mais tu te dis que, si ça continue comme ça, tu vas finir par t’en sortir. Motivé, tu mets les bouchées doubles pour une certaine période.

5. La phase où des contraintes d’horaire/de santé ou autres t’empêchent de travailler pendant un temps, et où tu repousses le moment de t’y remettre parce que tu sais que le moment de grâce est fini et que tu as peur qu’il ne revienne jamais.

[Les phases 2 à 5 peuvent se répéter indéfiniment]

6. La phase où tu te sens un peu plus en confiance et où tu sais que le plus gros du travail qu’il reste, c’est de te détendre et de gagner en assurance. La phase où tu réussis très bien ce que tu dois faire seul chez toi mais où tu vacilles dès que tu dois montrer quoi que ce soit à quiconque.

7. La phase où le délai est expiré, où tu dois passer à l’action et où, excédé, tu te dis: «Advienne que pourra, calvasse!»

8. La phase où, peu importe les résultats (disons), tu es vraiment fier de t’être rendu au bout.

9. La phase où t’as pas appris et où tu veux tout recommencer.

J’ai récemment relu cette nouvelle, que j’avais publiée dans Main Blanche à l’UQAM il doit y avoir à peu près 2 ans. Elle est assez différente de ce que je fais aujourd’hui, mai je l’aime bien quand même.

Oubliez pas le code de couleurs: rouge = Fiction!!!

Midway (entre la ligne mauve et la ligne orange)

Dimanche soir au Midway. La Molson Ex a un goût pire que je ne me le rappelais.  Ici, on est galant avec les demoiselles, on apporte un verre avec la bouteille. Je me demande si tu passes beaucoup de temps dans des endroits comme ça, sous l’éclairage vert et rouge du néon qui forme le mot « spectacle ». Je me demande ce qui se passe en face, au café Cléopâtre. Au moins, là, les barmen ont de belles jambes. Je me demande si je perds mon temps.
À la salle de bain, rencontre du troisième type : Cindy fréquente les toilettes pour dames mais a la chance de pouvoir pisser debout, avec une jupe ça va encore plus vite. Moi j’ai du savon plein les mains, mais le robinet tourne dans le beurre, je ne peux pas les rincer.
Toujours au Midway, dimanche, ce n’est déjà presque plus le soir. Cindy s’apprête à chanter une couple de vieilles tounes country, juchée sur des talons aiguilles. Le genre que je suis incapable de porter. Pour moi, tout est dans la structure du bassin. Elle doit avoir plus d’équilibre. Je fais des dessins mouillés avec ma bouteille pleine de condensation. Je ne lève même plus la tête quand j’entends la porte s’ouvrir. C’est toi, toi qui devrais être là et chanter à la place de Cindy. Ok, c’est peut-être pas le Caesar Palace mais au moins quand tu chantes tu es obligée de te tenir la tête dans les airs.
Depuis vingt minutes que le show dure il y a déjà deux vieux piliers de bar qui sont venus me demander de danser avec eux. Je ris et je dis non, merci, le premier était poli mais le deuxième a essayé de me tirer par le bras. Vas-tu finir par arriver ?
-T’en veux-tu une autre ?
C’est le barman. Je sais qu’il s’appelle François, tu me l’as déjà dit. Il a un piercing dans un sourcil, ça lui donne un air jeune malgré toutes ses rides. Il a des bottes de cow-boy et les cheveux longs d’un vieux rocker.
-Je sais pas… je pense que je vais m’en aller bientôt.
-T’es ben que trop cute pour traîner icitte. Comment ça se fait que tu viens t’enterrer avec nous autres ?
-Je vais à l’université… c’est juste à côté…
Il n’est pas dupe, il sait que sa place ne fait pas le poids à côté de la terrasse au gaz du Saint-Élisabeth.
-Attends, j’ai quelque chose pour toi, qu’il me dit.
Il revient au bout de deux minutes avec un verre plein de cerises au marasquin.
-Wow!  Merci.
Il fait mine de partir.
-Heille…
-Quoi ?
-Tu saurais pas où est Tina, par hasard ?
Il me regarde, l’air de dire « je savais bien que tu cachais quelque chose ».
-Non, ça doit ben faire deux semaines que je l’ai pas vue. Une chance que j’ai Cindy pour la backer. En tout cas, si tu la vois, dis-y d’appeler Jean-Guy parce que comme c’est là, il y a plus personne qui va la booker. Tu sais, icitte, c’est comme de la famille, mais elle s’en sortira pas toujours de même.
-Ouais, je sais ben…  Je suis inquiète.
Il caresse doucement le dos de ma tête avant de partir. Un ben bon gars, dans le fond. En passant devant le stage, il se penche pour que Cindy lui pogne une fesse. Un autre grand-père arborant fièrement une veste à franges se lève et semble se diriger vers ma table.  I guess I should go now.
En sortant, je serre ma veste autour de mes épaules. Il est presque onze heures et il commence à faire froid.  Encore un coup d’œil pour le Café Cléo, j’imagine que le fun, ça va être pour une autre fois. Je décide de marcher jusqu’à Berri plutôt que de prendre le métro à Saint-Laurent, pour embarquer sur la ligne orange directement. En entrant dans la station, je manque de m’enfarger dans une paire de jambes qui dépasse d’un coin sombre.
-Tina, sacrament! Qu’est-ce que tu fais là ?
Ta tête demeure obstinément abattue sur ta poitrine. C’est à croire qu’on t’a rompu les vertèbres. Je te relève le front et ta tête choit aussitôt. Je ne suis pas sûre de ce que j’ai vu.  Je te coince le menton entre mes doigts. C’est bien ce que je pensais. Je tourne les talons et sort dans le square. Je repère le gars qui a plus de boucles d’oreilles que d’orifices sur le corps. Je le pousse par les deux épaules.
-Heille! C’est quoi, là, elle te doit combien ? Tu lui as démoli la face pour quarante piastres, c’est ça ?
-Wow, de quoi tu parles ? Tina ? Je sais pas moi, elle est arrivée de même après-midi.
Je n’avais pas l’air de trop le désarçonner; il avait simplement l’air amusé.
-Je ne magane pas mes clients ; ils ont ben que trop besoin de leur nez! Ça doit être son pimp qui l’a tabassée.
-Elle a pas de pimp, épais, fis-je entre mes dents.
-Ben non, c’est sûr, il y en a pas une qui en a. J’avais oublié qu’on vivait dans un film de Disney. Écoute, moi tant qu’elle a de l’argent pour payer, je lui demande pas où elle l’a pris.
-Pis là, tu l’as laissée se geler dans le métro ? Elle est même plus consciente! Comment tu veux que je la bouge de là ?
-T’es donc ben fatigante, toi  J’ai pas le temps de jouer à la gardienne. Si ton amie est pas capable de tenir à l’héro, ben qu’elle vienne pas en acheter! C’est pas mon problème! J’ai des affaires pis du monde pas mal plus dangereux à dealer avec!
-L’héro ?  Câlisse!
En retournant à l’intérieur, je pense à tout ce que tu m’avais dit : des joints, juste une petite ligne de temps à temps… Maudit que je suis naïve.
À l’intérieur il y a maintenant un gars avec la tête couverte de dreads assis à côté de toi et qui te tient la main. Il n’a pas l’air particulièrement sobre, mais il a les yeux ouverts, lui.
-Salut… tu veux m’aider à la transporter dehors ? Je vais la ramener.
Il fait « oui » de la tête et nous agrippons chacun un bras pour te soutenir par les épaules. Sur le trottoir je fais signe aux taxis qui passent sur St-Denis.
-Il y a jamais personne qui va vous embarquer, crie Pin-Head pour m’encourager.
Pourtant il a tort, une voiture s’arrête devant nous.
-Tu montes ?
Le gars aux dreads fait « non ».  Juste avant qu’on parte, il arrive à articuler :
-Laisse-la pas retourner chez son chum.
Sur la banquette, je ne sais plus ce qui m’inquiète le plus : les bleus sur tes bras ou celui sur ton visage.